Ras Abubakar (Zion Gate Hi-Fi) : « En jouant des vinyles, on perpétue la tradition du sound system qui existe depuis soixante ans en Jamaïque ! »

ROOTS INTERVIEW! Le Dub Camp festival 2015 s’ouvre ce vendredi 10 juillet pour trois jours dédiés à la culture sound system. Comme l’an dernier, le sound system nantais Zion Gate Hi-Fi ouvre la danse avec sa fameuse sono rouge! L’occasion d’un long entretien avec son sélecteur, Ras Abubakar.
Rasta convaincu, sound man expérimenté, l’homme est aussi un témoin privilégié de l’évolution de la scène reggae et sound system en France. De Nantes à La Martinique, de Paris à Vancouver, son parcours musical n’est pas aussi régulier que les sillons des vinyles qu’il défend toujours mordicus, en disquaire passionné depuis 1998…

Le crew Zion Gate, avec Abubakar au centre, avec le bonnet rouge.

Le crew Zion Gate au complet avec de gauche à droite : I Youth Tubby, Emmanuel, Nassadjah, Ras Abubakar, Prince et Mark « Mostec » Skeete. Photo : Cristelle Bonnamy.

Musical Echoes : Peux-tu d’abord nous présenter le crew actuel du Zion Gate Hi-Fi ?

Ras Abubakar : Oui il y a Nassadjah, notre chanteur, Prince notre MC, je suis à la sélection, Marc « Mostec » à l’opération, I-Youth Tubby est le deuxième opérateur et Emmanuel s’occupe de la logistique, conduire le camion ou encore, de câbler le sound system…

M.E. : Vous jouiez déjà le vendredi l’an dernier en ouverture du Dub Camp 2014, quels souvenirs en gardes-tu ?

A. : De bons souvenirs, ça s’est très bien passé pour nous ! On jouait le premier soir et on a échappé aux grosses pluies du samedi. Enfin, on a eu un peu de flotte quand même en déchargeant, ce qui a notamment rendu notre Space Echo inutilisable…

On était avec Roberto Sanchez, Boris de Reality Sound, Ras Tweed et Messenger Douglas qui sont passés alors qu’ils n’étaient pas programmés ce soir là… Prince Jamo et Don Fe à la flûte… Ce sont des artistes qu’on connaît bien, c’est un peu la même famille !

M.E. : Cette année vous jouez ce vendredi dans l’Outernational Arena ? Comment ça se présente ?

A. : Je pense que ce sera un peu le même était d’esprit familial que l’an dernier parce qu’on connaît bien les artistes qui seront là: Dubkasm, Afrikan Simba avec qui on a joué plein de fois et qu’on a même enregistré…
Même chose pour Manasseh et Brother Culture. Rootsting je n’ai encore jamais joué avec lui, mais je pense qu’on a un peu la même approche musicale…
Et puis, il y aura aussi Ras Mac Bean, notre ancien chanteur, qui sera aussi au micro même si il n’est pas annoncé officiellement !

M.E. : En tant que spectateur maintenant, que voudrais-tu voir à tout prix dans le line-up 2015 du festival ?

A. : J’aimerais bien voir Kebra Ethiopa Sound et leur équipe de danseurs : « University of Steppa » ! Vraiment je suis curieux de voir ça ! Sinon, au niveau des sons, celui de Paul Axis (le Axis Valv-A-Tron sound system), Ras Digby qui joue essentiellement des dubplates sur acétate et aussi le collectionneur italien hardcore roots, Rootikalist Jakoo
D’une façon générale, je trouve la programmation plus roots que celle de l’an dernier avec davantage de vétérans, même si je n’aime pas ce terme qui fait rescapé américain de la guerre du Viêt Nam (rires) !

M.E. : Quels rapports as-tu avec l’association Get Up qui organise notamment le Dub Camp ? Penses-tu qu’elle revendique un quelconque héritage de la scène reggae nantaise qui était présente avant elle, comme c’est notamment le cas de Zion Gate ?

A. : Nous n’avons pas vraiment la même approche. Nous mettons en avant d’abord Rastafari alors qu’eux sont plus centrés sur la culture sound system mais évidemment, il y a un certain héritage !

Je sais par exemple que certains des fondateurs de l’association venaient dans nos danses à L’Olympic comme Olivier (le président actuel de l’association NDLR) ou d’autres… Nous les avons forcément un peu inspirés…
Ils ont commencé à faire des soirées à la Scène Michelet et après à importer les Dub Station à Nantes qui se sont vite transformées en Dub Club… On y a joué deux fois déjà et c’est certain qu’en tant que sound nantais, on représente la place !

M.E. : Au niveau du line-up du festival, vous êtes l’un des seuls sounds à revenir avec votre sono après avoir déjà sonorisé la première édition ?

A. : Mais cette fois, on est plus le seul sound nantais puisqu’il y aura aussi Musically Mad le dimanche et RDH qui amène sa sono sur le camping pour apprendre les pas de steppa de Kebra Ethiopa Sound avec également un stand d’électronique…

M.E. : Est-ce que parler d’une « culture sound system » commune, cela a du sens pour toi ? Ou c’est trop varié musicalement pour produire une communauté d’esprit entre tous les sounds présents sur le festival?

A. : On a des différences au niveau des sélections, mais aussi des points communs c’est sûr ! Notamment dans la façon de fonctionner, de construire les sonos qui sont toutes plus ou moins conçues sur le même type de modèle. Et puis il y a tout l’aspect logistique qui nous fédère : louer les camions, porter les caisses, les boxes… C’est le fardeau du sound man (rires) !

M.E. : Justement, vous ressortez donc votre sono pour le Dub Camp ce week-end, mais ce n’est plus si fréquent que ça, non ? A quelles occasions peut-on aussi l’entendre ?

A. : Pour les soirées Give Jah the Glory tous les ans en novembre (pour commémorer le couronnement d’Hailé Sélassié). L’an dernier on a aussi joué avec au Dub Club de Toulouse et dernièrement pour la soirée Riddim Wise à Nantes en mars avec Stand High et Dub Livity. Donc oui on sort la sono peut-être quatre ou cinq fois dans l’année…

M.E. : Pour les gens qui ne la connaissent pas, comment décrire votre sono ?

A. : Elle a huit scoops et elle est rouge (rires) !

Un stack de la sono du Zion Gate Hi-Fi sound system!

Un stack de la sono du Zion Gate Hi-Fi sound system!

M.E. : Quelles sont ses caractéristiques par rapport à d’autres sonos plus récentes ? Comment sonne-t-elle ?

A. :
On recherche peut-être moins la puissance que beaucoup d’autres sonos plus récentes, mais plutôt un bon équilibre entre basses, les médiums et les aigus. Une bonne restitution du son qui soit « hi-fi » (rires) !

M.E. : Cela veut dire quoi concrètement pour vous ?

A. : Haute fidélité ! C’est à dire une bonne restitution de toutes les fréquences, pas que des basses de malade… Que toutes les fréquences soient bien définies. J’aime bien un son rond. Pas forcément une puissance de folie, mais beaucoup de musicalité…

« Une sono ce n’est jamais fini ! »

M.E. : Contrairement à pas mal de sonos actuelles où la basse écrase parfois tout le reste…

A. : Oui au début, c’est normal quand tu commences à construire une sono, car tout le monde « flashe » d’abord sur la basse. Mais au bout d’un moment, tu cherches à avoir un certain équilibre entre toutes les fréquences !

M.E. : Sans être trop technique, comment procédez-vous dans la construction du sound system pour obtenir cet équilibre sonore entre les scoops, les médiums et les aigus… ?

A. : C’est un long cheminement ! On avait commencé notre sono avec trois scoops, après on a doublé, on est passé à six, puis on en a construit deux autres, on est passé à huit… Et puis il n’y a pas que les scoops justement ! On parle de scoops mais il y a aussi les bas médiums, les haut médiums, les aigus. On a des trompes en aigus plus des super tweeters

Quelqu’un qui nous a beaucoup appris pour affiner notre son, c’est Marc « Mostec » Skeete parce qu’il a des connaissances techniques que nous n’avons pas. Et en lui expliquant le son qu’on voulait obtenir, il nous a aidés à tendre vers cela. Mais ça s’est fait sur le long terme. On a monté l’équipe en 1996 et la sono en 1999. Donc après l’affinage… C’est long… De toute façon, une sono, ce n’est jamais fini ! C’est toujours en évolution. Le dernier truc qu’on a changé, c’est les bas médiums. C’est Nico de Blackboard Jungle qui a construit les bas médiums utilisés aujourd’hui.

M.E. : Parce que ça s’était altéré ?

A. : Non c’est Nico qui m’avait parlé de ce modèle de bas médiums qui permettait d’avoir un kick plus présent et effectivement quand on a changé ça, le kick était mieux donc on était très satisfaits !

Tu vois, on communique beaucoup avec nos pairs là-dessus ! En l’occurrence, on est assez proches d’Olivier et Nico de Blackboard, de Paulo et François de Chalice, de Boris de Reality Sound… De tous les sons qui ont commencé un peu en même temps que nous alors qu’il n’y avait pas beaucoup de sounds.

M.E. : Un peu les sounds fondateurs en France, on peut dire ça… Justement vous avez commencé Zion Gate en 1996, comment ça se passait à l’époque ? Moi je ne vous connais que depuis 2000, vous faisiez des soirées dans des bars, il y avait déjà des grosses sessions sound system à l’époque ?

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Le « Prions Jah » riddim, première série produite par le label Zion Gate Music.

A. : Avant d’avoir Zion Gate, j’avais un son qui s’appelait Akabu-Lan, de 1992 à 1996. Quand ce sound s’est terminé, j’ai fait un truc un peu à géométrie variable : j’étais le sélecteur, mais ce n’était pas toujours les mêmes personnes qui m’accompagnaient. Ce n’est que petit à petit que l’équipe s’est stabilisée. Que Miniman m’a rejoint et qu’il est devenu l’opérateur du son, il faisait des productions donc on jouait aussi ses morceaux, il faisait également du mélodica…

Ensuite, en 2001 ou 2002, Ras Mac Bean est arrivé du Guyana et nous a rejoints, il est resté deux ans avec nous. Ensuite c’est Nassadjah qui est venu. Lui avait déjà un groupe avant à Nantes qui s’appelait Unity et qui a bien tourné à l’époque. Et avec Miniman, on a refait un de ses morceaux qui s’appelait « Prions Jah » et qu’on a réadapté et on a sorti une série avec Nassadjah, Lorenzo et d’autres artistes…

M.E. : Oui c’était votre première série 45 tours…

A. : Oui il y avait sept cuts en tout avec aussi les chanteurs Nereus Joseph, I-Fari, Tony Roots, Kenny Knots

M.E. : Et où se déroulaient vos premières sessions alors ?

A. : Quand je suis arrivé à Nantes, en 1992/93, avant l’époque de Zion Gate, avec le sound Akabu-lan, on avait trouvé un spot qui s’appelait Le Michelet qui est devenu La Scène Michelet aujourd’hui, mais à l’époque c’était juste un PMU. Il y avait une petite salle à l’étage qu’on louait et on amenait déjà des vraies sonos ! A l’époque on était un peu plus libre qu’aujourd’hui car il n’y avait pas toutes ces lois anti-bruit… Ce n’était pas all night long, ça durait jusqu’à deux heures, mais on mettait un vrai barouf quand même (rires) !

Ras Abubakar dit "Abu", une figure du reggae à Nantes et au-delà.

Ras Abubakar dit « Abu », une figure du reggae en France.

M.E. : Cela devait vibrer de partout dans un endroit comme ça ?

A. : Oui oui ! C’était une autre époque ! Les pouvoirs publics étaient moins au taquet qu’aujourd’hui et ça nous laissait une vraie marge de manœuvre… Ce spot là était un endroit régulier où on pouvait jouer.

Sinon l’un des premiers endroits de danse aussi en 1992, c’était à La Trocardière. On louait la « petite Trocardière », mais elle contenait quand même 900 personnes.

C’était plus « froid », mais on a toujours fait avec ce qu’on avait. A l’époque, on faisait un truc qui n’est plus tellement possible aujourd’hui : on louait des granges un peu aménagées dans la campagne chez des paysans. C’était vraiment très bien : on avait une cheminée, on pouvait faire du feu, on avait aucun horaire de fin de session… Et puis on était obligé de faire une petite signalisation comme un jeu de piste, pour les gens qui venaient.

M.E. : Un peu comme pour les free parties ?

A. : Oui il fallait chercher les endroits car c’était avant le GPS et même avant l’époque des free parties pour tout dire. Justement ce sont un peu les free qui ont sonné le glas de cette période là pour nous. Ils louaient le même genre d’endroits que nous, sauf qu’eux, avec leurs infolines, ils y avaient 800 personnes qui débarquaient dans le champ du paysan… Et ça a tué tous les plans progressivement…
C’est une époque où les gens se déplaçaient pas mal, il fallait faire trente ou quarante bornes pour aller dans les danses. Et petit à petit, ça s’est concentré dans la ville (de Nantes).

« J’accrochais le portrait d’Hailé Sélassié sur la porte de l’église Saint-Clément avant le début des sessions »

M.E. : Oui il y a eu aussi toutes les fois où vous jouiez dehors comme pour la fête de la musique…

A. : Oui ça on l’a fait très longtemps. On jouait devant le magasin (Oneness Records, dans le centre de Nantes), sur le parvis de l’église Saint-Clément. C’était pratique car à l’époque, la sono, moins volumineuse qu’aujourd’hui, était entreposée dans un local derrière le magasin… Je me souviens que j’accrochais le portait de Sa Majesté Impériale, Hailé Sélassié, sur la porte de l’église Saint-Clément avant le début des sessions (rires) ! Ce sont de bons souvenirs…

Flyer d'époque d'une danse d'Akabu Lan! Le PAF était à 30 francs...

Flyer d’époque d’une danse d’Akabu-Lan! Le PAF était à 30 francs…

M.E. : Et avant cette période nantaise, tu étais à Paris et déjà actif dans le reggae c’est ça ?

A. : Oui mais avant même cette période là, j’étais au Pouliguen (Loire-Atlantique). J’ai fait mon collège là-bas et mon lycée à La Baule et déjà à l’époque, j’ai organisé ma première soirée reggae à la MJC de La Baule en 1978 ou 1979… (rires) !

M.E. : C’est marrant la première soirée d’Abubakar à La Baule…

A. : Oui, mais j’étais là-bas et c’est là où j’ai grandi (rires) ! Ensuite, pour aller dans l’ordre chronologique, je suis parti en Martinique en 1983 car mon père est originaire de là-bas. Enfant, on n’avait pas les moyens d’y aller. Mon premier voyage là-bas, c’était avec mon frère et ma sœur et c’est à ce moment-là que j’ai découvert les « rockers ». On n’appelait pas ça des sound systems à l’époque, mais c’était pareil. C’était dans des maisons avec des toits en taule, et le sol en terre battue… Des cases quoi !

C’était ital, on servait des plats végétariens dans des calebasses. Il n’y avait pas d’alcool… Il n’y avait pas d’eau non plus d’ailleurs, on devait amener des jerricanes… Et quand tu avais fini de manger, tu devais rincer ton plat avec un tout petit peu d’eau et le passer au suivant…

M.E. : Donc c’était des danses imprégnées de la culture rasta ?

Prince, le MC de Zion Gate!

Prince, le MC de Zion Gate! Photo : Christelle Bonnamy.

A. : A fond ! C’était vraiment ça qui prédominait à l’époque !

M.E. : Loin alors de l’image des rude boys antillais qui n’écoutent que du dancehall…

A. : Oui, mais à l’époque le dancehall, c’était Dillinger, Yellowman, Trinity ou Sugar Minott… C’était plus le rub-a-dub en fait. Et en Martinique en particulier, le mouvement rasta n’est pas arrivé directement de la Jamaïque, mais des îles anglophones plus proches, Sainte-Lucie et la Dominique.

Là-bas, ils parlent le même créole qu’en Martinique-Guadeloupe, mais sont aussi anglophones comme en Jamaïque et c’est par leur intermédiaire que le message rasta est arrivé en Martinique.

M.E. : A quelle période, cette culture et cette musique sont arrivées en Martinique ?

A. :
Je dirais entre le milieu et la fin des années 70.

M.E. : C’est arrivé assez rapidement après la propagation du mouvement rasta en Jamaïque…

A. : Oui car c’est un ensemble la Caraïbe. Je pense que c’est arrivé là-bas en même temps, voire un peu avant qu’en France…

M.E. : Toi tu as été touché par le reggae en 1983 lors de ton premier voyage en Martinique ?

A. : Non non, avant ! Mon premier disque de reggae, c’est Natty Dread de Bob Marley qu’on avait écouté chez mon père avec mon frère. Sur le moment, on trouvait ça pas mal mais sans plus.
Après on acheté l’album Kaya en 1978 quand il est sorti. Et à partir de là, on achetait tous les albums de Marley qui sortaient et on a découvert les autres artistes comme Burning Spear, Peter Tosh, Bunny Wailer, Culture, Gladiators… Je suis allé voir Bob Marley à Nantes en 1980…

Donc nous étions déjà pas mal imprégnés de culture reggae avec mon frangin. Mais par contre c’est vraiment en Martinique où j’ai appréhendé de plus près la culture Rastafari. C’est là que j’ai vu pour la première fois des frères qui vivaient en autarcie dans la nature et qui produisaient eux-mêmes la nourriture qu’ils consommaient, qui allaient chercher l’eau à la source… Qui faisaient cuire leurs aliments dans des récipients en terre cuite sur du feu, qui faisaient leur propre lait de coco en râpant le coco, puis en le mettant dans un linge pour récupérer le lait…

Enfin, c’était tout un état d’esprit…

M.E. : Et donc tu as « adopté » cet état d’esprit à ce moment là ?

A. : Cela fait s’est fait naturellement en fait ! Ce n’est pas une adoption au sens propre du terme. C’est une question d’affinité. J’étais déjà préparé et même « converti » avant ce voyage. Mais c’est vrai que c’est là-bas que j’ai acquis le plus de connaissances…

M.E. : Au niveau des principes de vie j’imagine…

A. : Exactement ! C’est à dire que là-bas, ce n’était plus seulement une connaissance intellectuelle, mais quelque chose que nous vivions au quotidien. Au jour le jour avec tous les frères rencontrés là-bas…

M.E. : Sur un plan plus musical, peux-tu nous raconter maintenant ta période parisienne ?

A. : Oui je suis arrivé à Paris en 1984 après mon séjour en Martinique où j’avais passé quatre mois. Je suis arrivé là-bas dans l’idée de chercher du boulot. J’avais déjà des locks et un petit chapeau…

Pendant six mois, j’ai cherché du boulot en vain dans un contexte où il y avait déjà du chômage… Bref, au bout de six mois de recherches infructueuses, j’ai coupé mes cheveux car c’était un sérieux handicap pour avoir un job… J’ai trouvé des petits boulots, mais je me suis senti tellement mal que j’ai décidé que ça ne m’arriverait plus jamais. Et depuis, je n’ai pas recoupé mes cheveux ! (rires).

M.E. : Quel était l’état de la scène reggae à Paris à cette époque là ?

A. : Naturellement après mon séjour en Martinique, j’ai cherché à voir où il y avait des sons reggae et ce qui se passait sur cette scène là.
Et le premier endroit où j’ai assisté à des sounds, c’était une chapelle à Ménilmontant dans le 20e arrondissement. Il y avait un crew qui organisait des danses là-bas. C’était dans une ancienne chapelle désaffectée, du coup ça donnait une ambiance presque liturgique au truc ! C’était vraiment terrible ! C’était encore l’époque du rub-a-dub dont on parlait tout à l’heure.

Parmi les gens qui sont devenus connus par la suite, tu avais déjà Daddy Yod ou encore Supa John qu’on appelait Jah Youth à l’époque et puis tout un crew que je ne connaissais pas à l’époque car je faisais seulement partie du public.

Ensuite, il y a eu des soirées dans un lieu squatté au niveau du métro Corentin Cariou (dans le 19e). C’était des lieux squattés principalement par des Africains et quelques Antillais. Du coup il y avait souvent des danses reggae là-bas.

M.E. : Il y avait déjà des sonos à l’époque ?

A. : Ecoute oui, pour les danses dans l’ancienne chapelle, ils avaient une sono avec des scoops. C’était des trente-huit. Mais à l’époque c’était courant les scoops et pas spécifiquement dans le reggae. Je crois que c’est JBL qui avait ça pour sonoriser les groupes (de live). Ça restituait les basses quoi ! Les sonos ressemblaient déjà aux sonos actuelles mais n’étaient qu’en trois voies, basses, médiums, aigus. Mais ça envoyait déjà bien et tu ressentais bien les basses ! En tout cas, c’est le souvenir que j’en ai.

Flyer d'une session "Give Jah The Glory" à Nantes en 2003. L'imagerie rasta est omniprésente.

Flyer d’une session « Give Jah The Glory » à Nantes en 2003. L’imagerie rasta est omniprésente.

M.E. : As-tu le souvenir d’avoir vu des artistes jamaïcains à Paris, des toasters

A. : Ça pouvait arriver, mais c’était un peu plus tard dans les années 1984, 85, 86… Ces années là, tu avais l’émergence des sons comme Youthman Unity de Pablo Master. Il y avait tout un collectif de chanteurs et aussi Siter Erica et sa sœur Esther. Elles organisaient des blues dance et je me rappelle avoir croisé Sugar Minott et Little John. C’était des Jamaïcains qui tournaient en Angleterre et qui passaient un week-end à Paris, ils pouvaient passer dans des danses à Paris. Ils n’étaient pas du tout programmés.

M.E. : Ils pouvaient prendre le micro ?

A. : Oui éventuellement. Mais comme les blues dance n’étaient pas des sound systems, le micro n’était ouvert pour personne et j’ai déjà vu les organisatrices refuser le micro à des Jamaïcains, ce qui était assez surprenant, mais c’était la même règle pour tout le monde !

Une session au début du sound Zion Gate avec Miniman en live !

Une session au début du sound Zion Gate avec Miniman en live !

Mais ces danses là, dans les années 80 à Paris, étaient toutes organisées sur le même modèle qu’en Martinique, c’est à dire ital, non alcoolisées, avec de la nourriture végétalienne… Le gros tournant a été les années 90 car pendant toutes les années 80, c’était Rasta qui prévalait dans les danses et c’était les rastas qui organisaient quasiment toutes les sessions. Avec leurs propres règles.

Dans les premières danses dont je te parlais en 1983-84, tu avais des gens qui « toastaient » en anglais, en wolof (langue notamment parlée au Sénégal NDLR) ou en créole, mais personne ne « toastait » en français ! Et le changement s’est fait en 1985 avec des gens comme Pablo Master, Mickey Mossman, les Saï Saï qui étaient tout jeunes et qui devaient avoir 14, 15 ans à l’époque…

M.E. : Tonton David arrivait aussi ?

A. : Non c’était plus tard, vers 1990. La première génération de chanteurs, c’était aussi Daddy Murphy, Daddy B du sound Youthman Unity. Tu avais aussi le Kwame Nkrumah sound system avec Aldo B, Puppa Leslie et le frère qui est à Toulouse maintenant, Bunny…

M.E. : Bunny Dread !

A. : Oui carrément, Bunny Dread, c’était lui l’instigateur et le sélecteur du sound system.

« J’ai vécu la libération de Mandela lors d’un concert de Freddie McGregor et Denis Brown à Vancouver »

M.E. :
Il y a en qui sont encore en activité de cette époque là ?

A. : Yod est toujours en activité et il y en avait d’autres comme Colonel Maxwell qui était avec Moses P… Et quelques autres dont j’oublie le nom.

M.E. : Et donc, c’est à ce moment là que tu as eu envie de faire de la musique, de produire de la musique ?

A. : Sans aller jusque là, de commencer un sound oui ! Le premier sound c’était en Martinique en 1985 où cette fois-là je suis resté un an avec des frères qui étaient à Paris et qui sont arrivés là-bas en même temps. C’était le sound Inity Gang avec Killah le sélecteur et Spiderman et Superman et je faisais équipe avec eux.

Ensuite, je suis rentré dans la région de Nantes et j’ai commencé à organiser des sessions à Nantes avec un frère qui s’appelle Adoch de 1985 à 1988…

Notre première session, c’était au Majestic, l’ancêtre de l’Olympic (mythique salle de concert nantaise, aujourd’hui fermée NDLR). On avait été voir Steel Pulse en concert et il y avait aussi un son qui s’appelait Starlight Express avec un toaster qu’on appelle aujourd’hui Speng Bong et qui s’appelait à l’époque James Bond. Le son nous avait bien plu et du coup, on avait été les voir et c’est comme ça qu’on organisé cette première danse au Majestic. Session qui n’a d’ailleurs pas été jusqu’au bout suite à une intervention de la police…

Puis on avait organisé une session avec Mickey Mossman de Youthman Unity avec quelques frères devant la médiathèque de Nantes pour une fête de la musique… En 1986 ou 1987…

Je suis ensuite parti deux ans à Vancouver où j’ai continué à faire des sounds, d’autant qu’il y a là-bas une grosse communauté caribéenne… C’est là que j’ai pris le nom du premier vrai son que j’ai monté qui s’appelait Azania Posse. Azania, c’était le nom de l’Afrique-du-Sud alors qu’elle n’était pas encore libérée du joug de l’apartheid.

C’était avant la libération de Nelson Mandela. Et je me souviens d’ailleurs avoir vécu la libération de Mandela à Vancouver pendant un concert de Dennis Brown et Freddie McGregor en 1990. C’est ce dernier qui a annoncé la nouvelle au public pendant le concert. Il était tellement survolté qu’il a volé le show à Denis Brown ce soir là, ce qui n’était pas un truc évident à faire (rires) ! C’était terrible…

M.E. : Après Vancouver, tu es rentré en France ?

L'équipe Zion Gate avec Christine Miller et Far East. Photo : Christelle Bonnamy.

L’équipe Zion Gate avec Christine Miller et Far East. Photo : Christelle Bonnamy.

A. : Oui à Paris et c’est là qu’on a vraiment monté Azania avec trois frères : Imperial (Magma aujourd’hui), Natty et Mix up. On a fait beaucoup de sounds en 1990 jusqu’à 1993. Les sessions se passaient la plupart du temps dans un endroit assez mythique des danses parisiennes qui s’appelait la Péniche Rubis à côté du Pont de Bercy.
Il y avait aussi la Poterne des Peupliers et une autre salle du 14e

M.E. : Oui, finalement maintenant il y a plus beaucoup d’endroits pour accueillir des sessions…

A. :
Clairement, c’est plus difficile qu’à cette époque là. A l’époque, c’était des salles privées, donc on s’arrangeait avec les propriétaires, on donnait la moitié de la somme avant la soirée, l’autre moitié après…

M.E. : Sans compter toutes les réglementations actuelles…

A. : Oui elles n’existaient pas ou peu à l’époque, il n’y avait pas toutes les normes sur le bruit… C’était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui. C’était beaucoup plus underground aussi ! Aujourd’hui, tu as des Dub Club qui drainent 900 personnes, mais à l’époque, quand tu avais 200 personnes dans une danse, tu étais déjà très content !

Mais aussi pour revenir sur la scène dans les années 80, ce n’était pas du tout le même public qu’aujourd’hui ! A l’époque, la scène reggae sound system était organisée par les communautés afro-caribéennes : des Antillais et des Africains de l’Ouest… Quelques Français aussi, mais assez peu finalement…

M.E. : C’était un public plus connaisseur ?

A. : Je ne sais pas, mais en tout cas, c’était des danses qui tournaient autour de rasta et de l’Afrique, aujourd’hui c’est beaucoup moins le cas…

M.E. : A Paris, il y a toujours des sessions comme ça sur la péniche Henjo

A. : Oui ! Justement, le frère qui organise ces soirées là est sans doute l’un des derniers avec nous ici (à Nantes) à faire des soirées ital. Ce qui est courageux, parce que du coup, ce n’est pas avec les sommes dégagées au bar que tu fais fortune ! D’ailleurs ces sessions à la péniche Henjo rappellent un peu les soirées à la péniche Rubis, en plus clean… Ça perpétue aussi cet esprit du début des années 90 à Paris avant que les danses ne commencent à changer. A Paris et partout en France…

M.E. : Pourquoi ce changement ?

A. : Parce que pas mal d’artistes jamaïcains sont venus en France, c’est l’époque aussi ou Zeljko avait son émission sur Nova et organisait ses soirées…

M.E. : Les soirées reggae prenaient de l’ampleur…

A. : Oui mais c’était la fin de l’hégémonie rasta sur les danses parisiennes. Pas mal de baldheads (non-rastas) ont commencé à organiser des soirées reggae. Donc on a vu arriver la bière dans les soirées, même des soirées champagne (rires) !

M.E. : Donc le reggae était sorti du milieu rasta du coup ?

A. : Oui, mais c’est aussi l’attitude de certains frères qui a changé. Ce qui a décomplexé certains rastas de l’époque en France, c’est le comportement des Jamaïquains eux-mêmes. Ils se sont rendus compte que ceux qui venaient dans les danses n’étaient pas du tout ital et buvaient pas mal. Certains qui suivaient le mouvement auparavant, se sont sentis libres de se laisser aller à d’autres comportements.

M.E. : Oui mais en Jamaïque c’était aussi une nouvelle période aussi…

A. : En effet, où le dancehall arrivait en force. Avec Shabba Ranks, Ninjaman, Cobra… Nous on avait une attitude plus roots ragga… Nos héros de l’époque, c’était plutôt Macka B, Tony Rebel, Garnett Silk, Luciano ou Everton Blender…

« La plupart des sélecteurs dancehall/new-roots sont passés sur Serato, donc ils n’achètent plus de disques, ils téléchargent ! »

M.E . : Merci pour ce long retour sur ton parcours musical. Tu es aussi disquaire à Oneness Records depuis un moment. Quand le magasin Oneness a-t-il ouvert ses portes à Nantes ?

A. : En 1998, on l’a ouvert avec Sylvain (DJ Pharoah).

PORTRAIT Nantes

Ras Abubakar à Oneness Records. Photo : Augstin Arrivé pour Le Mouv’.

M.E. : Cela fait plus de quinze ans… A l’époque il y avait beaucoup de séries de 45 tours, dites de « new-roots »…

A. : Oui tout à fait. C’était l’époque des séries où tu avais peut-être 200 singles qui sortaient à Kingston chaque semaine et nous on les faisait venir de là-bas. Chaque semaine, il y avait de nouveaux singles
Pas mal de sélecteurs venaient faire leurs courses de toute la région, voire au-delà. C’était une autre ambiance. Tu jouais une sélection quand le truc venait de sortir et tout le monde le voulait. Les gars levaient la main : « moi, moi, moi ! ».

Tu faisais écouter un disque et tu pouvais en vendre dix d’un coup. C’était une autre époque. C’était pareil pour le hip-hop, une période d’effervescence… (Oneness est aussi spécialisé en hip hop/funk à côté des rayons reggae NDLR). Tout le monde voulait être DJ et tu avais une scène très vivante à Nantes à ce moment là.

M.E. : En matière de reggae, qu’est-ce qui se vend le mieux aujourd’hui ?

A. : Et bien ça a changé par rapport à l’époque qu’on vient d’évoquer. Le new roots, ça s’est carrément effondré… Le dancehall, c’est encore pire : la plupart des sélecteurs dancehall/new-roots sont passés sur Serato (un logiciel de deejaying NDLR), donc ils n’achètent plus de disques, ils téléchargent.

Cela s’est beaucoup recentré sur le UK stepper, le UK roots et tout ce qui est « roots revival » avec les labels de réédition comme celui d’Hervé, Iroko Records, ou Only Roots en France, ou Digikiller aux Etats-Unis. Ces labels font beaucoup pour donner une deuxième vie aux morceaux obscurs ou oubliés.

Donc les deux axes des ventes aujourd’hui,  c’est le roots et le roots « moderne », mais plutôt UK.

M.E. : Justement par rapport aux repress, il y a tout un débat sur leur légitimité… Certains sélecteurs ne veulent jouer que des originaux à des prix souvent inabordables… Quel est ton point de vue par rapport à ça ?

A. : Moi je suis pour les repress à partir du moment où c’est fait légalement.

M.E. : C’est-à-dire que l’ayant-droit touche sa part ?

A. : Oui c’est ça ! Après le fétichisme de certains sélecteurs qui veulent jouer absolument que des originaux… Grand bien leur fasse…

M.E. : Tu comprends leur démarche ?

A. : Je comprends jusqu’à une certaine limite ! Si le son est meilleur, c’est sûr que tu veux avoir l’original pour avoir une meilleure dynamique…

M.E. : C’est de moins en moins le cas en même temps…

A. : Oui car les repress sont de très bonne qualité. En tout cas elles sont de mieux en mieux, même si ça peut arriver qu’elles soient moins bonnes que les versions originales.
Surtout, les rééditions bénéficient aux artistes, aux producteurs et puis ça fait redécouvrir des tunes qui étaient jusqu’alors inaccessibles à un public plus large. C’est ça la vocation de la musique, c’est d’être accessible !

Après que certains sélecteurs qui se considèrent comme des pionniers sachant mieux que les autres, se sentent frustrés parce que du coup, leur box devient plus accessible… Je ne comprends pas du tout cette attitude ! Enfin je ne la cautionne pas ! Ils n’ont qu’à faire des dubplates et ils auront des morceaux qu’ils seront les seuls à pouvoir jouer (rires).
La musique elle est faite pour être partagée par le plus grand nombre ! Ceux qui se tressent des lauriers parce qu’ils sont les seuls à pouvoir jouer des tunes, c’est vraiment un comportement infantile !

M.E. : C’est surtout un esprit de compétition non ?

A. : Oui mais pourquoi se valoriser de tunes qui ont été faites par des artistes trente ans auparavant ? Le fait que tu sois le seul à pouvoir la jouer, en quoi c’est valorisant ?

M.E. : Avec cette petite réserve sur les repress  pour les acheteurs : elle coûtera moins cher que le morceau original, mais on trouve quand même des singles repressés à huit ou dix euros quand on pouvait trouver une rareté dans les bacs à quatre euros il y a dix ans… C’est légitime cette hausse des prix ?

A. : La hausse des prix est due à un truc tout simple : à l’époque un tirage en 45 tours dans les années 90 pour un titre qui marchait, c’était deux ou trois mille disques. Aujourd’hui, quand tu fais un tirage, c’est 500 exemplaires grand max. C’est comme dans une imprimerie, quand tu presses des disques, ça coûte plus cher quand tu en fais moins !

Il faut ajouter aussi que les prix des disques n’ont pas augmenté pendant quasiment vingt ans ! Je me souviens des 45 tours à 25 francs, c’est resté à ce tarif depuis le milieu des années 80 jusqu’au début de l’euro. Après c’est vrai qu’au début du magasin, je vendais les 45 tours à 4 € et 4,50 € quand ils venaient d’Angleterre ou des États-Unis.

M.E. : On pouvait trouver de belles raretés jamaïcaines à ce prix là…

A. : Oui mais ce n’était pas forcément des originaux non plus. Les 45 tours Studio One que tu achetais à l’époque, c’était le plus souvent déjà des repress… Et puis ça craquait ! Mais ça faisait le charme du truc… A l’époque on l’acceptait. Aujourd’hui, tu tombes sur un disque qui craque, tu t’énerves direct « qu’est-ce qui se passe !  ». Chaque époque a ses critères. Il y a des trucs aujourd’hui que tu achetais à l’époque qui sont devenus des collectors parce qu’il y a vingt ans qui se sont écoulés (rires) !

M.E. : Par rapport aux sessions sound system qui se multiplient (dub ou non d’ailleurs), on remarque que la platine est de moins en moins utilisée voire plus du tout… Elle est parfois là juste pour faire joli… Qu’en penses-tu ?

A. : C’est toujours pareil ! C’est encore une histoire de génération et d’époque ! Tu prends les sounds de ma génération, on reste fidèle au vinyle parce que c’est là d’où l’on vient. Mais c’est vraiment aussi un choix du sélecteur !
En ce qui me concerne, c’est le vinyle, mais je n’ai pas à imposer aux autres le support qu’ils doivent utiliser.

Roots and culture meeting avec Legal Shot sound system, Murray Man et Sister Rasheda.

Roots and culture meeting à Rennes, avec Legal Shot sound system, Murray Man et Sister Rasheda. Avril 2005.

Le vinyle, ce n’est pas le même mouvement, ce n’est pas le même geste… Mais bon je comprends que pour jouer des morceaux qui ne sont pas sortis, on puisse utiliser autre chose. Moi c’est pareil, pour jouer nos prods qui ne sont pas encore sorties, parfois je les presse sur acétate et parfois je les joue sur DAT car c’est plus coûteux de devoir les graver…

Mais je pense qu’il y a encore pas mal de sons qui jouent du vinyle, comme Channel One, Jah Shaka, ou Aba (Shanti I), sinon je n’aurais plus du tout de clients… Ce sont peut-être les sounds plus modernes, les sons dits de « de l’an 3000 », qui utilisent davantage les supports digitaux.

C’est aussi une histoire de tradition tout simplement. Nous on perpétue une tradition du sound system vieille de soixante ans en Jamaïque! Après que des gens de la nouvelle génération s’adaptent avec des supports d’aujourd’hui, c’est compréhensible aussi. Je n’ai pas de jugement de valeur à apporter à cet état de fait.

M.E. : En ce qui concerne les productions du label Zion Gate, avez-vous des projets en cours ? Des releases prévues ?

A. : Oui il y a deux riddims mixés, finalisés et prêts à sortir : « Rasta Tek Ova » et « Step Forward ».

J’ai d’autres projets avec un artiste très talentueux qui s’appelle Roberto Sanchez qui vit à Santander en Espagne. Il est à la fois musicien, chanteur, ingénieur du son… Ce sont des travaux réalisés à Nantes il y a deux-trois ans quand il était venu jouer et qui sont toujours en cours. Pour des sorties en 12  pouces…

M.E. : Vous en êtes à combien de sorties sur votre label ?

A. : La dernière release, c’était la numéro 24 ! Déjà…

Propos recueillis à Nantes par Emmanuel « Blender ».

* Retrouvez le sound system Zion Gate Hi-Fi à l’Outernational Arena du Dub Camp, vendredi 10 juillet. Le Pellerin, (à 20 minutes de Nantes). Pass 1 jour, 33 €.

*Retrouvez Ras Abubakar, Iroko Records, Blackbaord Jungle et Paul Axis samedi 11 juillet à l’Uplift Corner du festival pour des rencontres culturelles animées par « Uplift » et « Musical Echoes » :

16h : Blackboard Jungle : La réalité d’un sound-system au quotidien
17h : Abubakar (Zion Gate /Oneness Records) + Hervé Iroko : Vinyles, labels… Quelles réalités aujourd’hui dans le milieu reggae/sound system ?
18h : Paul Axis : Rencontre avec l’un des fondateur et constructeur d’une des rares sonos mondiales fonctionnant avec des amplis à lampes…

Toutes les infos sur le Dub Camp festival ici : https://www.dubcampfestival.com/

Plus d’infos sur Oneness Records ici : http://1ness.fr/

Le line-up complet du Dub Camp ici :

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