B-No (Upfull) : « En 1999, j’ai pris une grosse claque au concert des Gladiators! »

A l’occasion de la sortie du titre de Trevor Junior, « People are changing » sur le label anglo-portugais Cubiculo Records, « Musical Echoes » fait coup double. D’un part, Manu Lkd chronique cette nouvelle release digitale et d’autre part, Sam a pu rencontrer le compositeur du titre, B-No. L’occasion de parler de sa passion pour le reggae et des activités de son crew, Upfull, entre Paris et Berlin! 

Le macaron de cette nouvelle release de Cubiculo Records.

Le macaron de cette nouvelle release de Cubiculo Records.

Le label Cubiculo basé à Londres revient en force  avec la sortie d’un nouveau maxi 45 disponible dans tous les bons shops.

Trevor Junior

Trevor Junior a commencé à chanter dans les années 80.

Après avoir invité quelque producteurs tels que Digid, Dub Unit, Stricly Soundz Prod ou encore les Strasbourgeois du Subactive crew, ce label désormais reconnu sur la scène dub moderne propose d’offrir une nouvelle production rub-a-rub taillé par les mains d’un jeune producteur français B-No (Upful Posse) et chargé de la voix encore intacte du légendaire Trevor Junior.

Certains ont peut-être eu l’occasion de croiser les deux compères lors de leur tournée 2013 dans certaines villes d’Europe, et bien c’est à leur retour de tournée que ces deux-là prennent alors la direction du studio et décident de sortir ce hit digital «People Are Changing», enregistré en une seule prise s’il vous plaît.

Vous ne serez pas surpris d’entendre ce morceau résonner en sound durant quelque temps car la qualité de celui-ci est indéniable. A real tuffa production !

Manu Lkd. 

Interview de B-No du crew Upfull. 

Musical Echoes : Salut Beno, merci d’abord d’avoir bien voulu nous accorder une interview. Pourrais-tu te présenter pour commencer et nous raconter comment et pourquoi tu es venu au reggae?

B-No: Bien sûr, Beno, du crew parisien Upfull Posse, selecteur et compositeur.

J’ai commencé la musique presque involontairement. A la base je bidouillais des machines, des instruments, bref, des objets avec de l’électronique et un certain challenge à relever. Un jour, un pote m’a passé son synthé qui ne marchait plus, j’ai passé des heures à comprendre comment régler les notes sur les touches et tous les micro-réglages et ça m’a vraiment éclaté. Du coup je lui ai emprunté et j’ai commencé comme ça.

Pour le reggae, j’écoutais un peu, ma mère écoutait quelques artistes comme Bob Marley, mais à la maison c’était surtout jazz et blues. J’étais et je suis toujours fan de hip hop, c’est même sur ce style que j’ai commencé. A 15 ans, je suis allé au Garance Reggae Festival grâce à un pote qui avait des places. C’était en 1999 je crois, je me souviens encore du line-up, j’ai pris une grosse claque au concert des Gladiators, j’ai vraiment vécu ça comme une révélation. C’est là que j’ai commencé à collectionner les vinyles et à fouiner un peu partout, pour trouver d’autres morceaux qui pourraient me donner une vibration pareille à celle que j’ai ressentie ce jour-là.

Après ça, j’ai voulu faire un sound system pour partager cette expérience. J’ai commencé vers 16 ans et par la suite j’ai rencontré des mecs qui avaient le même esprit que moi autour du reggae, dont le groupe Echo Doppler et High Bass.

Trevor Junior (à gauche),  Beno et Tonto Addi (Upfull).

Trevor Junior (à gauche), B-No et Tonto Addi (Upfull).

Musical Echoes : Tu pourrais présenter Upfull Posse, est-ce qu’il y a un style particulier, quelque chose qui vous définit ? Vous êtes plusieurs membres, chacun est assigné aux mêmes tâches ou vous avez chacun votre spécialité ?

B-No : Upfull c’est venu avec ces rencontres. Ce qui nous a rassemblés c’est l’ouverture, l’envie de partager la musique et la faire découvrir et aimer à d’autres. On veut qu’à la fin d’une session, si tu ramènes un pote qui n’aime pas le reggae à la base ou qui ne connait pas, il puisse au moins danser. Et s’il veut revenir ou aller à d’autres événements reggae c’est qu’on a réussi!
Du coup notre style c’est tout le reggae du plus roots au plus moderne, on brasse très large, et pour ça on joue sur la complémentarité entre nos membres.
Zefyko c’est le chef opérateur, c’est lui qui gère la sono et les stacks, son style c’est essentiellement rocksteady.
Tonto Addi lui est plus rub a dub et adore toaster, Théo joue du dancehall et du digital moderne, quant à moi, je suis rub a dub et digital et je compose. Après on peut tous passer de tout s’il le faut, c’est juste une répartition des rôles.

« Avec les Digital Fever, on amène le style digital à Berlin »

Musical Echoes : On en vient plus précisément à toi, vu que tu es le compositeur de l’équipe, ta release sortie chez Cubiculo Records et le choix de Trevor Junior pour le chant. Comment ça se passe tes compositions ? Tu as l’habitude de convier énormément de chanteurs, est-ce que tu composes pour eux directement ou est-ce que tu réfléchis après à qui pourrait chanter ?

B-No: Pour « People are changing » j’ai vraiment composé pour Trevor. Il a un timbre de voix particulier et j’ai voulu faire quelque chose pour lui spécifiquement. Je lui ai posé le thème pour ses paroles, chose que je fais très peu d’habitude, à part pour dire que je préfère faire passer des messages qui puissent parler à tous, mais là c’était particulier, et il a le talent d’être très inspiré et avec un chant très juste, du coup c’est allé très vite pour écrire et enregistrer. Sinon, j’ai l’habitude de composer et ensuite chercher qui pourrait poser sur mon riddim. Aussi, je tiens à parler de Tonio qui a joué les parties guitares sur ce morceau, un pote qui joue du métal très technique mais qui a joué pour moi, à l’encontre des riffs et solos dont il a l’habitude. il a été super patient et créatif pour donner un feeling particulier.

Musical Echoes : Quand tu dis que tu cherches les chanteurs, comment ça se passe ?

B-No : Pour ça je suis un acharné, je suis même allé jusqu’à New York pour aller chercher Michael Palmer dont je suis super fan. Arrivé à l’aéroport je lui ai dit que j’étais là pour lui et que je voulais l’enregistrer, c’est Trevor qui m’a donné son numéro parce que sinon il est injoignable. J’étais aussi là pour la détente et les disquaires ! Voilà comment ça se passe, je vais directement les chercher pour travailler avec eux, après il faut créer une atmosphère d’entente pour qu’ils soient à l’aise.

Musical Echoes : Avec Upfull vous faites des dates régulières, notamment au Eva Zion (une rhumerie parisienne du 10e NDLR) mais j’ai vu que vous commenciez des nouvelles choses.

B-No : Tu veux parler du lancement des soirées Digital Fever à Berlin? Oui on tourne pas mal entre France et Allemagne, là-bas ils sont gourmands de nouveaux sons et faire ce genre de soirée c’est vraiment cool. Berlin c’est surtout la techno, du coup ils ont peu de choix et leur proposer ce genre de soirées ça permet de faire vivre une autre scène pour un autre public qui n’attend que ça. Question reggae, ils sont surtout axés new roots, mais très peu digital, alors on leur amène ce style. La première de Digital Fever a été un succès du coup on va continuer, on risque d’être un peu moins en France.

Musical Echoes : Quels sont tes projets à venir et ceux de Upfull Posse ?

B-No : Pour ma part j’ai pas mal de releases en préparation, toujours chez Cubiculo, mais aussi sur un label italien et un autre américain, aux Etats-Unis ils ont une grosse scène reggae/dub contrairement à ce qu’on pourrait penser donc ça peut aller vite.
J’ai aussi un partenariat à venir avec le Gibus (à Paris) courant Janvier. Pour Upfull on va continuer la Digital Fever et tenter de faire grossir un peu ce genre de soirées, ça serait vraiment bien de pouvoir faire ça aussi en France un jour, mais pour l’instant on se concentre sur Berlin.

Recueilli par Samuel Bagla. 

Ecoutez « People are changing » ici :