Natty Bass (ODG, Roots Raid) : « Aujourd’hui ODGprod compte 70 références, toutes en free download! »

DUB INTERVIEW! Grosse actualité pour Natty Bass, bassiste chez OnDubGround et dub maker du projet Roots Raid qu’il mène avec Bongo Ben. Après la sortie numérique de leur album en juin dernier et celle du premier 7′ du label Berry’s Record, le LP From the top est récemment sorti en CD! L’occasion d’une belle interview de cet activiste de la scène française qui nous fait part avec passion de son travail et de sa vision du dub. 
Natty Bass en live pour défendre le projet Roots Raid au Temps Machine de Tours, en septembre dernier. Crédit photo : Carmen Mo

Natty Bass en live pour défendre le projet Roots Raid au Temps Machine de Tours, en septembre dernier. Crédit photo : Carmen Morand.

Musical Echoes : Tout d’abord, merci de m’accorder du temps pour cette interview. Peux-tu te présenter pour commencer? Natty Bass, bassiste avant d’être dubber ou l’inverse ? Quel est ton horizon musical, quelles sont tes influences? Comment tu t’es lancé dans la production?

Natty Bass : Merci à toi et « Musical Echoe »s de m’accorder cette interview! Voilà, Natty bassiste du groupe ODG ondubground et producteur/riddim maker du projet Roots Raid avec mon acolyte, Bongo Ben. Bassite avant tout? Oui et non, j’ai commencé par la guitare tout jeune avec mon père, d’abord blues puis classique au conservatoire jusqu’au diplôme de fin d’étude. Je me suis mis à la basse au moment où j’ai découvert le dub au lycée avec Bongo Ben, Val et Ben de Dawa Hifi sound system.

Les premiers lives ont eu lieu en 2002/2003 avec le groupe Orange Dub, initié par le même Val de Dawa-Hifi. On était quatre intervenants : machines et mix, basse, percussions et dj scratch… En 2005, je rejoins OnDubGround à la basse. Les premiers morceaux Roots Raid ont été produit début 2011 dans mon home studio avec Bongo Ben.On s’est donc lancés dans la production après avoir passé beaucoup d’heures à observer les amis riddim maker comme Val (Dawa Hifi), Art-X et Olo (ODG), U Stone
On avait envie de coucher nos idées plus roots et instrumentales en studio : basse, guitare, orgue, piano pour ma part et nyabingui, synare drum et percussions pour Bongo. Beaucoup d’artistes nous influencent, on peut citer quelques noms: Roots Radics, Martin Campbell, Creation Rebel pour les compositions. Scientist, King Tubby pour les mixs dub. Billy Boyo, Johnny Osbourne, Al Campbell, pour les chanteurs…
D’une manière générale au-delà du style, on est touché par la musique qui vient du coeur, qui a la vibe, qui groove et qui raconte des choses vraies.

M.E. : Tout le monde connaît ODG aujourd’hui, qui est très respecté, tant par le public que par les autres labels d’ailleurs. Pourquoi choisir de diffuser votre musique gratuitement sur un netlabel ?

N. : Oui c’est vrai, le net label ODGprod géré par Olo a bien évolué depuis les premiers maxis d’Ondubground et les premières compilations avec les artistes : Ackboo, Panda dub, Inadubstate, Dawa Hifi…

A l’époque on avait envie de proposer notre musique gratuitement comme pouvait le faire le site dubzone..Aujourd’hui, on compte plus de 70 références : des albums, des maxis et des compilations, toutes en free download…
Le site est assez visité et suivi dans toutes l’Europe et dans le monde. Il a permis à pas mal d’artistes et groupes de se faire connaître… Je pense que c’est une très bonne chose. Roots Raid devait évidemment sortir son premier album sur la plateforme odgprod.com, c’est la famille!

M.E. : Qu’est ce qui vous a amené, du coup, à sortir un album physique?

N. : On voulait proposer notre album en très bonne qualité audio (format wave)  contre mp3 256kpbs sur Odgprod. Mais aussi mettre en avant le travail graphique réalisé par nos amis Tristan Josse, Guimiks &Norulescorp et matérialiser les heures passés en studio avec un objet (tiré en édition limitée et numérotée à 200 exemplaires).

M.E. : Parlons de votre musique maintenant. On vous sent très proche du roots avec des sons plutôt orientés seventies, mais aussi étonnamment proches des « roots » françaises, notamment avec la dernière track, qui reprend vraiment les codes dub à l’ancienne (style années 90). Tu peux m’en dire plus ? Comment vous faites pour réussir ce grand écart ?

 N. : On a découvert et commencé à écouter du dub avec les groupes de la scène française comme pas mal de gens de notre génération de 25/30 ans (Kaly Live Dub, Zenzile, High Tone, Improvisators Dub, Junior Cony, Brain Damage…) qu’on pouvait voir jouer régulièrement à la friche culturelle Emmetrop, et aussi lors du Printemps de Bourges
Natty Bass aux machines et Bongo Ben (Roots Raid). Crédit photo : Carmen Morand.

Natty Bass aux machines et Bongo Ben (Roots Raid). Crédit photo : Carmen Morand.

On s’est également intéressé aux origines du style, anglaises et surtout jamaïcaines pour notre part. On a pris une grosse claque musicale avec la découverte du son sorti du studio « Channel One » et le groupe Roots Radics (dont le batteur, Style Scott, est récemment décédé NDLR) au début des années 80 et plus particulièrement du style rub a dub ou early dancehall. On est devenu accroc à ce courant musical au groove unique, imparable et dansant qui a notamment inspiré le hip hop par la suite…

Concernant la dernière track, tu fais référence au dernier morceau de l’album,  « Sâdhu Teachings ». C’est un hommage à nos premières inspirations. On a « surkiffé » les morceaux éthnodub de Kaly, High Tone, Alpha& Omega ou Brain Damage, le côté spirituel de la musique, les sonorités des instruments et voix orientales du Maghreb ou d’Inde, la musique sans frontières.

« Je suis un peu nostalgique des soirées dub live… »

M.E. : Qu’est-ce que ça fait de collaborer avec les grands MCs d’aujourd’hui ? Je pense par exemple à Shanti D, comment tu l’as connu ?

N. : C’est vraiment un honneur pour nous de pouvoir collaborer avec les MCs ou chanteurs qu’on apprécie et de pouvoir partager musicalement sur scène, en studio ou sur une production!

Pour ce qui est de Shanti D, je l’ai connu sur l’album At the government shop de Junior Cony meets Shanti D & Mister Irie. A l’époque, on a complètement bloqué sur ce LP et notamment sur la voix et le côté spirituel des mélodies et harmonies de Shanti D. On s’est rencontré physiquement il y a deux ans lors d’un concert de Bass Crafter (side project de Kaly Live Dub) à Bourges et enregistré les deux tracks de l’album From the Top, « Beware » et « Don’t love my style »  dans l’après midi avant son show.
On est ravi d’avoir pu collaborer avec lui, humainement et musicalement, pour finalement sortir ces deux morceaux. On respecte énormément son travail.

L'album At the government shop sur lequel Natty B a découvert le chanteur Shanti D!

L’album At the government shop sur lequel Natty B a découvert le chanteur Shanti D!

Pour le coup, nous avons enregistré quelques mois plus tard un troisième morceau avec lui et décidé de le sortir en vinyle 7″ et de créer notre label Berry’s Record, la distribution étant confié à Sirhill de Control Tower, qui nous a fait confiance sur cette sortie.
Le tune s’appelle « Education is the key », il est un tribute au chanteur décédé il y a quelques temps, Junior Murvin. Le texte est lourd de sens, le message universel… Il a bien été accueilli, playlisté sur les radios et joué par pas mal de sélecteurs et sound systems. Les 500 copies sont quasiment toutes vendues, on est ravi et motivé pour sortir un deuxième Berry’s Record en janvier 2015!

M.E. : Que penses-tu de la scène dub d’aujourd’hui ? Les artistes à suivre, les sessions à ne surtout pas manquer ?

N. : Je crois qu’elle se porte bien! Je suis ravi de voir que les jeunes et la nouvelle génération continuent à aller en soirées dub! C’est positif! On peut observer de plus en plus de soirées sound system dub dans toute la France.
De mon point de vue,  je suis un peu nostalgique des soirées où le live dub était plus plébiscité avec des groupes, des instrumentistes et du dub mix live. J’ai bloqué au début sur cette mouvance, pris des claques sur les shows de Brain Damage, Zenzile, Improvisators Dub ou Iration Steppas live…
Je respecte  aussi énormément la scène sound system, la culture du selecta, savoir jouer le bon tune au bon moment, le son fat pour appécier la lourdeur et la vibe des morceaux.  Nous même en live, Roots Raid, on préfère jouer sur une sono de sound system que sur scène avec deux petits retours..C’est une expérience unique, ou tu peux vraiment ressentir la vibration.. Des sessions comme celles d’Aba Shanti à Nothing Hill c’est magique!

Concernant la production, il y a de plus en plus de gens qui essaient de réaliser leurs propres morceaux dans tous les styles : roots, uk dub, digital, hard stepper! J’encourage humblement tout le monde à continuer, se faire plaisir et ne pas lâcher l’affaire, ça ne fait qu’enrichir le mouvement.
Pour ce qui est des producteurs français : le crew Dub AddictAnti-bypass, Roots MassacreJ.A.H.N.O, allez écouter, c’est big !

M.E. : Pour terminer, qu’est-ce que vous prévoyez pour l’avenir ?

N. : Développer notre label Berry’s Record, sortir des nouveaux morceaux, et jouer notre live. On prépare le deuxième Berry’s Record qui sortira à la rentée 2015. On collabore cette fois ci avec le chanteur londonien, Ramon Judah sur le titre « Weepin and wealing ».

En ce qui concerne la scène, on veut développer le live encore plus, jouer nos productions avec les pistes séparées, la console de mixage, les effets, les percussion de Bongo Ben. On recherche d’ailleurs des promoteurs intéressés par notre live…

Dans ce sens, merci infiniment pour cette interview qui met en lumière notre travail et longue vie à « Musical Echoes ». Seen!

M.E. : Merci beaucoup pour tes réponses, bonne continuation et à bientôt !

Recueilli par Alex (W.A.I.) pour Musical Echoes.

Regardez le teaser de l’album From the top ici : 


Le site du netlabel ODG prod :  http://odgprod.com/fr/

(Re)lisez la chronique de l’album From the top ici : http://musicalechoes.fr/2014/06/chronique-from-the-top-de-roots-raid/

(Re)lisez la chronique du 7′ « Education » de Roots Raid feat. Shanti D ici : http://musicalechoes.fr/2014/09/le-premiere-release-de-berrys-record-feat-shanti-d-tape-fort/