Chronique : « Dubiquity » (compilation)

Devenues trop rares aujourd’hui, les compilations de dub sortent au compte-gouttes dans les bacs. Il en faut plus pour effrayer Cultural Soulja qui a sélectionné les quatorze titres de Dubiquity en s’entourant de producteurs expérimentés, mais aussi de nouveaux venus pour replacer le dub dans sa fonction première de tête chercheuse musicale! La démarche est bienvenue, quid du résultat?

Aussi soigné que le tracklisting, l'artwork, moderne et épuré, convainc totalement.

L’artwork, soigné, moderne et épuré, convainc totalement.

(Des compilations de dub, il y en a eu un paquet en France, au tournant des années 2000 quand le dub commençait à se propager dans l’Hexagone, tiré par quelques groupes locomotives… Bonnes ou moins bonnes, homogènes ou inégales, toutes faisaient néanmoins ce pari : la curiosité de l’auditeur. Et celle du féru de dub est souvent illimitée! Elles l’emmenaient ainsi en balade entre les lignes de basses, les skanks, les ambiances mystérieuses, parfois inconfortables, souvent enfumées d’un genre nouveau qui paraissait sans limite.

Future Dub de Nova, Alternative novo-dub, French Dub System, New (dub) excursion (j’en passe et des meilleures…) ont toutes participé à l’ouverture et au défrichement de ce nouveau terrain de jeu expérimental presque infini qu’était le dub. D’autant plus qu’il y a quinze ans, rares étaient les groupes qui avaient suffisamment de matière pour sortir des albums complets…

Un temps pas si lointain, mais qui paraît presque révolu tant les sorties physiques de compilations sont rares aujourd’hui. La crise du disque est passée par là et a ruiné les compilations encore plus que les albums. On les retrouve désormais sur la toile où les netlabels se sont heureusement adaptés. Reste qu’un disque, même un CD, c’est toujours mieux qu’un fichier numérique!  Et quand une compilation cent pour cent dub est éditée, avec un joli packaging de surcroît, c’est un peu de cet esprit pionnier du dub français qui renaît soudainement et ne manque pas d’éveiller la curiosité de nos oreilles, parfois bouchées par le trop-plein des sorties dématérialisées et pas aidées par la pauvreté du format mp3).

⇒Pas de passéisme pour autant, le dub évolue vite et Nico Version (aka Cultural Soulja), à l’initiative de Dubiquity l’a bien saisi. L’activiste a effet réuni un panel très hétéroclite de productions actuelles sur son disque sorti sur Deep Creation Sound. Compilé par le boss du label Sound Around, Thierry Arnold (qui signe d’ailleurs un track ici), les titres choisis donnent à entendre une belle diversité du dub actuel.

Du dub mélodieux d’abord avec les premiers titres de Webcam Hi-Fi ou de Pilah qui rencontre Sism-X pour un super remix du « Conscious » chanté par Learoy Green ou encore Peter Ranking, qui séduit sur un morceau classique de reggae/dub.
Le jeune producteur stéphanois Tiburk, surprend pour sa part avec un morceau deep dub des plus réussi et moins dubstep que ses premières productions.

Un remix inédit de « Judgment » !

La connexion avec les Lyonnais de Dub Addict semble solide puisque Pilah se charge du mastering et que l’ancien clavier du groupe Kaly revient accompagné de Joe Pilgrim sur le morceau « Drunkard »! Très proche du crew lyonnais, le producteur Anti-Bypass, propose quant à lui un « Revenge of the bees », dans son style caractéristique de mix vintage inspiré par le dub jamaïcain des origines. Du lourd!

Mais Dubiquity propose aussi quelques noms moins établis qu’on découvre avec plaisir. C’est le cas des Lyonnais (encore des Lyonnais!) de TD+ Sound System qui lâchent une bombe (stepper) bien explosive avec « Ghetto Stepper » ou dans un tout autre genre, du  producteur techno clermontois, Le Son du placart, qui conclut le disque avec un morceau aussi rythmé que barré : « Dernière Chance ».

Tous les deux également Clermontois, Cultural Soulja, s’offre une plage le temps d’un titre militant et martelant avec un sample bien utilisé sur « Damage Control » quand Jahno propose un morceau plus sage sur « Dub Tickles like magic. Celui-ci s’inspire avec talent et sans complexe de l’époque bénie de King Tubby et Scientist…

Au rayon des inédits (mais familier quand même) et dans un tout autre style, impossible de passer à côté du « Judgement » du producteur lillois Weeding Dub qui livre ici un cut différent de celui sorti sur son dernier album comme sur le maxi vinyle de Dubquake Records, le label d’OBF. Une sorte de raw dub assez méchant!

Si quelques morceaux peuvent lasser (l’avant dernier par exemple qui propose un dubstep peu subtil, pardonnez le pléonasme), la plupart des tracks séduisent facilement! Surtout c’est l’ensemble du disque, très varié mais cohérent et bien agencé, qui satisfait une soif de curiosité et de découverte jamais trop étanchée pour ceux qui ont le dub chevillé au corps.

Emmanuel « Blender ».

Tracklisting :

1-Webcam Hi-Fi: Dub landscape
2-Pilah meets Sism-X: Conscious feat. Learoy Green (Sounds Around version)
3-Jahno: Dub Tickles like magic
4-Tiburk: So Strong
5-The Imposture: Empty Cosmos
6-Humanzee: Drunkard
7-Cultural Soulja: Damage Control
8-Peter Ranking: Give Jah Praise
9-No Dread: Eleven Dub (Hoffman version)
10-Anti-Bypass: Revenge of the bees
11-TD+ Sound System: Ghetto Stepper
12-Weeding Dub feat. Inja: Judgment remix part 3
13-GHK: Banghra
14-Le Son du placard: Dernière chance.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- « Ghetto Stepper » de TD + Sound System
2-« Judgment remix part 3 » de Weeding Dub feat. Inja
3-« Empty Cosmos » de The Imposture.

*Dubiquity compilation, sortie sur le label Deep Creation Sound. 8 € sur le site de cultural Soulja ici.

Ecoutez des extraits de la compilation Dubiquity ici :