Chronique LP : « The dragonfly rags » de R-Dug

Ce mercredi sort l’un des projets les plus intéressants de cette rentrée musicale : The dragonfly rags, le premier album du producteur Bruno Pronesti aka R-Dug. Un petit OVNI cent pour cent dub qui ne ressemble à rien de connu, oscillant entre dub minimal, ethno-dub et stepper, tantôt martelant, tantôt planant. Revue détaillée d’un opus autoproduit qui secoue la scène électro-dub française!

L'album "The dragonfly rags" sort ce mercredi 24 septembre en vinyle, CD et numérique!

L’album « The dragonfly rags » sort ce mercredi 24 septembre en vinyle, CD et numérique!

 

Quelle agréable sensation d’écouter une musique à la fois familière, parce que résolument dub et à la fois surprenante parce que novatrice! A la manoueuvre, Bruno Pronesti est seul maître à bord et joue, compose, arrange et produit cet album du bout en bout. Soit dix morceaux sur le vinyle et dix-sept sur le CD et en numérique!

Influencé par les premières formations live de dub français, (Improvisators Dub, High Tone), le dub maker ardéchois s’inspire également du duo de producteurs minimal techno-dub allemand, Rythm & Sound, ou encore des groupes Burning Heads et Noir Désir… Un grand écart musical qui se comprend mieux quand on regarde de plus près la carrière de R-Dug qui officiait déjà à Lyon dans le groupe reggae Live & Full Power, mais également au sein de la formation dub indus Mr Duc ainsi que Angstrom qui joue du dub rock. Des influences variées qu’on retrouve forcément sur son premier album solo, sorti son label Green Madness, fondé l’an dernier.

Mais l’univers de R-Dug n’en est pas moins intimiste et finalement assez épuré comme sur le morceau d’ouverture, « Dilkash », qui nous embarque d’entrée dans un monde étranger, onirique, où l’inspiration orientale est très marquée et sert de lancement à un riddim puissant que le mélodica et la guitare (jouée par Florent Fusillier) enjolivent par la suite.
« Lao Lao », second titre, est aussi très original avec une guitare omniprésente, de forts relents rock et la voix de Bruno qui se cale en douceur sur un rythme plus posé, plus forte par moment pour sortir un « Bless I » à la manière d’un MC de sound system!

« Black Bird » arrive vite mais c’est peut-être l’une des chansons les plus audacieuses de l’album avec son intro entêtante à souhait et une façon presque enfantine de chanter sur le riddim. Le magnifique mélodica fait ensuite décoller le titre dans les plus hautes sphères du dub et envoie l’auditeur en apesanteur! L’atmosphère est cottoneuse mais l’énergie est bien là, la rythmique imparable d’autant qu’elle est « martyrisée » par quelques effets bien sentis.

On reste dans un dub très aérien, planant et presque inquiétant avec la bien nommée « Symphony of a dream » qui pénètre l’âme progressivement mais incontestablement au gré des « so much sorrows« , chantés par Bruno alliés à des échos assassins. Le riddim, encore une fois très progressif, parvient à se loger au plus profond de notre conscience pour ne plus être délogé que par le track suivant, « Luang », à la rythmique tapageuse qui rappelle un peu les premières productions de Brain Damage par sa radicalité et son panache, même si elle reste un peu trop linéaire.

Sur la face B, « Magnetic dub », est une merveille de construction musicale avec un rythme rapide, cyclique et de plus en plus soutenu, aéré par des accords de guitares simples mais efficaces et juste ce qu’il faut d’effets! Grosse rythmique également sur « Force Invaders » où la voix très haute de Bruno répète à l’envi : « say no, say no » avant de se perdre dans les échos. Le riddim puissant et martelant, écrase tout sur son passage comme un bulldozer alors que de magnifiques passages au mélodica ne l’arrêtent que temporairement. Mais rien ne peut stopper cette marche en avant, ce dub implacable, sans doute l’un des meilleurs morceaux de cet album.

« Les boucles obsédantes qui vous scotchent sur place »

Dans le genre entêtant, le huitième morceau se pose là aussi. « Jah Man Style » est un stepper pur et dur, une vraie machine de guerre, prête à retourner les danses en sound system! L’occasion de souligner le gros travail de composition du producteur qui, s’il se sert exclusivement de machines (Yamaha RM1X, Korg et un sampleur), n’en fabrique pas moins des rythmiques très travaillées et bien construites.

Le tempo ralentit à peine pour « Dub for woman » où la voix de plus en plus haute de R-Dug, fait un peu penser à celle de Shanti D ou encore de Junior Murvin. Si le rythme est encore très entêtant, il s’essouffle quelque peu sur la longueur malgré de jolis accords de guitares « échoisés ». Mais la machine repart de plus belle sur le dernier morceau de l’album vinyle : « Fonction dub ». Une petite tuerie cent pour cent dub qui fait la synthèse entre les diverses influences de R-Dug : le dub mininal, le stepper et l’ethno-dub des débuts d’High Tone. Ce dernier morceau est terrible, introduit par un sample de voix orientale dont la basse massive et les boucles obsédantes vous scotchent sur place et referment le disque de belle manière.

Sur le CD et en numérique, ce ne sont pas moins de sept morceaux (quand même!) qui sont ajoutés en bonus. Des dubs antérieurs qui restent dans la même veine que les dix premiers, entre musique ethnique, parfois planante, rythmes pachydermiques contrebalancés à merveille par le mélodica et les samples. Mention spéciale pour le complètement fou « 119 dub », aussi étrange que génial, et « Green Madness », un stepper parfait et superbement construit. « Duck&dub » qui referme le disque, est quant à lui une ode à la sirène (dub) avec une rythmique minimale, rampante et presque trance, en tout cas mystique!

C’est peu dire donc que ce premier effort est une réussite. Non seulement, il est superbement produit et mixé, mais il donne à entendre la quintessence de la musique dub en allant toujours chercher un peu plus loin dans les mélodies et les effets. Si certains aspects peuvent dérouter quelques puristes (comme la voix haute de Bruno ou l’aspect trop linéaire de certains rythmes), l’album forme un vaste champ d’expérimentation musicale sans complexe et sans compromis qui fait souffler un vent de fraîcheur dans nos oreilles. Non, tout n’a pas été déjà fait en matière de dub et il reste tant à découvrir! « The dragonfly rags » nous le rappelle avec fracas.

Emmanuel « Blender ».

* The dragonfly rags sort ce mercredi 24 septembre en vinyle, CD et numérique sur le label Green Madness. Il est notamment disponible chez CD1D : http://cd1d.com/

Tracklisting :

1-Dilkash (vinyle)
2-Lao Lao
3-Black Bird
4-Symphonie Of The Dream
5-Luang
6-Magnetic Dub
7-Force Invaders
8-Jah Man Stylé
9-Dub For Woman
10-Fonction Dub

11-Jah Love (CD et numérique uniquement)
12-Action Paradise
13-119 Dub
14-Dub Liberator
15-Green Madness
16-Degelewhy  System
17-Duck&Dub.

Ecoutez le morceau « Magnetic Dub » ici : 

Retrouvez le morceau « Fonction Dub »de R-Dug dans la «Musical Echoes reggae/dub/stepper selection #1» ici :