Chronique LP : « A miracle » de Groundation

Après déjà sept albums aboutis, le groupe californien Groundation n’est plus à présenter et porte le reggae roots depuis longtemps au Etats-Unis. Voilà qu’il signe son retour avec l’album « A miracle », spécialement tournée vers la gente féminine. Passage en revue de ce nouveau disque  qui semble s’aventurer sur de terrains musicaux jusqu’alors peu explorés par la bande d’Harrison Stafford…

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L’album est sorti le 21 octobre sur Soulbeats Records.

Nul besoin de parler anglais pour comprendre le message universel porté par Groundation. Il suffit de se laisser porter la musique pour entendre leur message de paix, d’amour et de respect comme c’était aussi le cas sur l’album que le chanteur Harrison Stafford avait mené en solo avec les très grands noms du reggae (comme Leroy Horsemouth) sous le pseudo de Professor (album réalisé après un voyage en Israël et mixé en Jamaïque). Groundation ne s’écarte pas de cet esprit sur ce nouvel album, et entretient la collaboration avec des artistes jamaicains. Cette fois, ce sont deux anciennes choristes de Bob Marley qui sont invitées: les fameuses I-Trees!

Dès la première track, « Riddim Hold dem », le ton est donné : un vrai reggae soulful et joyeux, apportant à la fois quiétude et sourire. Les basslines sont sèches et marquées et les influences plus « caribéennes » se font déjà sentir!  Groundation se rapprocherait donc d’un style plus funky que jazzy ? C’est vrai, du moins sur la première moitié de l’album.

La part belle est clairement faite aux femmes : au-delà de la pochette de l’album, les voix féminines sont très présentes sur tous les morceaux de l’album : Defender of the beauty (feat Marcia Griffiths) n’y coupe pas. Harrison répond à la lead vocal dans un dialogue envoûtant. On retrouve cet esprit sur l’ensemble de l’album.

Des références très claires au jazz de la Nouvelle-Orléans

La seconde moitié de l’album surprend moins, et c’est le morceau « A miracle » (feat. Judy Mowatt) qui marque le pivot vers le retour aux premiers amours du groupe : du roots du roots et encore du roots! Les envolées de voix féminines nous rappellent parfois celles proposées à l’époque par les Pink Floyd (dont les influences marquées des musiques spirituelles ne sont pas à démontrer).

Les sections jazz de ce morceau ne sont pas sans rappeler non plus les sessions plus traditionnelles de jazz, comme on aimait les entendre dans les années 30. Nous retrouverons également ce travail de recherche jazz sur le track « Hold your head up », avec des références très claires au jazz de La Nouvelle-Orléans par des solos de trompette vraiment intéressants.

Il est presque impossible de décrire cet album morceau par morceau, tant la cohérence de l’ensemble est importante. Certains, comme par exemple « Gone a cemetery », nous offrent plusieurs phases. Ce tune commence par une très brève introduction style musique populaire jamaïcaine, pour continuer vers des sessions purement roots, avant de basculer vers des sections cuivres…

Tout à la fois grave et léger, chaque chanson de Groundation est une mise en abîme de l’opus. On sent une très grande maîtrise du groupe dans l’orchestration à la fois de l’album et des morceaux.

A miracle s’écoute d’une traite et nous emporte dans son univers de douceur. Son écoute est un moment particulier où la passion répond aux moments de calme et de douceur par des envolées musicales dont Groundation a le secret. Le léger virage caribéen (on retrouve par exemple des rythmiques dans le style nyabinghi!), plutôt présent en début d’album, déroutera l’auditeur qui pensait que Groundation était un groupe de reggae-jazz. Il faut assurément plusieurs écoutes pour apprécier cet album dans toute sa subtilité. Et même si le changement original d’esprit ne plaira peut-être pas à l’ensemble des fans du groupe, l’esprit Groundation reste là, en offrant une musique intemporelle qui lorgne même parfois sur les années 70!

Comme à chaque release du band, on sort de l’écoute serein et optimiste. Les convictions de Groundation transpirent sur chaque morceau : la culture populaire est un melting pot nous forçant à réfléchir, à s’ouvrir à l’autre. Et c’est là la vraie force du groupe!

Alex (W.A.I.)

« A miracle », Groundation. Soulbeats Records.  

Tracklisting :

1-Riddim hold dem
2-Defender of beauty (feat. Marcia Griffiths)
3-Free rider
4-Gone a cemetery
5-Liberation call
6-A miracle (feat. Judy Mowatt)
7-Hold your head up
8-Jah defend the music
9-Born again
10-Cupid’s arrow
11-Liberation dub.

Groundation est actuellement en tournée et passe au Trianon de Paris dimanche 9 et lundi 10 novembre. Plus d’infos ici : http://www.letrianon.fr/eventdetail749_GROUNDATION.html

Ecoutez un titre de l’album (« Gone a Cemetery ») ici : http://