Ben Alpha Steppa : « Mon père John (d’Alpha & Omega) fait ce qu’il a toujours fait : produire des morceaux et boire du thé ! »

DUB INTERVIEW! Alors qu’il porte l’un des projets dub les plus originaux du moment et qu’il parcourt l’Europe seul ou avec Christine Omega pour Dub Dynasty, Ben aka Alpha Steppa a accepté  de répondre à nos questions. Il revient sur sa riche histoire familiale, ses inspirations et sa vision du dub. Son prochain album, Rooted & Grounded, sort le 10 octobre prochain et le producteur anglais sera aussi en live ce samedi pour la session « Full Faya, dub invasion » en Seine-et-Marne.

Ben Alpha Steppa en pleine session à l'Island Station festival, le 22 août dernier. Photo : Grégoire Roudaud.

Ben Alpha Steppa en pleine session à l’Island Station festival, le 22 août dernier. Photos : Grégoire Roudaut.

Musical Echoes : Salut, est-ce que tu peux te présenter?

Alpha Steppa : Salut, je suis Ben, Alpha Steppa, un tiers de Dub Dynasty. Et je dirige aussi les labels Steppas Records et Trigram.

M.E. : Comment as-tu commencé la musique ? Est-ce que c’est sous l’influence de ta famille ?

A.S. : Hormis quand j’étais dans le ventre de ma mère, ma première expérience intime avec la musique fut grâce à mon père. Il m’emmenait parfois dans son studio quand j’étais môme. Un de mes premiers souvenirs remonte à la fois où j’ai enregistré ma voix pour un morceau sur le LP Alpha & Omega’s Almighty Jah. Plus tard, j’ai appris à jouer de la basse sur une guitare acoustique à deux cordes à l’école (c’est tout ce que l’on pouvait se payer). A partir de là, alors que j’étais adolescent, j’ai appris différents instruments et commencé à expérimenter l’enregistrement et la production.

M.E. : Que fait John aujourd’hui (le père d’Alpha Steppa, la moitié d’Alpha & Omega NDLR)?

A.S. : Mon père fait ce qu’il a toujours fait : produire des morceaux et boire du thé. Il travaille sur un nouvel album d’Alpha & Omega avec Christine (la tante de Ben, également membre d’Alpha & Omega NDLR) et nous venons tout juste de finir le prochain album de Dub Dynasty.

« Mon but est de faire de la musique qui peut élever, éduquer et inspirer. Du moment que j’y parviens, peu importe comment ça sonne. »

M.E. : Comment vois-tu l’influence du style d’Alpha & Omega sur ta musique ? Quel genre de son veux-tu produire en tant qu’Alpha Steppa ?

A.S. : Alpha & Omega a eu une grande influence sur moi mais également sur beaucoup de producteurs de dub. Ils ont impulsé tout le mouvement stepper. A l’époque, il n’y avait qu’Alpha & Omega et quelques autres producteurs qui faisaient cela. Une rolling bassline, des kicks four-to-the-floor, des skanks, le mix dub et la création d’un soundscape, tous ces ingrédients étaient vraiment nouveaux à l’époque. Ainsi, d’une façon très générale, mais aussi très personnelle, Alpha & Omega a eu une grande influence sur moi. En tant qu’Alpha Steppa, mon but est de faire de la musique qui peut élever, éduquer et inspirer. Du moment que j’y parviens, peu importe comment ça sonne.

M.E. : Ton style semble se situer entre le dub UK et la bass music. Comment te situes-tu par rapport à cette scène dub électro très développée en France (comme High Tone ou Mayd Hubb…). Comment est-ce que tu vois ta musique dans ce contexte?

A.S. : J’aime beaucoup le dub électro et j’ai beaucoup de respect pour cette scène en France. Je pense que c’est très actuel et particulièrement bien pour faire la fête, mais je trouve parfois que ces sons très intenses peuvent être un peu froids. Quand je compose, j’essaie d’imaginer nos ancêtres et les générations futures en train d’écouter le morceau. Si ça colle aux deux esprits, alors je suis content. Si un morceau devient trop musclé et macho, je le découpe ou je le rééquilibre. Je pense que l’équilibre est la clé.

M.E. : Comment vois-tu l’évolution du dub en Angleterre, en France (et en Europe) depuis les années 90 ?

A.S. : Après un boom dans les années 90, le dub a été remplacé par le dancehall… Et quand le dancehall a commencé à perdre en popularité, ça a laissé de la place pour le dub. C’est pour cela que l’on voit une renaissance du dub en Europe et ailleurs dans le monde. Comme un arbre, de nouvelles branches poussent et tombent au fil des saisons, mais les racines continuent de pousser sous terre. C’est exceptionnel parce qu’il n’y a pas beaucoup de genres musicaux qui ont une telle longévité. Si tu fais une musique honnête, détachée de ton ego, elle perdurera pendant des générations. Je suis vraiment content de voir autant de jeunes se lier non seulement pour le son mais également pour le message. Je pense que ça illustre un changement potentiel dans la conscience de toute une génération. Dans le climat politique et économique actuel, nous avons besoin de cette musique et plus que jamais de son message.

Christine Woodbrige.

Christine Woodbrige.

M.E. : Comment est venue l’idée de faire de la musique avec Christine Woodbridge? Comment définirais-tu le projet Dub Dynasty ?

A.S. :
Dub Dynasty est le fruit de la collaboration entre moi, mon père et ma tante. C’est comme un trépied, si tu enlèves un de ces pieds, il ne fonctionnera pas ! Heureusement, nous travaillons très bien tous ensemble. Quand nous créons des morceaux, le processus est très naturel, à bien des égards la musique se crée d’elle-même.

M.E. : La plupart des chanteurs et MCs que l’on peut entendre sur Thundering Mantis (le deuxième album de Dub Dynasty NDLR) ne sont pas les MCs habituels, comment les choisis-tu?

A.S. :
J’aime trouver de nouveaux chanteurs inhabituels, mais honnêtement, je me fiche des noms. Si j’entends une voix et des paroles qui me parlent, j’ai immédiatement envie de travailler avec l’artiste. Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir l’opportunité de travailler avec ces artistes talentueux.

« Tu peux trouver l’inspiration dans des endroits étranges : en coupant du bois, en te promenant à travers les collines sous la pluie… »

Ben Alpha Steppa.

Ben Alpha Steppa.

M.E. : Comment composez-vous les morceaux avec Christine ? Et sur scène, comment vous répartissez-vous les rôles ?

A.S. : Je vais chez Christine, dans la cabane où elle vit, dans un endroit qui s’appelle Dartmoor (dans le Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre NDLR). C’est aussi là que j’ai grandi, mais il s’agit surtout d’un des derniers endroits réellement sauvage et préservé au Royaume-Uni.
Nous passons plusieurs jours à travailler sur les morceaux, beaucoup de temps à construire la vibe. Tu peux trouver l’inspiration dans des endroits étranges : en coupant du bois, en te promenant à travers les collines sous la pluie, en pataugeant dans les rivières ou en nourrissant les poules. Puis vient le bon moment, la musique apparaît et on n’a plus qu’à appuyer sur le bouton “enregistrer”. Ensuite, mon père vient pour ajouter la touche finale et surtout, mixer les morceaux. En live, c’est très simple, je mixe, Christine joue de la basse, et souvent nous avons des chanteurs et des musiciens en guests.

M.E. : Quand on vous voit en concert, on note un grand respect entre toi et Christine, comment tu ressens de jouer avec ta tante et de porter un projet musical en famille ?

A.S. : J’ai beaucoup de respect pour Christine, elle m’apporte beaucoup de soutien et on se traite d’égal à égal. Quand j’y pense, l’idée de faire de la musique avec son père et de jouer sur scène avec sa tante peut paraître étrange à beaucoup de monde. Je n’arrive pas vraiment à expliquer comment ou pourquoi cela fonctionne, je suis simplement heureux que cela soit le cas.

M.E. : Tu as fondé un label particulier avec un artwork spécifique, une variété de supports (notamment électronique, ce qui n’est pas commun dans le dub) et de sons, peux-tu nous expliquer ce choix ?

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La pochette originale du dernier album d’Alpha Steppa, Rooted & Grounded.

A.S. : Steppas Records est une plateforme principalement dédiée au reggae, au dub et au stepper alors que Trigram est dédié à la bass music plus expérimentale. J’aime sortir de la musique qui va au-delà de la surface. Une fois que tu as gratté la surface, tu peux continuer de creuser et découvrir de nouvelles couches, de nouvelles textures ou de nouveaux sens. L’identité visuelle est importante aussi. Je pense qu’un disque devrait être une œuvre d’art. Il devrait provoquer des émotions et faire que les gens se posent des questions sur leurs croyances et les croyances des sociétés dans lesquelles ils vivent.

M.E. : Quels sont tes projets à venir ? Et pour le label ?

A.S. : Il y a en beaucoup trop pour être tous mentionnés, mais les plus importants sont The debut album from Alpha Steppa, Rooted & Grounded et bientôt aussi, le troisième album de Dub Dynasty. Surveillez le site du label (www.steppas.com) et facebook (www.facebook.com/alphasteppa) pour plus d’infos.

M.E. : Pour conclure, qu’est-ce que cela te fait d’être la tête d’affiche du Island Station Festival ? Est-ce que tu as accepté facilement d’y jouer, même si c’est un petit festival sur une île ?

A.S. : C’était que du positif, j’aime les cultures insulaires, de la Jamaïque au Royaume-Uni, jusqu’à Belle-Ile !

Propos recueillis Nico W.A.I.


*Le prochain album d’Alpha Steppa, Rooted & Grounded, sort aux formats numériques, CD et vinyle en précommande à partir du 04 septembre et sera disponible le 10 octobre. Plus d’infos ici :
http://alphasteppa.uk/

Regardez le teaser de l’album ici :


Plus d’infos sur la soirée « Full Faya, dub invasion » où Alpha Steppa est programmé samedi 19 septembre à Combs-la-Ville (77) ici : http://musicalechoes.fr/event/full-faya-dub-invasion-combs-la-ville-77/

 

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Écoutez un mix d’Alpha Steppa d’une heure ici :