Chronique LP : « The Return of Vibronics » de Vibronics

Ce 22 juin, sort l’un des albums les plus attendus par la planète dub : celui du producteur Vibronics qui n’en édite finalement que peu. Le dernier, UK Dub Story, datait de 2008 alors que deux projets en collaboration avaient aussi vu le jour depuis (The French Connection et Empire Soldiers avec Brain Damage). Cette fois seul aux manettes, Steve s’est en revanche entouré de nombreux vocalistes pour ce nouvel opus, fabriqué dans un tout nouveau studio à Leicester…

Le drôle de dreadlocks aux quatre bras est de retour!

Le drôle de dreadlocks aux quatre bras est de retour en CD, double vinyle et digital.


« Le retour de Vibronics ». En voilà un titre d’album original! Après tout, peu importe, c’est le contenu qui prime et avec Vibronics, dont les productions sont aussi rares que précieuses, on est rarement déçu.

Bien plus surprenant que son titre, c’est l’ouverture de l’album avec cette guitare sèche, de la flûte et des percussions… Bientôt une ligne de basse hypnotisante et une voix familière qui s’élève : « Don’t folllow Babylon, don’t follow Babylon», nous enjoint Soom T, plus habituée à débiter dans un micro des lyrics au rythme d’une rafale de mitraillette! Première chanson, premier choc donc pour une entrée en matière aussi douce qu’inattendue!

Et il ne faut pas attendre bien longtemps pour recevoir un autre coup derrière la tête : trois secondes sur le deuxième morceau. Le temps de reconnaître le chant mélodieux et souverain du jamaïcain Michael Prophet qui chevauche un terrible riddim comme un prince dans une ode à Jah qui est un hit de sound system en puissance et déjà joué depuis le début de l’année par quelques formations dont Iration Steppas.  « Jaaaah, that’s what they searching for », chante le yardie, dans son style caractéristique de vocalises poignantes! Cinq pull up minimum sur ce tune!

Du coup, même le très bon « Dub you ready » de Macka B derrière paraît un rien fade après cette chanson fatale. Encore que le deejay anglais a toujours du coffre et de beaux restes et signe facilement le troisième tube de l’album en trois plages. « Are you ready, are you ready now?», nous demande le natif de Wolwerhampton sur un stepper puissant et rythmé.

Dur dur de tenir la cadence à ce rythme, on aimerait presque souffler sur un instrumental plus calme… Peine perdue, derrière c’est Danman, le MC number one d’Iration Steppas qui déboule et ne se laisse pas impressionner par ses aînés. Reste que le morceau accorde beaucoup moins de place au chant que les trois premiers. Le mix est plus travaillé et bascule progressivement vers le stepper pur et dur.

Autre voix familière et poignante, c’est celle de Madu Messenger qui résonne sur le cinquième titre. Compagnon de route de Vibronics de longue date, le chanteur a semble-t-il lui aussi une petite dent contre « Babylon » et constate qu’elle est inexorablement entrain de s’effondrer! Le tout sur un rythme trépidant et avec des échos pour appuyer un propos conscious mais convenu.

Sixième invité, I-Mitri se fait plus discret que ses collègues sur « Jah Jah Dub » et n’intervient que par intermittence, comme si son chant était aspiré par le dub de plus en plus massif et menaçant. Une apparition dont la brièveté marque un tournant : place au dub désormais et rien qu’au dub!

Architecte perfectionniste

Avancer dans cet album revient ainsi à passer des paliers de décompression : la musique devient plus profonde, plus pénétrante, plus cérébrale et moins dansante et doit mobiliser toute l’attention de l’auditeur pour être reçue au mieux. Car cette deuxième partie recèle de trésors, sans doute moins accessibles que les morceaux chantés, mais tout aussi précieux.

C’est une plongée au cœur du foisonnant cerveau de Steve Vibronics, architecte perfectionniste dont les rythmiques fourmillent de détails, même si elles ont l’air, de prime abord, d’être construites à l’identique : nappes de synthé, ligne de basse spiroïdale et batterie ultra martiale… Mais une foule de nuances les distinguent aussi : là la légèreté d’une flûte sur bien nommé « Divine Intervention », ici les effets de types « bulles » et les coups de delay appuyés sur l’excellent « Dub Observer »… Son riddim, progressif et rampant est une marche en avant que rien ne peut arrêter.

Les morceaux sont de plus marqués et contrastent avec l’apparente légèreté des premiers comme sur le très warrior « Strength and power », mélange habile de stepper et de sonorités très contemporaines issues de la bass music. Car c’est bien la force de cet album : une base solide avec ce riddim percutant du couple basse/batterie doublée d’un considérable travail de mix autour pour s’ouvrir des horizons plus larges sortant souvent du simple reggae/dub.

Bref, un dub qui va très loin, sans jamais renier ses racines à l’instar du dernier morceau « Heartbeat » où les percussions appuient la transe d’un stepper tranchant, pour un mix toujours très soigné qui épouse au mieux les pulsations du cœur… Un dernier titre d’une sérénité absolue qui referme parfaitement un album d’une grande richesse et sans point faible. Seul petit regret, un agencement des tunes différent, alternant morceaux chantés et dubs stricts, aurait sans doute permis un opus plus accessible, mais aussi moins radical. Mais Vibronics a assurément bien assez de talent pour éviter tout compromis. Strictly dubwise, no compromise

Emmanuel « Blender ».

The return of Vibronics de Vibronics. Jarring Effects/Scoops. Sortie lundi 22 juin en CD, double vinyle et numérique.

Tracklisting :

1-Dont Follow Babylon (feat. Soom T)
2-Searching For Jah (feat. Michael Prophet)
3-Dub You Ready (feat. Macka B)
4-Tribulation Dub (feat. Danman)
5-Babylon Is Dubbing (feat. Madu Messenger)
6-Jah Jah Dub (feat. I-Mitri)
7-North & South
8-Divine Intervention
9-Dub Observer
10-Humble One
11-Strength & Power
12.HeartBeat.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1-« Searching for Jah » (feat. Michael Prophet)
2-« Strengh & Power »
3-« Dub Observer ».

Ecoutez de larges extraits de tous les titres de l’album ici :