Garance reggae festival : quatre jours de gros son et de frissons!

La 23ème édition du Garance reggae festival, qui a pris place pour la 5ème année consécutive à Bagnols-sur-Cèze (Gard), a une fois de plus ravi les amateurs de reggae et de dub. Malgré les incertitudes qui planaient sur son organisation suite à la liquidation de Garance Productions, les festivaliers étaient bien là et les artistes bien décidés à en découdre dans le parc Arthur-Rimbaud. Retour sur quatre jours de musique et de partage, entre découvertes et artistes d’anthologie! 

Avec tous ces scoops et de nombreux sound systems, le dub station corner était encore le point fort du Garance cet été.

Avec tous ces scoops et de nombreux sound systems, le dub station corner était encore le point fort du Garance cet été.


Mercredi 23 juillet

Le festival s’ouvre pour nous par la talentueuse Jah9, backée par le Dubtonic Kru. L’affiche du festival comptait cette année peu de représentantes de la scène féminine, et on peut dire que pour son premier concert en France, elle a été largement à la hauteur. La foule, d’abord timide à son annonce, l’acclame à la fin de sa chanson « New name » : on est conquis! La jeune femme enchaîne les chants méditatifs et revendicatifs, en ce jour de célébration de l’anniversaire de Haile Selassie I. Sa voix est parfaite, son flow percutant et la chanteuse impressionne par son charisme. Elle finit en prenant les percussions pour un chant nyabinghi qui nous berce dans une atmosphère de spiritualité.

Plus tard dans la soirée, les Chinese Man, accompagnés de Taiwan MC, ASM et Johnny Osbourne assurent le show. Un mélange de sonorités hip- hop/ trip-hop résonne dans Bagnols. L’accord entre les jeux de lumière et les vidéos projetées sur plusieurs écrans crée une jolie ambiance. La performance des DJ et des MC est certaine : nous avons droit à plusieurs titres chantés en live, dont « Miss Chang », par Taiwan MC. Déjà programmés lors de l’édition précédente au Dub Station orner, ils ont cette année profité pleinement de la grande scène pour concocter un véritable spectacle.

Entre son et lumières, le concert des Chinese Man est un véritable spectacle!

Entre sons et lumières, le concert des Chinese Man est un véritable spectacle!


Côté Dub Station Corner justement, le premier soir crée déjà l’événement avec la présence de deux sonos : celle de Blackboard Jungle sound system, sur laquelle les artistes joueront pendant quatre jours, et celle de King Shiloh, soit quarante-huit scoops dans l’arène. En pénétrant dans la danse on se retrouve encerclés par les stacks et les deux control tower, chacune dans un coin opposé. L’emplacement est plutôt agréable et nous sommes surtout dans de parfaites conditions pour apprécier l’explosion de son

 

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Le premier soir, pas moins de 48 scoops étaient rassemblés pour sonoriser la danse!

 

23h30 : après un lancement en douceur, Blackboard Jungle et King Shiloh passent aux choses sérieuses en augmentant les basses. Leurs sets sont rythmés par la présence de chanteurs dynamiques, comme Roberto Sanchez et Sr Wilson, et de voix magnifiques, à l’instar de Nish Wadada. On ressort contents, mais légèrement sur notre faim : une première soirée un peu timide donc côte de la Dub Station.On attendait beaucoup plus de puissance, tant au niveau du son que de la sélection, compte tenu du potentiel des deux sonos. Une belle combinaison tout de même!

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Nico de BBJ à la sélection et Roberto Sanchez au micro!

 

Jeudi 24 juillet

Le deuxième soir de festival a certainement été celui où le choix entre la scène et le dub corner a été le plus difficile en début de soirée.Du côté de la scène, on assiste à une belle prestation d’Errol Dunkley. Nous arrivons pendant sa chanson « Ok Fred », au cours de laquelle il part pour une danse endiablée, devant un public très réceptif. On remarque tout de suite la performance du Homeground band, avec lequel on se laisse tranquillement guider jusqu’à l’arrivée de Ken Boothe. Costume à paillettes, sourire aux lèvres et regard charmeur, pas de doute, ce vieux monsieur est toujours aussi séducteur. Il nous offre de superbes interprétations de « Crying over you », « Everything I own », ainsi que du titre  « Speak softly love », sur le thème du Parrain : magique !

Pour les amateurs de dancehall et de spectacle, la scène accueillait ensuite Beenie Man et Alborosie, tous les deux performants dans leur style. Pour ceux qui souhaitaient remuer leurs genoux sur d’autres sonorités, le Dub Corner offrait également un programme alléchant. La soirée démarrait ainsi par une rencontre entre Rootikal 45, avec Mc Oliva à la sélection et The Producers, avec Roberto Sanchez. On notera une belle prestation de Don Fe, qui nous a transporté avec sa flûte traversière, ainsi que le passage d’Horseman au micro, qui avait ouvert le bal avec Prince Fatty, en début de soirée.

La nuit s’est poursuivie avec le dub maker français Kanka et son set énergique, pour finir avec le Blackboard Jungle crew, accompagnés de Sr Wilson et Mikey General, qui poseront leur voix sur des versions le reste de la soirée.
Vendredi 25 juillet

Troisième jour, c’est le moment d’aller faire un tour au sound system officiel du camping, sonorisé cette année par Massilia Hi-Fi. On assiste au set d’une partie du Bhale Bacce crew, venu de Chartres. Pendant que la pluie se densifie, les festivaliers s’amassent sous la tente pour apprécier la belle sélection de Lo et d’Amandine. Ils nous font danser aussi bien sur des sons de Earl 16, de Mo’Kalamity, que sur leurs propres productions. Le flow percutant de Lo, entre reggae et hip hop, vient dynamiser la session, à tel point qu’on resterait bien là des heures, en oubliant presque qu’un gros festival se tient à deux pas. Il finit avec un live de la chanson « Cet homme », extrait de l’album auto-produit Pensées dansantes, dont les paroles sont reprises en chœur par la grande majorité des skankers présents.

Côté festival, la grande scène est marquée ce soir-là par la présence de deux artistes aux sonorités dub : Michael Prophet et Jah Shaka, dont la prestation live était très attendue.

Vendredi soir, Michael Prophet assure le show.

C’est Michael Prophet qui lance la danse, backé par Mafia & Fluxy : le public se laisse emporter par des sons aériens tel que le tune « You been talking », dont seul ce chanteur talentueux et énergique a le secret.

Jah Shaka fait ensuite son entrée. Accompagné du même band, dont la performance musicale mérite d’être saluée, on assiste à une prestation dynamique, mixée par Adrian Sherwood et ses subtiles échos. Malheureusement, Jah Shaka s’éclipse après une session un peu trop courte quoique dynamique et de qualité, pour laisser la place aux musiciens. C’est alors que Matic Horns, tromboniste de renommée internationale, prend le micro : encore une belle surprise, décidément il y a des artistes qui sont doués dans tous les domaines!

Jah Shaka, toujours aussi mysthique, a offert une belle mais courte prestation en live!

Jah Shaka, toujours aussi mysthique, a offert une belle mais courte prestation en live!

Jah Shaka est déjà en train de rejoindre le Dub Corner et c’est tellement tentant qu’on le suit, en faisant malheureusement une croix sur le concert de Yellowman, qui arrive sur la scène en tenue de sport pour entamer une série de pompes!

On revient tout de même un peu plus tard pour entendre Tiken Jah Fakoly, qui nous livre un mélange d’anciens titres « Ouvrez les frontières », « Plus rien ne m’étonne » et de nouvelles productions telles que « Dernier appel », extrait de l’album du même nom sorti cette année.

Du côté des sound systems, la basse est encore montée d’un cran pour ce troisième soir! Après un warm up assuré par Balckboard Jungle, Jah Observer prend le relais et portent les massives en douceur jusqu’à l’arrivée de Vibronics. Une belle équipe d’artistes est présente ce soir-là avec Madu Messenger, Jah Marnyah et Parvez. Les festivaliers sont très en forme et dansent énergiquement sur le fameux titre « Do you remember », extrait de l’album sorti en combinaison avec Brain Damage. Michael Prophet fait même une apparition : il prend le micro un court instant sur « The vibes » et retourne en rythme vers les loges! Une belle surprise!

De plus en plus de monde pour voir Vibronics et Jah Marnyah au Dub Corner!

De plus en plus de monde pour voir Vibronics et Jah Marnyah au Dub Corner!

Vibronics cède ensuite la place à Jah Shaka, qui nous transporte jusqu’à la fin de la soirée avec ses pures sélections! Il échange avec le public, chante, danse et c’est encore un grand moment ! Les festivaliers restent pour l’acclamer pendant de longues minutes à la fin de son set, même si l’heure tourne et que l’on sait tous que le son ne reprendra pas. Le Londonien remercie chaleureusement la foule et on perçoit son émotion, lui qui n’est habituellement pas très expressif.

Samedi 26 juillet

Pour ce dernier soir de festival, Cedric Myton des Congos, que l’on voit se balader un peu partout dans le festival depuis deux jours, monte enfin sur scène. Il a le sourire et on sent son envie d’échanger et de partager avec la foule de festivaliers venus apprécier son talent. On se laisse envouter par une jolie interprétation de « Cock mouth », issu de l’album qu’il a fait avec Inna De Yard.

Mais le concert reggae très attendu ce soir-là est sans aucun doute celui des Anglais de Black Roots. A leur annonce, la foule se densifie devant la grande scène. Les festivaliers ont le sourire, transportés dans leur univers, et reprennent avec eux des titres mythiques tels que « Juvenile delinquent » et « Blackheart man », tout comme des titres plus récents mais tout aussi appréciables, à l’instar de « Pompous way » issu du dernier album On the ground, sorti en 2012. Les chanteurs se mettent en avant chacun leur tour et forment belle harmonie vocale. La foule reprend en cœur « Oh Mama Africa ». On remarque la performance des musiciens, et notamment des cuivres qui ont tout de même tendance à prendre le dessus sur la prestation vocale.

Le groupe Black Roots en action sur la grande scène!

Le groupe Black Roots en action sur la grande scène!

 

Le Dub Corner, quant à lui, s’est enflammé dès le début de la soirée avec Mungo’s Hifi, accompagné du rough deejay Solo Banton et de I-Tist.

OBF prend la suite et n’est pas en reste avec Nello B et Shanti D au micro. Le crew savoyard joue notamment «  »We gonna rock it tonight » et  le monstrueux « We are dangerous », avec Shanti D sur la version qui retourne la danse. Le ton est donné, les festivaliers sont préparés à lever les genoux jusqu’au menton!

Le sound écossais Mungo’s Hi-Fi et Solo Banton lancent la danse au Dub Corner.

La soirée continue sur un dub fi dub entre OBF et BBJ, rythmé par le passage de plusieurs chanteurs. A noter une apparition du Martiniquais Yaniss Odua, venu interpréter « Vert, Jaune, Rouge » et « La caraïbe »… Décidément, le dub corner est un lieu de rencontre et d’échange entre les artistes.

Avec des sons comme “Mandela/Freedom Fighter” de Mr Williamz, un méchant “Cuss Cuss” version OBF, on ne peut qu’être conquis par la tournure de la soirée.

I-Tist va se poser sur une sélection de Nico de BBJ!

I-Tist revient chanter sur une sélection de Nico de BBJ!

Appréciable aussi la présence d’autres chanteurs et chanteuses: Sis I-Leen qui vient interpréter « Ladies anthem », I-Tist que l’on avait entendu plus tôt dans la soirée aux côtés de Mungo’s Hifi, ainsi que l’anglais Murray Man, qui enflamme la danse avec son flow percutant et sans faille. Nish Wadada, que l’on avait appréciée le premier soir avec King shiloh, revient nous envouter de sa voix douce mais assurée. Quant à Blackboard Jungle, il livre une belle version au mélodica de « Song of the Lord », un morceau de Mellow Vibes sorti sur le label Rootspirit, signée Far East (que l’on avait eu le plaisir d’entendre en live l’an dernier au même Dub Corner).

Nish Wadada avec OBF et Shanti D!

Nish Wadada avec OBF et Shanti D!

La foule saute de plus en plus haut et se déchaîne dans tous les sens. Difficile dans ces conditions d’arrêter le son et de donner rendez-vous l’année suivante, tellement l’envie de continuer la soirée jusqu’au petit matin est grande… Mais on sait désormais qu’on peut compter sur les organisateurs pour faire perdurer l’esprit du festival, même sans feu Garance Productions.

C’est donc encore une très belle édition du Garance Reggae Festival qui s’achève, marquée cependant par une baisse notable de la fréquentation par rapport à l’année précédente. Ce sont tout de même près de 40 000 festivaliers qui sont venus acclamer des artistes et profiter de la bonne ambiance qui a régné pendant quatre jours sur le parc Arthur-Rimbaud.
En même temps, les éditions précédentes et notamment, la dernière en 2013, avait atteint une jauge limite et pas toujours facile à bien encadrer… Avec de nombreux problèmes d’insécurité aux abords du site notamment et des vigiles pas toujours sympas.

Un dernier mot pour le festival off, qui a pris une grosse ampleur cette année. Ce ne sont pas moins que des centaines d’amateurs de dub qui ont en effet dansé pendant près d’une semaine, bercés par la sono de Chalwa Meditation, venus de Montpellier comme l’an passé. A noter une proportion grandissante de personnes s’étant déplaceés à Bagnols-sur-Cèze uniquement pour profiter du camping off et de son ambiance plus undergound 

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Le village off sonorisé par Chalwa Meditation!

Il faut dire que Chalwa Meditation a assuré l’after toutes les nuits jusqu’au petit matin et de nombreux sélecteurs de qualité se sont succédé, avec même un passage de Roots Arna (de Salomon Heritage), le samedi soir. Les locaux de Welders Hi-Fi Sound System ont également posé une partie de sa sono, pour un after qui a duré jusqu’au dimanche soir!

Enfin, un autre festival, dont on parle peu, a aussi rencontré un joli succès : le Zion Garden. Qualifié par certains de festival « off », il mérite cependant le titre de festival à part entière. Installé également en bord de Cèze, derrière la gare SNCF, il a proposé une belle programmation entre concerts et sound systems, sonorisé par After All Sound System. Un festival associatif organisé par des Bagnolais, dans une ambiance conviviale et détendue, qui promet de grossir d’année en année !

Reportage : Emiliye (textes) et Alex See (photos) pour Musical Echoes.