Stand High Patrol : « Si on intègre du punk ou de la cumbia à notre son, ça restera du dubadub ! »

DUB INTERVIEW! Alors que se profile ce week-end l’explosif Dubquake festival, organisé par O.B.F. à Genève, Stand High Patrol, à l’affiche ce vendredi 17 avril, répond aux questions de « Musical Echoes ».
Pupajim, Mac Gyver, Rootystep et Merry nous parlent de cet événement, de leurs potes d’O.B.F., de leur sound system et de leurs projets musicaux. Le crew breton revient également sur la sortie et la réception de son dernier album, A Matter of Scale.

De gauche à droite, Merry, Pupajim, Mc Guyver et Rootystep en live lors du dernier Bout'40 festival. Photo: Photofabrik.

De gauche à droite, Merry, Pupajim, Mac Gyver et Rootystep en live lors du dernier Bout’40 festival. Crédit photo: Photofabrik.


Musical Echoes : Ce n’est pas la première fois que vous jouez à Genève. C’est toujours spécial là-bas en terme d’ambiance par rapport aux sessions françaises, non ?

Rootystep : C’est toujours un plaisir de jouer là-bas ! Le public des Dubquake est bien réactif, l’ambiance y est toujours bonne. Je ne pense pas qu’on puisse opposer les publics comme ça. Le public des Dubquake n’est pas cent pour cent suisse et on retrouve pas mal de Français dans la danse. Il n’y a pas vraiment de différence entre la Suisse et la France.

Mac Gyver : OBF a bien installé ses soirées à Genève. La Dubquake est devenue une soirée de référence et puis, la plupart du temps, ce sont des sessions entre potes avec un super accueil. Ça se ressent forcément pendant la session tant au niveau des prestations des sounds que du public !

M.E. : A quand remonte la dernière date partagée avec OBF ? J’imagine que c’est un plaisir de les retrouver une nouvelle fois…

Pupajim : La dernière c’était au festival Bout’40, ça date un peu (septembre 2014). Une belle session sound system. C’était la première fois qu’on posait notre sono en même temps que la leur ! C’était aussi la première fois que Merry nous accompagnait en live avec sa trompette.

« Quand on se voit avec OBF, on passe plus de temps à boire des coups et bien manger qu’à bosser sur du son ! »

M.E. : C’est peut-être moins flagrant en sound system, mais artistiquement, si on compare vos deux derniers albums sortis à quelques mois d’intervalle, OBF et Stand High semblent un peu s’éloigner non ? OBF reste plutôt dans le reggae/dub digital, vous pas seulement…

Rootystep :  On n’a jamais réellement joué les même choses qu’OBF donc je ne pense pas qu’on s’éloigne. Stand High a toujours joué différents styles et lorsqu’on fait une session sound avec OBF, on trouve que les sons des deux crews se complètent bien.

Pupajim : On a toujours eu des approches différentes en session mais c’est ce qui fait que nos rencontres en soirée fonctionnent. Nous on prend toujours du plaisir à venir écouter OBF jouer !

M.E. : Après toutes ces sessions partagées et compte tenu de votre amitié, n’avez-vous pas l’envie de bâtir un projet musical commun avec OBF ?

Pupajim : On a déjà collaboré sur des remixs. Enfin c’est surtout Rico qui a remixé pas mal de nos tracks. On a jamais eu le temps de bâtir un réel projet musical commun. On n’en a jamais réellement parlé entre nous mais ça se fera peut être un jour. A vrai dire quand on se voit on passe plus de temps à boire des coups et bien manger qu’à bosser sur du son !

Pupajim, Rootystep et Mc Gyver lors du dernier Dub Camp festival, en juillet 2014. Photo : T.Tsoham, M.E.

Pupajim, Rootystep et Mc Gyver lors du Dub Camp festival, en juillet 2014. Photo : Tom Tsoham, M.E.

M.E. : Vous citez souvent aussi souvent Iration Steppas, qui joue samedi au Dubquake en formation live, dans vos grandes influences musicales. C’est toujours votre sound préféré en Angleterre ?

Rootystep : Il y a plein de sons qu’on aime bien en Angleterre. Iration a toujours été une grosse influence pour nous, mais on apprécie beaucoup aussi  Aba Shanti I et Jah Tubbys par exemple. Ils font aussi partie de nos influences majeures comme beaucoup d’autres. Ça fait un moment qu’on a pas vu Iration donc on est bien contents qu’ils soient à l’affiche de la Dubquake !

Pupajim : Leur live avec Tena Stelin nous avait vraiment retourné lorsque nous l’avions vu au festival Outlook il y a deux ans. C’était un temps fort du festival cette année là. Nous ne pouvons que conseiller d’aller le voir !

M.E. : Presque trois mois après la sortie de A matter of scale, quels sont les retours que vous en avez ?

Mac Gyver : Les retours sont bons, c’est positif. En live on ne joue pas l’album de A à Z. On joue quelques tracks mais on est déjà passé à autre chose. De nouveaux dubs, de nouvelles expérimentations. L’album est sorti. Ce qui nous intéresse maintenant c’est la suite !

M.E. : L’album a été bien reçu par la presse spécialisée. Mais une partie de votre public semble avoir été surpris par la couleur de l’album, moins strictement dub et plus diversifiée que Midnight Walkers… Vous vous doutiez que certains morceaux allaient surprendre, non ?

Pupajim : On a toujours fait la musique qu’on voulait faire. L’idée pour nous c’est de prendre du plaisir autant dans la composition qu’en live et de tenter de nouvelles choses. L’album c’est un format particulier, l’objectif était d’avoir une cohérence, de faire et de sortir des morceaux qui nous plairons encore dans les années à venir. Le but n’était pas de faire un Midnight Walkers bis mais bien d’aller dans d’autres directions. On essaie avant tout de nous surprendre nous-mêmes. A partir de là, c’est normal que ça surprenne un peu ceux qui nous écoutent.

« Mixer les styles ça fait partie de notre démarche de base »

M.E. : Votre étiquette musicale, c’était le « dubadub » style jusque-là. Est-ce toujours le cas au regard du dernier album où vous avez mélangé plus de courants musicaux que pour vos premières productions. D’où vient cette volonté de vous ouvrir aux sonorités jazzy ou blues par exemple ?

La pochette du dernier album de Stand High, réalisée par Kazy Usclef.

La pochette du dernier album de Stand High, réalisée par Kazy Usclef.

Mac Gyver : En fait le « dubadub », c’est une étiquette qu’on s’est collé nous-mêmes pour pouvoir faire ce qu’on veut. Donc, si on intègre du punk, du footwork ou de la cumbia à notre son, ça restera du dubadub ! La volonté de s’ouvrir à d’autres sons vient de nous nouvelles écoutes à mesure des années. C’est le cas avec Jim et le jazz par exemple. Je ne sais pas si on a vraiment intensifié le mélange des courants musicaux sur ce second album, ça ne me paraît pas flagrant…

Pupajim : Mixer les styles ça fait simplement partie de notre démarche de base !

M.E. : Jim, ta palette de vocaliste, semble s’être enrichie depuis Midnight Walkers. J’ai l’impression que tu le « lâches » aussi plus certains morceaux. C’était une volonté de faire évoluer ton chant?

Pupajim : Oui, c’est toujours un peu pareil. Le chant c’est comme le son, j’évolue toujours.

M.E. : Comment s’est faite la rencontre avec Merry? Qu’amène sa trompette à votre musique?

Merry : En fait j’ai rencontré le crew via Mac Gyver qui est un bon pote. Ça c’est fait assez naturellement. Ils ont voulu tester, voir ce que ça pouvait rendre sur deux trois dubs et ça nous a bien plu donc on a continué dans cette direction.

Mac Gyver : Il est aussi ouvert à plusieurs styles musicaux, ce qui est assez cohérent rapport à la démarche de Stand High.

PupaJim : Sur l’album la trompette apporte beaucoup aux deux morceaux sur lesquels il joue. En sound ou sur scène, on voulait garder le côté improvisation. La trompette c’est un peu comme un second MC. Il est libre de jouer lorsqu’il le sent ou non.

« Avoir une sono, c’est un travail perpétuel ! »

M.E. : Il y a un morceau que j’aime particulièrement sur le dernier album, « Overloaded truck », sur lequel vous décrivez une journée type pour le sound system qui sonorise une session. D’où vient l’idée de ce morceau ? Est-ce que vous avez pensé à une session particulière en écrivant les paroles ?

Pupajim au micro pour Stand High en sound system!

Pupajim au micro pour Stand High en sound system!

PupaJim : C’est un journée type de sound boy, l’idée des lyrics est venue lorsqu’on bougeait avec le son. Cette track permet de « big up » les sound boys et de mettre en évidence le fait qu’une soirée sound, ne se résume pas seulement aux quelques heures de show mais aussi aux trajets en camions, aux chargements du sound, aux déchargements, à l’installation et à tout ce qui va avec… Jouer avec un sound, le bouger, le monter, assurer le show puis le remballer c’est une vraie mission.

M.E. : En parlant de sound system, qu’en est-il du vôtre ? Quelles sont ses caractéristiques sonores?  Celui d’OBF, vous commencez à bien le connaître… Vous aimez jouer dessus ?

Rootystep : On a toujours voulu avoir notre propre sound. On a monté trois stacks avec Goldie de Roots Atao mais à la base on jouait sur sa sono à lui : quatre scoops qu’on posait dans le Vauban pour les soirées Dubadub Residance (à Brest). Depuis ça a bien évolué et on en est très contents !

Mac Gyver : Avoir une sono c’est un travail perpétuel. On essaie toujours de l’améliorer. On travaille dessus et on apprend sans cesse. A ce niveau là, OBF a beaucoup plus d’expérience que nous. Leur sono est d’excellente qualité et ils la maîtrisent parfaitement. Ce serait mentir que de dire qu’on n’aime pas jouer dessus !  Ce n’est pas pour rien qu’ils sonorisent de grosses sessions un peu partout en Europe. Chaque sono est différente. Nous on a simplement cherché à ce qu’elle sonne bien rapport aux sons qu’on joue. De la clarté et de la chaleur.

Pupajim : Avoir notre sono, ça va aussi dans le sens d’être autonome et indépendant à tous les niveaux. Du label à la sono en passant par le graphisme et les projections vidéos. On aime bien avoir le contrôle.

Stand High prend la pose.  Crédit : PY Martin.

Stand High prend la pose.
Crédit photo: PY Marzin.

M.E. : Quelles différences quand vous jouez en concert et en sound system ? Que préférez-vous ? Est-ce vous appréhendez vos dates différemment en termes de préparation et de sélections jouées ?

Pupajim : Une date en sound , c’est forcément différent d’une date sur scène. En sound on joue plus longtemps, entre deux et quatre heures. Tandis que sur scène, c’est maximum 1h30 de show.
Pour la prestation sur scène c’est plus calibré : il y a les projections vidéos, la scénographie à installer. En sound, on se laisse plus de libertés et on a le temps de tester de nouveaux tracks par exemple. Les deux configurations sont intéressantes. Je ne pense pas qu’il y en ait une que l’on préfère à l’autre. On prend du plaisir quelle que soit la « config » et c’est important pour nous de faire les deux.

Dub Camp, Vieilles Charrues, Summer Jam, Reggaebus et Outlook Festival cet été !

M.E. : Rootystep et Mc Gyver, vous étiez dernièrement à Nantes pour la session Riddimwize avec Zion Gate Hifi. C’est encore différent d’être en mode « Dj set » ? Vous aimez cette configuration ?

Mac Gyver : en DJ set c’est évidemment différent parce que Jim n’est pas présent. On joue beaucoup de dubplates vocaux, des morceaux de potes et de producteurs qu’on apprécie. Ça nous permet aussi de repiocher dans nos bacs de ressortir d’anciennes dubplates. On a commencé en DJ set à la base, sans Jim, donc oui on aime bien le DJ set ! C’est aussi un autre défi d’animer une danse sans MC.

M.E. : Quels sont vos projets à venir ? Des releases ou des grosses dates en prévison ?

Rootystep : Pour le moment on revient aux sources, on travaille sur de nouveaux dubs pour le live et sur de nouvelles dubplates. En ce qui concerne les dates à venir, on sera au Brésil fin avril, à Marseille sur la Bi-Pole night le 30 mai, au Dub Camp (près de Nantes), avec la sono début juillet, au Summer Jam (à Cologne, en Allemagne), aux Vieilles Charrues (Finistère) pour un set de trois heures en clôture du festival et au Reggaebus (Bruxelles) en août ! A priori, on sera aussi à l’Outlook Festival (Croatie), mais en mode DJ set. Affaire à suivre…

Recueilli par Emmanuel « Blender ».

* Dubquake festival. Vendredi 17 et samedi 18 avril. Le Zoo et la Makhno, 4 place des Volontaires, 1204 Genève, Suisse. 18 et 20 CHF par soir. Pass deux soirs : 35 CHF en prévente.

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Line-up complet par jour :

Vendredi 17 avril :

>>> Le Zoo

◊ Stand High Patrol (Stand High / FR)

◊ O.B.F. sound system (Dubquake Records / FR)

◊ Mad Codiouf (BE)

◊ I-Tist (FR)

◊ Dub Fever

MC: Shanti D (FR) / Sr. Wilson (ES)

>>> La Makhno

◊ Lone Robin (FR)

◊ Iron Dubz ft. I-Leen (FR)

◊ Greenlight sound system (ES)

◊ Jah Ragga sound system (JahRaggaRecords / UK)

◊ Ubik sound system (GE)

____________________________________________________

Samedi 18 avril.

>>> Le Zoo

◊ Iration Steppas live ft. Tena Stellin (UK)

◊ O.B.F Sound System (Dubquake Records / FR)

◊ Green Light Soundsystem (ES)

◊ Jah Ragga Sound System (JahRaggaRecords / UK)

◊ King Simeon (UK)

◊ Akash (UK)

MC: Charlie P (UK) / Shanti D (FR) / Sr Wilson (ES)

>>> La Makhno

◊ Makinda HiFi (IT)

◊ King Simeon Sound (UK)

◊ Akash (UK)

◊ NS Kroo (GE)

◊ Ubik Sound System (GE).

Retrouvez une interview récente de Rico (O.B.F.) ici : http://musicalechoes.fr/2015/02/rico-obf-aujourdhui-la-vibe-est-aussi-bonne-a-marseille-qua-leeds-ou-a-bristol-2/

Retrouvez une interview croisée Pupajim/Rico (juillet 2013) ici : http://musicalechoes.fr/2013/07/pupajim-stand-high-et-rico-obf-le-dub-reste-underground/

Retrouvez la chronique de l’album A matter of scale ici : http://musicalechoes.fr/2015/01/chronique-lp-a-matter-of-scale-de-stand-high-patrol/

Retrouvez une interview vidéo de Rico (O.B.F.), Shanti D et Sr Wilson au Télérama Dub Festival de Paris (novembre 2014) ici : http://musicalechoes.fr/2015/02/rico-obf-on-a-fait-nos-deux-premiers-scoops-en-2004/