Chronique LP : « A matter of scale » de Stand High Patrol

Près de trois ans jour pour jour après la sortie de Midnight Walkers, Stand High Patrol s’est appliqué et a pris son temps pour proposer son deuxième album, A matter of scale, aujourd’hui dans les bacs. « Musical Echoes » l’a écouté en boucle histoire de décrypter au mieux l’opus dub le plus attendu de ce début d’année 2015! Run it !

A matter of scale sort ce lundi 19 janvier en CD, double LP vinyle et numérique.

A matter of scale sort ce lundi 19 janvier en CD, double LP vinyle et numérique. Comme d’habitude, Kazy est à la manoeuvre pour l’artwork somptueux et léché.

Depuis déjà une dizaine d’années, le crew breton cultive et affine un style musical bien à lui. Un dub inclassable qui se nourrit d’influences bien au-delà de la sphère reggae. Et s’l est délicat de savoir à l’avance dans quelle direction vont nous emmener les trois « dubadub musketeerz », une constante demeure au fil de leur productions : le contre-pied.

Il est total et nous laisse pantois sur le premier track très « cinématographique », « Tempest », tranquille ballade digitale sur laquelle Pupajim dévoile un flow calme et apaisé, renforcé par les notes de trompette subtiles et envoutantes du petit dernier de la bande, Meri, qui tournait souvent avec le groupe lors de ses dernières sorties.
Le calme avant la vraie tempête qui s’annonce finalement sur le titre suivant, « No matter how long it takes », reggae/dub incisif et entêtant où le chanteur fait l’étalage de son talent et de sa dextérité vocale. Un très gros morceau que le second donc qui était d’ailleurs joué en sound system depuis un moment déjà!

Le rythme ralentit ensuite considérablement sur « Geography », tune très posée, dans la même veine que la première, avec un thème géographique central qu’on retrouve fréquemment chez Stand High depuis plusieurs années. Comme sur « Tempest », Meri vient conclure le titre en douceur et volupté avec sa trompette.
« Gambling Johnny » revient dans le reggae digital, peut-être un rien basique à la première écoute, mais en fait très bien arrangé à y écouter de plus près avec sa guitare digitale omniprésente et son riddim terriblement efficace! La chanson se prolonge parfaitement en étirant une rythmique qu’on imagine déjà triturée voire remixée dans tous les sens en sound system!

Derrière, l’album enchaine avec le premier titre dévoilé de l’album, le single « Sleep on it ». Un OVNI incomparable porté par le chant poignant de Pupajim. La rythmique minimaliste laisse toute la place au chanteur, qui, sans complexe, ne se fait pas prier pour la prendre et dégage une vraie émotion. Cette chanson est un voyage onirique qu’accompagne merveilleusement bien le clip de Kazi Usclef, à voir absolument en complément (voir plus bas). Sans doute l’un des titres les plus singuliers de Stand High depuis le 45T « Unemployed »!

« Overloaded truck » raconte le sound system

Retour au reggae digital avec « Routine » plaisant mais pas forcément indispensable, la faute à un riddim bien répétitif. Celui de la tune suivante, n’est pas forcément beaucoup plus élaboré mais le rendu est tout à fait différent. Dès les premières notes, d’ «Overloaded truck », c’est une déferlante de vibes positives qui s’abat sur nos oreilles. Et la basse lâchée quelques secondes plus tard ne mérite qu’un énorme pull’ up. Sur un rythme effréné, Pupajim prend le parti original de raconter une journée typique de session sound system pour le crew qui la sonorise du chargement du camion à son rechargement en fin de nuit. «Tonight we gonna play with the sound», introduit le MC avant d’enchaîner avec un flow impeccable et dynamique. Sans conteste l’une des tueries de ce nouvel album!

Très court, (1″55), « Blue Wax » est le premier morceau cent pout cent instrumental de l’album. Un dub menaçant à la rythmique hip hop, dans la lignée de certains instrumentaux du groupe déjà sortis en galette, que ce soit sur le premier album sur le maxi partagé avec Step Art.
« Everybody move, nobody get heart», crie Pupajim, en intro de « Ruckus » qui s’annonce en trombe! C’est en effet une nouvelle killer tune qui déboule avec des paroles qui tapent fort et un beat bien gras qui emprunte autant au hip hop qu’au dub. Un titre joué lui aussi depuis un moment par le crew en sound system!

Pupajim, Rootystep et Mc Gyver, en action lors du Dub Camp Festival en juillet 2014. Photo montage : Tom Tsoham, Musical Echoes.

Pupajim, Rootystep et Mac Gyver (de gauche à droite) en action lors du Dub Camp Festival en juillet 2014. Photo montage : Tom Tsoham, Musical Echoes.

Dixième track de l’opus, « Warehouse » est un dub typiquement progressif qui serait parfait en last tune de n’importe quelle grosse session sound system. Le riddim est lourd, rampant et ne serait sans doute pas renié par les maîtres anglais du stepper comme King Earthquake ou Iration Steppas, même si la patte Stand High reste parfaitement identifiable. Wicked dub !

Deux dubs monstrueux pour conclure…

Deuxième morceau dévoilé de A matter of scale, « Style and City » ne plaira peut-être pas à tout le monde avec son riddim digital minimaliste. Il n’en constitue pas moins un track entraînant et intéressant au niveau des paroles où chaque style musical est associé à sa ville ou région d’origine. Une leçon musicale bienvenue dispensée par un groupe qui ne se prive justement pas de mélanger les styles musicaux et de le revendiquer, prouvant une nouvelle fois son ouverture artistique.

Reste que c’est bien dans le dub qu’ils excellent sans doute le plus, en témoignent les deux derniers morceaux. Deux dubs monstrueux et progressifs bâtis pour les sound systems qui écrasent à peu près tout sur leur passage. Dans un style subtil et méditatif pour « The Bridge », beaucoup plus stepper et warrior pour « The Tunnel » qui devrait être une véritable arme de destruction massive en session! Difficile de rester de marbre à l’écoute de cette dernière composition qui donne incontestablement envie de skanker dans tous les sens.

C’est là l’une des forces de cet album finalement très varié, mais très cohérent. A matter of scale est un voyage dans l’univers de Stand High, qui s’amorce en douceur et s’achève à cent à l’heure. Chaque titre a une place bien définie dans un LP qui s’envisage comme un ensemble. C’est assez rare aujourd’hui pour être souligné alors que les albums sont souvent des compilations de titres sans queue ni tête.

Musicalement, si certains rythmes digitaux peuvent parfois lasser, le talent de composition et d’arrangement du groupe, repousse encore un peu plus loin les frontières du « dubadub ». Empruntant tour à tour au reggae, au hip hop, à l’électro voire parfois brièvement au jazz (pour la batterie), elles sont  mouvantes, parfois mutantes et on peut compter sur Stand High pour les défendre et toujours les faire évoluer sans faire aucune concession à leur conception du son : parfois expérimentale, souvent radicale, toujours originale!

Emmanuel « Blender ».

*Stand High Patrol : A matter of scale/Stand High Record. Disponible en 2LP, CD, MP3 et WAV lundi 19 janvier. 

Tracklisting :

1-Tempest
2-No matter how long it takes
3-Geography
4-Gambling Johnny
5-Sleep on it
6-Routine
7-Overloaded truck
8-Blue wax
9-Ruckus
10-Warehouse
11-Style and city
12-The bridge
13-The tunnel.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1-« The tunnel »
2-« Overloaded truck »
3-« Sleep on it ».

Ecoutez le morceau « Sleep on it » ici :

Ecoutez le morceau « Ruckus » ici :