Barbés.D : « En live, il y a une prise de risque derrière la console! »

DUB INTERVIEW! A 48 ans, Barbés.D n’est pas un novice sur la scène reggae/dub française. Après plusieurs collaborations à des groupes de reggae, l’homme suit désormais son chemin de producteur depuis une dizaine d’années avec plusieurs releases à la clé, sorties notamment sur le label Belleville International. C’est presque naturellement que le magasin parisien Patate Records produit donc son premier album dub, « Green Walk Dub », dans les bacs depuis le 16 mars dernier. L’occasion d’en parler en détails et en toute simplicité avec David « Barbés ». Green dub words !

Barbés.D en live machine! Photo : Alex See.

Barbés.D en live machine! Photo : Alex See.


Musical Echoes : Tu n’es pas nouveau sur la scène reggae/dub française, mais Green Walk Dub est bien ton premier album en tant que producteur? Il est édité en vinyle et CD à combien d’exemplaires?

Barbés.D : Oui enfin, j’avais fait le projet Electro Dunes (album Saharian Vibes) en 2006 où j’avais tout composé. Green Walk Dub est mon premier album composé et mixé entièrement par mes soins. Je suis content qu’il sorte en CD (1000 exemplaires) et en vinyle (500 ex), ça met vraiment en valeur mon travail. Quand les gens cherchent une chanson sur internet, ils tombent toujours sur le chanteur, pas le producteur. Maintenant je vais être plus « trouvable » et toucher un public qui n’a pas forcément de platine, mais qui apprécie ma couleur musicale.

L'album Saharian Vibes est le premier composé par Barbés.D.

L’album Saharian Vibes est le premier composé par Barbés.D.

M.E. : Sur cet album, il y a quelques titres déjà sortis (« Move it » feat. El Fata, « Corruption Dub »…) et  des riddims familiers, comme sur « Love Breath »…

B. : Oui, c’est justement ce que permet un album! Réunir des titres sortis et d’autres non. Ou sur « Green Mood », qui est en fait l’instrumental de « Babylon Meltdown » de Dan I Locks… Mais il y a vrai travail de mixage derrière en plus.
Comme sur un album qui m’a marqué et inspiré et dont le mix est vraiment travaillé, c’est How the west was won de Ranking Toyan meets Scientist sur Greensleeves. La patte de Scientist est partout sur cet album…
Sinon sur mon album, j’ai des dubs plus simples comme le « mp3 land » riddim du morceau « Can’t buy my soul » feat. Daman qui est l’instrumental le plus binaire sans doute et qui est inédit pour le coup!

M.E. : A quoi fait référence le titre de ton album « Green Walk Dub »? Un intérêt pour l’écologie?

B. : Oui bien sûr! J’ai habité à Paris, longtemps à Marseille aussi, mais j’ai quitté la ville pour ça… Je suis à Crest dans la Drôme désormais et j’essaie de faire attention au maximum à mon impact sur terre! Je cultive mon potager, j’essaie de bien manger… Quand j’ai une date de concert, j’y vais le plus en covoiturage…
Il y a un état d’urgence pour la planète! Et je ne suis pas le seul à le dire dans le milieu. Par exemple, Dan I Locks est hyper conscient là-dessus ou en France, R-Dug, Jah Militant ou Webcam Hi-Fi et bien d’autres s’en préoccupent aussi…
Paradoxalement, c’est la technologie qui me permet de travailler seul et de diffuser mon travail depuis la campagne.

M.E. : C’était naturel que Patate Records t’aide pour la production et la distribution de cet album?

B. : Oui car Pierre « Patator » a sorti beaucoup de mes vinyles déjà. C’est lui a qui a eu l’idée de faire cet album! Du coup, moi je lui envoie mon mix final et lui se charge de tout le reste. C’est un « vieux » dans le milieu, le vinyle c’est vraiment son métier. Belleville International, c’est reconnu partout dans l’underground du reggae donc c’est une vraie chance pour moi de l’avoir à mes côtés. Il sait très bien ce qui se vend et ce qui ne se vend pas!

Barbés.D at the control!

Barbés.D at the control ! Photo : Alex See.

M.E. : Comment et où composes-tu ta musique?

B. : C’est très simple, je fais ça chez moi dans mon petit « Natural Studio ». Je travaille sur mon Mac avec le logiciel Logik Express. Je fais moi-même les guitares et le mélodica et la ligne de basse au clavier.
Pour composer un morceau en général, je fais d’abord la ligne de basse avec un kick ou un charley en appui, puis je rajoute un rythme dessus. Je fais pas mal tourner aussi à d’autres gens et j’ajoute les arrangements ensuite.
Presque tous les dubs sont construits autour d’un riddim. Comme dans toutes les musiques populaires, on retrouve dans mes morceaux, le schéma classique intro, couplet, refrain et bridge (pont)…

M.E. : Comment définirais-tu le style de dub que tu produis? Stepper ou digital…

B. : C’est compliqué à définir… Il y a des morceaux stepper même si les roulements de batterie sont peu utilisés. Mais aussi un aspect digital avec parfois, une batterie 8 bits. Ma musique est très simple. Je suis guitariste à la base, je sais accompagner les chanteurs et je mets ma musique à leur service. En tout cas, ça reste du reggae, mais avec des influences UK. On peut dire du reggae UK, mais en plus chaleureux et rond… De toute façon, je n’ai jamais voulu sonner comme les autres et fais mon truc sans être dans un courant musical.

« Mon album est aussi métissé que la France d’aujourd’hui »

M.E. : En live, comment procèdes-tu?

B. : Je fais du live act dub avec des sets qui peuvent parfois durer trois heures… Je retravaille tous les morceaux en live, en les allongeant… Pour moi, c’est un vrai plaisir d’être sur scène, je suis un ancien musicien live et quand je touche mes boutons, j’ai vraiment l’impression de faire de la musique. Il y a une prise de risque derrière la console : si je touche le mauvais bouton, je peux faire un gros larsen (rires)!

Le 7" "Illegal" de Babés.D feat. Dan I Locks.

Le 7″ « Illegal » de Barbés.D feat. Dan I Locks.

M.E. : Un mot sur le premier morceau de ton album, « Salamalikoum dub ». C’est un choix fort d’ouvrir avec ce track non?

B. : Oui ça fait dix ans qu’il traîne dans les cartons et je voulais vraiment le sortir en dub. C’est un de mes morceaux phares, un titre fondateur sous cette version heavy de mon son depuis que j’ai mon propre petit studio. C’est aussi la vibe du Sahara que j’adore et avec laquelle j’ai déjà bossé (sur le disque Electro Dunes NDLR). Le message de Houari Douli (le chanteur algérien qui chante ce titre) est un message d’unité qui veut dire welcome à tout le monde! D’ailleurs sur mon album, il y a des artistes de tous les horizons en featuring : rastas, juifs, musulmans, athées… C’est aussi métissé que la France d’aujourd’hui!

M.E. : Quels sont tes projets musicaux? D’autres releases en prévision, une tournée…

B. : Je tourne plutôt dans le Sud en ce moment, mais en avril je serai aussi à Reims et à Lille (le 18/04) pour le Waz Dub Festival. J’aimerais aussi beaucoup jouer à Marseille car je connais bien cette ville…
Pour les prods, j’en ai d’autres à venir chez Patate. On souhaite enregistrer un album showcase avec Dan I Locks et sortir le vocal du track « Ina di dub », toujours avec Dan I Locks!
J’ai fait mon premier concert en 1984, ça fait plus de trente ans maintenant… J’ai arrêté les groupes live car je voulais faire du dub et évoluer dans un milieu qui reste assez underground… C’est vraiment la passion qui me fait tenir!

Recueilli par Emmanuel « Blender ».

* « Green Walk Dub », sorti le 16 mars 2015 chez Patate Records.

L'album "Green Walk Dub" est sorti le 13 mars en CD, vinyle et numérique.

L’album « Green Walk Dub » est sorti  en CD, vinyle et numérique.

Tracklisting (CD):

1-« Salamalikoum » feat. Houari Douli
2-« Green Walk Dub »
3-« Can’t Buy Soul » feat. Daman
4-« No Stooge dub » feat. Imanouel
5-« Moove it » feat. El Fata
6-« Corruption Dub » feat. S’Kaya
7-« Inna Di Dub » feat. Dan I Locks
8-« Sound Of Dub » feat. Imanouel
9-« Green Mood Dub »
10-« Governement Man Dub » feat. King Ital
11-« Dromadary Dub »
12-« Love Breath » feat. Sista Bethsabée
13-« Him Spread Di Dub » feat Ras Mykha
14-« Fresh Steppa Dub ».

Ecoutez des extraits de l’album « Green Walk Dub » ici :