Chronique LP : « KillaSoundYard »

Sorti mi-avril chez Root’Zik Production, l’album éponyme de KillaSoundYard est le fruit de deux ans de travail de la part des trois membres du groupe, le chanteur Daman, Kayaman et Drychus. Un opus qui ne sort qu’en numérique mais dont deux titres et leurs versions sont aussi déclinés sur un vinyle 10 pouces! Run it !

L'album comporte 19 titres!

L’album numérique compte 19 titres!

Le collectif parisien KillaSoundYard n’a pas fait les choses à moitié pour cet album : 19 titres et une heure treize de musique pour un opus qui reprend le bon vieux format showcase d’une chanson suivie de sa version. Dub évidemment ! Seules quelques tunes échappent à ce prolongement qui permet d’apprécier le considérable travail de mixage effectué ici. Les versions ne sont pas là pour faire le nombre mais ajoutent toutes un vrai plus aux morceaux.

Ainsi, par exemple « Planned Obsolescence dub » ou « Step by Home » partent dans une direction clairement bass music, voire dubstep quand « Self Organised » déploie pour sa part des aspects bien plus mélodieux à base de vrais instruments. La participation du groupe Bambool au morceau n’y est sans doute pas étrangère.
Tous les dubs sont ici légitimes permettent à l’album de respirer, de s’étirer et prendre le temps d’explorer des contrées musicales finalement plus variées qu’on ne le pense après une première écoute.
Car si les riddims sont majoritairement digitaux et parfois basiques, les « vrais » instruments ne sont jamais loin et parsèment l’album de notes bienvenues. Des riffs de guitare, des passages de saxophone (de Yann Sax), et même de clarinette qui embellissent les morceaux sans en modifier la structure rythmique.

Reste que les riddims sont plutôt classiques, construits autour du couple basse/batterie avec quelques accélérations de BPM (« Social Earthquake », stepper martelant et sauvage) ou ralentissements comme sur « We won’t pay », « Utopist » ou « New Home », ballades roots and dub tranquilles et profondes où la voix de Daman se pose subtilement. Sur cette dernière, le chanteur parisien reprend même partiellement la chanson « Tomorrow is another day» de Don Carlos avant de forcer un peu son timbre et son débit pour un résultat des plus réussi.

Tellement qu’on regrette même de ne pas l’entendre plus souvent sur ce registre plus tranchant qui donnerait un contrepoint parfait à son chant posé et calme. Un MC au verbe plus énervé aurait été bienvenu ici pour dynamiser quelques passages parfois monotones, mais toujours très mélodieux !

Mais ne faisons pas la fine bouche, c’est cette belle musicalité qui fait aussi et surtout le charme de l’album à l’image du dernier morceau, « Public Service » introduit par le mélodica, la distorsion et magnifiquement prolongé par la clarinette qui serpente avec maestro et légèreté entre une ligne de basse bien ronde et un skank sautillant d’où émerge la voix presque langoureuse de Daman : « Public service inna dangaaah, robbed by the financial powaaah !».

Dub engagé, militant et anticapitaliste

Un chant minimal qui focalise d’autant plus l’attention. Car ici, last but not least, le message est aussi important que la musique et le nom des tunes suffit à s’en rendre compte : « No border », « Stop that killa », « Autonomous zone » ou « Self organised »… KillaSoundYard ne fait pas que revendiquer son militantisme, il le vit, l’affiche au grand jour et l’exprime tout au long de l’album. Une prise de position si explicite pas si fréquente dans le dub où les postures humanistes ou écologiques supposées sont parfois des paravents qui masquent mal le vide abyssal d’un message dilué dans l’aspect festif.

Rien à voir ici, où le propos est appuyé et tranchant. Concret surtout : la défense des sans-papiers et des services publics, la lutte contre le capitalisme ou encore la dénonciation de la pauvreté et de la corruption (dans le poignant « Open »). KillaSoundYard fait donc du dub engagé, militant, anticapitaliste et il le fait bien. D’autant mieux que la musique qui le sert est impeccablement produite !

Voilà donc un disque qui réjouit les oreilles et stimule la foi militante qui sommeille plus ou moins profondément au sein de chaque dubber : levez-vous, réveillez-vous ! C’est après tout le message du reggae originel dont le dub s’exempte parfois, se cantonnant alors au rôle de simple musique de danse. KillaSoundYard et d’autres sont là pour rappeler qu’il peut et doit être bien plus.

Emmanuel « Blender ».


Tracklisting :

01-We won’t pay Vocal

02-We won’t pay Dub

03-Utopist-Vocal

04-Open-Vocal

05-Open-Dub

06-No Border

07-Stop dat Killa

08-Stop dat Killa Dub

09-Autonomous zone-Dub

10-Autonomous zone-Vocal

11-Planned obsolescence

12-Planned obsolescence

13-Storm horns version

14-Self Organised(ft.Bambool)

15-Self Organised(ft.Bambool)

16-Social Earthquake.

17-New Home-Vocal.

18-Step at home.

19-Public Service.

Tracklisting 10″ :

A1 – KillaSoundYard meet Bambool – Self Organised
A2 – KillaSoundYard meet Bambool – Self Organised dub
B1 – KillaSoundYard – Planned obsolescence
B2 – KillaSoundYard – Planned obsolescence dub.

Le « top 3 tunes » du chroniqueur :

1-« Step at home »
2-« Public Service »
3-« Planned obsolescence ».

Ecoutez le morceau « Planned obsolescence dub » ici :