Télérama Dub Festival : 4000 personnes vibrent à l’unisson sur deux sound systems géants!

La session était attendue samedi dernier pour la date parisienne du Télérama Dub Festival! Ce dernier déménageait du Cent Quatre pour les Docks de Paris, à La Plaine-Saint-Denis (93). Et c’est dans deux immenses halls que Mungo’s Hifi et O.B.F. ont posé leurs stacks pour une nuit dans la plus pure tradition du sound system. Un sound sytem géant, sonorisé à la perfection et décoré magistralement. Rarement un événement dub n’avait bénéficié d’autant d’attentions et de soins en France, quitte à altérer un peu le côté underground et sauvage du sound system originel. Qu’importe, la fête était belle et surtout, réussie musicalement… Retour sur cette nuit de dub non-stop avec le reportage de « Musical Echoes ».

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Le hall d’OBF, tout en couleurs et jeux de lumières, décoré par le Nantais Kazy dont les dessins sont projetés sur les murs par Diazzo pour un rendu somptueux!

Lorsque les basses rondes et déjà bien puissantes se font entendre dès l’arrivée sur le parking du site, on se dit que nos tympans ne vont pas faire long feu si le son s’échappe déjà du site à ce volume! Mais ce n’est que le camion de Daddy Reggae  qui se balade et envoie des tueries roots depuis sa sono sur remorque. Le contraste n’en est plus saisissant en pénétrant sur le site où les sets viennent de commencer : celui de Weeding Dub à gauche sur dans le hall d’OBF et celui du Japonais Sak Dub dans le Mungo’s hall! Assurément pas les sons les plus tranquilles pour commencer… Surtout du côté de Sak Dub qui envoie des charges warrior style sur chaque tune ! Le public, pas encore nombreux, apprécie mais une partie affiche un air pour le moins dubitatif. C’est violent en guise d’introduction quand même! Sans compromis en tout cas!

Le camion tourne autour de l'entrée du festival! Jamaicain Style!

Le camion Daddy Reggae tourne autour de l’entrée du festival. Jamaican Style !

De l’autre côté, Weeding Dub déroule son dernier et excellent album Inna Digital Age et prolonge certains morceaux au moyen de son mélodica qu’il maîtrise à la perfection. Retour bref dans le Mungo’s hall pour apprécier le set des Suédois de Deng Deng plus nerveux qu’imaginé. Ces derniers semblent exploiter au mieux les basses superbes de la sono de Mungo’s répartie en neuf scoops et des médiums et aigus légèrement inclinés vers le sol. C’est que de l’autre côté, Dubkasm, met le feu au hall d’OBF en dix minutes. Il faut dire que Solo Banton, qui les accompagne au micro, est particulièrement surexcité. Comme souvent en fait. On se demande d’ailleurs parfois, comment il peut avoir un débit de lyrics aussi rapide, comme sur la tune « Ready », par exemple. Une version magistrale du « Promised Land » riddim et plusieurs pull up sur la désormais classique « Victory », plus tard achève de nous convaincre : ce duo de Bristol propose une vision exigeante et bien particulière du dub. A la fois stepper et tranchante, mais aussi très soulfull et chaleureuse! Le top déjà! Et il n’est que 23h20…

Ackboo et Dougie Wardrop se partagent la console! 

L’heure pour Tour de Force de démontrer ce que les New-Yorkais ont dans le ventre en matière de dub! Et bien c’est bien lourd, mais pas indigeste malgré les mélanges osés! Avec une musique qui navigue sans complexe entre les fondations jamaïcaines, la bass music, parfois limite dubstep ou encore beaucoup de hip hop! Casquettes vissées sur la tête et grosses baskets aux pieds,  Q-Mastah et Jay Spaker sautent comme des fous tout au long de leur set! C’est sûr que le Sleng Teng riddim qui se termine en wobble bass, ça fait bien skanker!

Dans le hall OBF, c’est la création du festival qui enchaîne : les producteurs Ackboo et Dougie Wardrop de Conscious Sound se partagent la console alors que les MCs Culture Freeman et S’Kaya animent la danse! L’occasion d’entendre des versions remixées des meilleurs titres des deux dub maker à l’instar de « Ready fi war » magnifiquement prolongé au mélodica par Chazbo. Ackboo en profite pour en placer une sur Rémi Fraisse, tué dernièrement par un tir de grenade lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens. Derrière, le Toulousain rend un hommage, artistique cette fois à Dougie Wardrop, compositeur du dévastateur « Star dub » dont le remix électrise la danse! Les freestyles des MCs s’enchaînent, les basses s’alourdissent et c’est déjà bien le chaos quand vient l’heure de la dernière tune du set, le hit « Turn up di amplifier ».

La projection du logo de Mungo's Hifi sur un mur du hall du même nom.

La projection du logo de Mungo’s Hifi sur un mur du hall du même nom.

De l’autre côté, le crew de Glasgow, Mungo’s Hifi, est en place et prend enfin le contrôle de son system en ouvrant avec un titre de Eek-a-Mouse qui annonce la couleur. Une terrible dubplate du hit d’Half Pint, « Greetings of Jah », nous retient encore entre les scoops écossais. Pourtant dans l’OBF hall, surchargé comme jamais encore ce soirn le dub maker Kanka et son bassiste sont en train de donner une leçon de stepper au public. Si le live du Normand n’est pas le plus original puisqu’il déroule ses tubes, dont beaucoup de son dernier album, il peut compter sur le soutien de Biga Ranx au micro. Un peu en marge de la mouvance sound system dub d’habitude, le jeune toaster tourangeau ne se fait pas prier pour faire apprécier son flow impeccable à la foule qui en redemande.

Il est une 1h35 du matin lorsque qu’OBF prend à son tour le contrôle de sa sono : une dubplate de Burro Banton, puis Pupajim et l’Espagnol Sr Wilson enchaînent live and direct sur le même riddim. Le crew savoyard poursuit avec « Poorman life » feat. Mr Williamz et « Babylon » de Troy Berkley, toutes deux extraites de leur dernier album, Wild avant d’enchaîner par une magnifique tribute tune à Nelson Mandela!

La leçon de sélection de Mungo’s Hifi! 

L’heure de retourner voir le show de Mungo’s qui finit une heure plus tôt que celui d’OBF. Et alors qu’on vient de quitter le crew de Genève, on les retrouve instantanément de l’autre côté sur les platines des Ecossais avec la tune « Dub Controler », chantée en directe par Charlie P! La magie de deux sound systems en même temps et sur un même site!

Derrière, c’est une avalanche de tueries, avec Solo Banton qui vient retrouver YT et Charlie P. Tous deux vêtus de noir, les deux chanteurs anglais blancs sont des tueurs au micro et se passent le relais comme si ils avaient fait ça toute leur vie. La dubplate « No ice cream sound » de Johnny Osbourne, le terrible « Champion Sound » feat. Assassin ou encore une merveille de combinaison entre Sugar Minott et Daddy Freddy (« the biggest tune of the world» selon YT qui s’enflamme un peu), enfoncent le clou! Le set de Mungo’s est parti pout être mémorable!

D’autant que Craig Macleod, derrière ses platines, ne se contente de sélecter, mais il mixe quasiment tous les titres les uns après les autres et le plus souvent, en vinyles, jouant sur les BPM avec aisance et sang froid. Sa concentration est maximale et on le bénit quand il envoie l’hymne roots des Viceroys, « Yaho » sur ses scoops si puissants!
Chaque particule d’air, chaque mètre carré du hall se remplit du son rond et chaleureux de ce classique du reggae qui rappelle d’où vient cette musique qui remue tant les foules cette nuit-là! C’est une vraie leçon musicale! Derrière, le mièvre et mainstream « Jessica » de Major Lazer nous refroidit un peu, mais c’est pour mieux enchaîner sur l’entraînant ska moderne, « Divorce à l’italienne », de Marina P et clôturer un set magistral sur la série de 7′ « Serious Time » sur laquelle YT et Charlie P se lâchent en improvisation totale et débitent leurs lyrics comme des salves de mitraillette!

3h35. Dur dur d’enchaîner après ça et pourtant, Radikal Guru s’y colle avec panache! Et le producteur polonais ne met pas plus de cinq minutes pour retourner le public. Easy ! A l’aide d’un dub bien vitaminé, flirtant parfois avec le dubstep, le DJ continue de faire danser les foules, d’autant que YT revient prêter main forte au micro pour animer son set! « It’s a great pleasure to test Mungo’s HiFi sound system », jubile Radikal Guru, constatant que les scoops écossais, résistent à merveille à ses sonorités parfois à la limite de l’infrabasse!

OBF en mode « family thing »

Entre temps, Charlie P est repassé de l’autre côté, avec OBF. On ne tarde pas à le suivre parce qu’on connaît la propension de Rico et Guillaume à mettre un bordel sans nom en fin de session! Bizarrement, ça ne va pas louper…
Shanti D et Sr Welson rivalisent de talent au micro et le second, belle découverte, devrait refaire parler du lui rapidement en France. Toute l’équipe d’OBF danse derrière les machines avec presque tous les artistes programmés cette nuit-là, venus assister à la tombée de rideau de cette nuit folle. En amis ou en simples curieux. « This is family thing », répète souvent Rico.

Le public a l'air comblé!

Le public a l’air comblé!

Le morceau « Leave it alone » de Burro Banton déclenche la frénésie dans le public. Tous les MCs et chanteurs présents s’étalonnent ensuite sur le même riddim! YT a rejoint la troupe à son tour et chante son terrible « Goin in » en live and direct, suivi par Solo Banton qui enchaîne parfaitement. This is sound system style !
A dix minutes du terme, Rico lâche : « Certains ne sont pas fatigués ici! » Le selecta  d’OBF l’est un petit peu pour sa part et loupe le départ de la last tune, dédicacée à Rootystep de Stand High, également présent : un méchant morceau de Pad Anthony pour refermer le session. C’est aussi ça le sound system, ce sont des hommes derrière des machines! Tout n’est pas programmé et c’est tant mieux! « Flash it, flash it! »

Après les dernières sirènes, le son s’arrête net avant 5 heures du matin. Tout le monde était prévenu mais personne n’a vraiment envie de quitter les lieux. Les étoiles brillent encore de mille feux sous les toits des deux halls. Le Télérama Dub Festival, vient de réussir un véritable tour de force : monter un double sound system géant, dans un endroit chaleureux et immense où souffle encore un vent de liberté devenue trop rare. La liberté d’écouter du dub sur des sonos puissantes en premier lieu mais aussi tout ce qui va avec… La liberté de faire la fête pleinement et comme chacun l’entend, dans un esprit d’unité et sans vigiles zélés pour l’entraver.

Reste que cet aspect festif ne doit pas faire oublier que les sound systems ne seront jamais des discothèques pour jeunes en mal de sensations fortes. Avant d’en arriver à un événement de cette ampleur, des milliers de sessions dub ont défriché le terrain partout en France depuis une dizaine d’années. Un terrain souvent dans l’ombre, au fin fond de zones industrielles, où une salle des fêtes douteuse au carrelage froid comme la mort tenait lieu de dancefloor. Où les sonos saturaient parfois et où un simple drapeau (souvent vert-jaune-rouge) tendu derrière les platines, faisait office de décoration. Car c’est aussi grâce à toute cette activité underground qui se bat et résiste depuis des années que le dub est en pleine lumière actuellement. La culture sound system ne s’est pas faite en un jour, le Télérama Dub Festival, aujourd’hui à son apogée, non plus! Que les deux perdurent longtemps en n’oubliant jamais ce qui fait leur force : leurs fondations. Elles ont l’air solides, on ne se fait pas trop de souci.

Reportage : Musical Echoes (Photos : Tom Tsoham, Textes : Emmanuel Blender avec l’aide d’Alex W.A.I.).

 

Une fresque géante de l'artiste Kazy colorait tout un mur de l'OBF hall!

Deux fresques géantes de l’artiste Kazy coloraient les deux plus grands murs du hall d’OBF.

 

De ce côté, c'est Romain de Weeding Dub qui ouvre les hostilités avec stepper digital de Lille!

De ce côté, c’est Romain de Weeding Dub qui ouvre les hostilités avec son stepper digital de Lille!

 

De l'autre côté, c'est le crew de Glasgow, qui sonorise les lieux avec sa superbe sono artisanale dont les médiums et les aigus (en haut) sont inclinés vers le sol. Un rendu au top!

De l’autre côté, c’est le crew de Glasgow, Mungo’s Hifi, qui sonorise les lieux avec sa superbe sono artisanale!

 

On remarque une légère incl

On remarque une légère inclinaison des médiums et surtout des aigus vers le sol pour un rendu rampant du plus bel effet.

 

L'artiste japonais Sak Dub n'a pas fait pas dans la dentelle pour ouvrir la soirée…

L’artiste japonais Sak Dub n’a pas fait pas dans la demi-mesure pour ouvrir la soirée…

 

Le dub maker a proposé un stepper brutal pour une entrée en matière en forme d'uppercut!

Le dub maker a proposé un stepper brutal pour une entrée en matière en forme d’uppercut !

 

C'est ensuite le sound suédois Deng Deng qui a pris le relais!

C’est ensuite le sound suédois Deng Deng qui a pris le relais!

 

Venu de Malmö, Deng Deng a joué plus "énervé" qu'au Dub Camp festival l'été dernier.

Venu de Malmö, Deng Deng a joué plus « énervé » qu’au Dub Camp festival l’été dernier.

 

Dans l'OBF hall, le duo de Dubkasm

Dans l’OBF hall, le duo de Bristol, Dubkasm, accompagné de Solo Banton, n’a pas déçu!

 

Dubkasm, toujours au top, produit un dub archi travaillé!

Dubkasm, toujours au top, produit un dub archi travaillé! Sound of Bristol !

 

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L’OBF hall se remplit au fil de la nuit. Il reste de la place pour respirer même quand la jauge atteint plus de 2500 personnes!

 

Immanquable ensuite la rencontre inédite entre les deux producteurs stepper : le Londonien Dougie Wardrop à gauche et le Toulousain Ackboo, à droite!

Immanquable ensuite la rencontre inédite entre les deux producteurs stepper : le Londonien Dougie Wardrop (Bush Chemists) à gauche et le Toulousain Ackboo, à droite!

 

Ils étaient accompagnés au micro par Culture Freeman (à gauche) et S'Kaya (à droite)…

Ils étaient accompagnés au micro par Culture Freeman (à gauche) et S’Kaya (à droite)…

 

… ainsi que du génial Chazbo, au mélodica. Bush Chemists full crew !

… ainsi que du génial Chazbo, au mélodica. Bush Chemists full crew !

 

Sur les coups de minuit de demi, Kanka et son bassiste Chris B ont envoyé des basses obèses devant plus de 2000 personnes!

Sur les coups de minuit et demi, Kanka et son bassiste Chris B ont envoyé des basses obèses devant plus de 2000 personnes!

 

Dans le hall d'O.B.F, Guillaume est restée toute la nuit pour effectuer les réglages...

Dans le hall d’O.B.F, Guillaume est resté toute la nuit pour effectuer les réglages de son system.

 

Beaucoup de monde aussi dans le hall de Mungo's lorsque les Ecossais prennent le relais de Tour de Force à la même heure (00h30). C'est la folie partout!

Beaucoup de monde aussi dans le hall de Mungo’s lorsque les Ecossais prennent le relais de Tour de Force à la même heure (00h30). C’est la folie partout!

 

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Tout le crew écossais est présent avec deux des meilleurs chanteurs anglais actuels pour se relayer : Charlie P et YT!

 

YT à gauche et Charlie P à droite.

YT à gauche et Charlie P de dos.

 

Toujours YT et Charlie P.

Toujours YT et Charlie P, inarrétables dans leurs prouesses vocales!

 

 

Le producteur Radikal Guru a réussi à maintenir la pression et le rythme après le passage de Mungo's! Respect.

Le producteur Radikal Guru a réussi à maintenir la pression et le rythme après le passage de Mungo’s! Pas évident.

 

Le visuel du dernier album d'OBF, "Wild", trône à l'entrée du hall!

Le visuel du dernier album d’OBF, « Wild », trône à l’entrée du hall!

 

Les festivaliers ont en eu plein les oreilles et plein les yeux toute la nuit!

Les festivaliers ont en pris plein les oreilles et plein les yeux toute la nuit!

 

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Un vaste espace extérieur faisait office de sas de décompression idéal entre les deux halls. Chapeau bas à l’organisation au top, surtout après les problèmes survenus l’an dernier au Cent Quatre!

 

Regardez un extrait de la session d’OBF feat. Charlie P et Sr Wilson (par Lonely Lion Production) ici :

 

Ecoutez les 23 dernières minutes de la session d’OBF ici : 

A venir sur musicalechoes.fr : des extraits vidéos de la soirée, et des interviews de plusieurs artistes présents au Télérama Dub Festival #12 et d’autres surprises… Stay connected!