Island Station #10 : Un sound system sous chapiteau rempli de basses et de vibes !

Fin août se déroulait la dixième édition du festival Island Station, dans un coin reculé de Belle-Ile! Deux soirées magiques sous chapiteau au son de Jah Militant, Iron Dubz, Dub Dynasty et plusieurs crews locaux. Organisé par l’association Untitled, le festival s’est conclu dans une ambiance furieuse à coup de déflagrations de basses et de lancers de cotillons… « Musical Echoes » vous raconte ce week-end de reggae/dub en pleine nature ! 

Derniers aménagements sur le site! Photo : Grégoire Roudaut.

Derniers aménagements sur le site! Photo : Grégoire Roudaut.

Le festival Island Station se mérite et y arriver n’est pas une mince affaire ! Situé à Belle-Ile-en-Mer, au large des côtes morbihannaises (56), le site se trouve cette année non loin de la côte sud de l’île, à l’opposé du port d’arrivée du Palais. Quelques kilomètres à vol d’oiseau, mais une bonne heure de bus, le temps de s’arrêter dans le moindre patelin sur le chemin (ou pas d’ailleurs). Le trajet est beaucoup plus rapide en stop et les Îlais ou touristes s’arrêtent de bon cœur pour acheminer les festivaliers.

Bienvenue au milieu de nulle part!

Bienvenue au milieu de nulle part : Le Grand Cosquet.

Enfin, un drôle de chapiteau rouge et blanc émerge de la ligne d’horizon, donnant un relief inattendu qui contraste avec les champs et les forêts de pins. La mer, pas loin, se devine tout autour. Le paysage est aussi magnifique que désolé.
Au bout d’un chemin de terre, au beau milieu des mûriers sauvages et de la lande, un modeste panneau de bois annonce le festival et le camping à l’entrée. Très réduit lui aussi et rapidement plein. A tel point, qu’une seconde aire de campement est improvisée dans un champ mitoyen.

Sur le site, il n’y a qu’un seul chapiteau et quelques bars et stands de nourriture (des crêpes surtout) tout au plus. L’ambiance y est décontractée, festive et très jeune. Aucune attente pour commander un demi ou un punch servis par des bénévoles toujours souriants, c’est l’avantage !

Vendredi 21 août :

L’association organisatrice, Untitled, a également son sound system et sonorise le chapiteau au moyen de deux murs de trois scoops dont deux sont prêtés par les collègues du Islanders sound system. Ce sont d’ailleurs les trois formations locales qui ouvrent la danse. Dans des styles bien distincts.

Untitled Sound sélecte à l’anglaise sur une platine et envoie majoritairement du roots et de l’UK dub. Junior Murvin, Courtney Melody et le magnifique « Ketch Vampire » sorti du Black Ark studio s’enchaînent notamment sur la platine.

Le selecta du Promising Crew très porté sur le dancehall from Jamaica.

Vers 22h30, le selecta du Promising Crew prend les choses en main et mixe sur deux platines des sélections jamaicaïnes même s’il débute par une combinaison Biga Ranx/Alborosie. Ensuite place aux dernières nouveautés du dancehall yardie : Parly B, Vibz Kartel, Bounty Killer, mais aussi (et heureusement), Solo Banton, Mikey Murka ainsi que quelques dubplates bien explosives. Deux exemples suffiront : le « Turn on the heat » d’Eccleton Jarrett ou encore une spéciale de YT dédié à Belle-Ile-en-Mer. Tunes !

Troisième crew local, le Islanders sound, prend ensuite le relais et revient sur des productions majoritairement anglaises, entre roots et dub : le classique « World Dominion » de Twinkle Brothers, la version saxo du riddim « Naturally » ou encore l’immense « Positive Vibrations » d’Aba Shanti-I…

De quoi mettre les massives dans les meilleures dispositions pour la tête d’affiche du soir : Jah Militant ! Venu de la Drôme, où il est avant tout agriculteur, Weeda est aussi selecta depuis près de vingt ans déjà. Ce dernier a donc l’habitude d’animer les sessions et rappelle au public les fondations du reggae : Burning Spear, Johnny Clarke, Daweh Congo… Pour l’épauler au micro, le chanteur anglais Humble I se montre inspiré. Son chant, quoique plutôt tranquille, est très audible et mélodieux. Résidant à Bordeaux, le Londonien parle donc un peu français et ne se prive jamais d’en faire l’étalage (avec un délicieux accent) entre deux sélections ! Il affiche toujours un large sourire sous son chapeau et son investissement est total.

C’est une bonne surprise d’entendre ce vocaliste expérimenté, qui avait notamment travaillé avec l’un des groupes fondateurs du dub français live : Improvisators Dub.

Jah Militant épaulé au micro par l'anglais Humble I! "Ecoute le bonne chanson!"

Jah Militant épaulé au micro par l’anglais Humble I ! « Ecoute le bonne chanson ! »

Après une bonne heure de roots, Jah Militant élargit sa palette avec le fameux riddim Kunta Kintie revisité par Mighty Massa ou encore avec la version de « Trying to conquer I » (Chuck Turner) remixée par Russ Disciples qui vient de sortir dans les bacs. Présent en spectateur avant de jouer le lendemain, Romain Iron Dubz apprécie le track et ne manque pas de le faire savoir au sélecteur !

La session file à une vitesse folle, Weeda sautille de plus en plus devant sa platine et multiplie les pull up ! Il faut dire que la musique se radicalise sacrément d’autant que l’homme passe aux dubplates dans la dernière demi heure. Elles sont évidemment massives ! « Physical », « Put down the cigarette smoking » de King General ou encore la plus grosse tune de la soirée sans contestation possible : une spéciale d’Ashanti Selah avec Dub Judah au micro : « Brain Washing ». Une merveille ! Il est trois heures passé quand le son s’arrête dans l’allégresse générale après un dernier stepper bien dansant (une dubplate de Jerry Lions)! Jah Militant a régalé et tous les festivaliers affichent un sourire béat avant d’aller se coucher.

Samedi 22 août :

La mauvaise surprise du jour vient du ciel : après un soleil unanime la veille et de belles éclaircies en début de journée, la pluie tombe sans discontinuer sur le site dès la fin d’après-midi.

Le ciel s'est bien obscurci samedi après-midi!

Le ciel s’est bien obscurci samedi après-midi!

Ouvert librement au public dans l’après-midi, le chapiteau est déjà bien garni et il y a déjà de l’ambiance lors des sound check de Iron Dubz et Dub Dynasty ! Certains s’agglutinent devant les stacks, hurlant leur bonheur ou leur désapprobation au gré des coupures de son !

Plus tard dans la soirée et comme la veille, c’est le Untitled sound system qui lance les hostilités. Le menu est déjà copieux : Barrington Levy, The Congos, Yabby You ou le cut mélodica de « Music is the weapon » de King Shiloh. A la sélection, Dorian assure et envoie aussi « Education is the Key » de Roots Raid feat. Shanti D !

Vers 23 heures, c’est Iron Dubz, qui prend le contrôle avec pour commencer pas mal des sélections qu’il appelle « fondation ». En vérité, ce sont des tunes digitales, d’inspiration early dancehall pour les plus les vieilles d’entre-elles, mais composées récemment. Purpleman, Lilly Melody (écoutez ici ), Shanti D (encore lui, pour la reprise de « Murderer »)… I-Leen se pose sur certaines versions avec pas mal d’aisance et beaucoup d’entrain même si son chant n’est pas toujours intelligible sur les rythmiques les plus chargées.

Sis I-Leen au micro!

Sis I-Leen au micro!

Reste que la chanteuse donne l’impression de ne jamais être à bout de souffle! A la sélection, Romain assure et  bascule petit à petit sur des tunes plus dub, comme le riddim de « Leave it alone » d’OBF revisité ou encore un remix de l’anthem « Rumours » du regretté Gregory Isaacs. Le tempo s’accélère et les riddims se durcissent. Après un morceau « composé le matin même » dixit Iron Dubz, le producteur finit en apothéose avec une tuerie de Daddy Freddy, le gros hit d’I-Leen, « Ladies Anthem » et une dubplate bien folle de YT sur la même version…

Il est 1h30 et le chapiteau est déjà bien chaud. Ce n’est pourtant que le début. En tout cas, l’arrivée de LA grosse session du week-end : Dub Dynasty !

Pour ceux qui ne situent pas, Dub Dynasty est le projet commun de Ben Alpha Steppa, producteur dub et bass music et de sa tante, Christine Woodbridge, la bassiste du duo mythique Alpha & Omega qu’elle formait avec John, le père de… Ben! Une affaire familiale donc qui a déjà accouché de deux albums de poids alors qu’un troisième est sur le point de sortir.

Voilà pour le décor. Musicalement, l’association ne tarde pas à faire des merveilles! Ben à la sélection, envoie un Burning Spear d’entrée, juste pour cadrer un peu les choses. Avant de dérouler le dernier album du duo, Thundering Mantis : « Blessed Ethiopia », « Black Rose », « Welcome the lion on your path » ou « We got Jah ». « Domestication is animal slavery», précise Ben en lançant son track !

Complètement excentrée dans un coin du chapiteau, Christine semble être sur une autre planète, s’en remettant à la tracklist de la session qu’elle consulte avant chaque morceau. Mais dès lors qu’elle joue les premières notes de sa basse, c’est à chaque fois une déflagration et chacun peut aisément mesurer l’apport d’un instrument live! Certains fans n’arrêtent d’ailleurs pas de crier le prénom de celle que son neveu, présente affectueusement. Leur complicité n’est pas feinte et fait plaisir à voir. Elle fait de belles étincelles en live avec également quelques morceaux pas encore sortis de leur prochain album qui promet ou quelques remixes bien sentis comme celui de « Spirit Word » de Alpha & Omega feat. Tena Stelin (écoutez ici) ou encore une énième version planante de « We got Jah » sur laquelle la voix profonde de N’Goni appelle à la libération des animaux des zoos!

Les deux vocalistes, Humble I et I-Leen n’hésitent pas à demander le micro pour agrémenter les versions, témoignant de l’ambiance très chaleureuse qui règne entre tous les artistes du festival, car leur retour n’était absolument pas prévu!

Chacun son support pour le dub fi dub !

23082015-IMG_9585

Christine Woodbridge d’Alpha & Omega à la basse, ça change tout!

En deux heures pile poil, Dub Dynasty a retourné le festival, alliant la tradition UK dub et les productions plus modernes. Le duo a surtout montré toute l’adaptabilité de la musique stepper, qui, si elle prend sa source dans le reggae roots, peut également créer un nombre infini de passerelles avec les musiques électroniques.

Vers 3h40, c’est Untitled qui reprend le contrôle de sa sono avant le dub fi dub final à 4h20! Tout le monde est là, chacun sur son support : les locaux à la platine, Iron Dubz et ses CDs et Ben Alpha avec son ordinateur! Untitled avance de solides arguments avec des prods de Radikal Guru ou le « Power Pack » de King Earthquake! Boom! Iron Dubz avait gardé quelques pépites en stock et revient lui aussi en mode bulldozer avec des dubplates furieuses : Mungo’s Hi-Fi, High Rockers et … OBF pour des tunes bien grasses à la mode de Genève! Boom again !
Finalement, c’est Ben Alpha qui crée la surprise avec des last tunes hyper électro avant de finir sur un classique d’Alpha & Omega des années 90, extrait de l’album The half that’s never been told qu’il a lui-même produit. Un choix en forme d’hommage à Christine qui avait regagné sa loge depuis un moment déjà.

C’est d’ailleurs l’une des seules à ne pas rester sous le chapiteau jusqu’au bout. Le public est bouillant et la musique s’arrête très largement après 5 heures du matin. Des cotillons sont même plusieurs fois tirés d’on ne se sait où, accentuant le bordel ambiant et l’aspect festif de la session.

Car la fête bat son plein en parallèle de cette leçon musicale. Ben Alpha essaie de fusionner les deux en rappelant souvent les valeurs de « peace, love, unity and respect » à l’endroit d’un public jeune et parfois borderline pour une minorité (tentative d’escalader les stacks, ballons gonflables balancés sur platines…). Ce dernier doit aussi apprendre et comprendre que le sound system est bien plus qu’une discothèque améliorée : c’est une communauté non régie par la seule fête, mais d’abord par l’amour de la musique reggae. Et les valeurs qu’elle véhicule ne s’arrêtent pas à la liberté de fumer un joint…

Reportage : Musical Echoes.
Textes : Emmanuel « Blender »/Photos : Grégoire Roudaut.

Galerie de photos :

Coucher de soleil sur le camping vendredi soir.

Coucher de soleil sur le camping vendredi soir.

 

11935136_1051095014924387_8308547452824484782_o

Un site réduit mais ô combien chaleureux!

 

Haïlé Sélassié en visite à Belle-Ile!

Haïlé Sélassié en visite à Belle-Ile!

 

Le Untitled sound system au contrôle avec Eric "Kürün", venu de Vannes. Il fera souvent l'opérateur.

Untitled sound system au contrôle avec Eric « Kürün » (à gauche), venu de Vannes qui a souvent dépanné comme opérateur ce week-end là.

 

Humble I au micro (à droite) et Weeda (à gauche) pour Jah Militant ! Serious selections !

Humble I au micro (à droite) et Weeda (à gauche) pour Jah Militant !

 

Iron Dubz et I-Leen sont venues de Genève pour l'occasion!

Iron Dubz et I-Leen sont venus de Genève pour l’occasion!

 

Appliqué, le producteur Ben Alpha a donné une leçon musicale au public!

Appliqué, le producteur Ben Alpha a donné une leçon musicale au public!

 

Quand elle ne ferme pas les yeux, la bassiste d'Alpha & Omega aime communier avec le public!

Quand elle ne ferme pas les yeux, la bassiste d‘Alpha & Omega aime communier avec le public!

 

Ben Alpha et Romain Iron Dubz se relaient avec Untiitled pour un dub fi dub bien hot !

Ben Alpha et Romain Iron Dubz se relaient avec Untitled pour un dub fi dub bien chaud !

 

Aloha Steppa.

Alpha Steppa.

23082015-IMG_0276

Iron Dubz.

 

Les sessions sont sonorisées par deux stacks du Untitled sound system complété par deux scoops du Islanders sound. Deux crews de Belle-Ile.

Les sessions sont sonorisées par deux stacks du Untitled sound system complétés par deux scoops du Islanders sound. Deux crews de Belle-Ile.

 

Superbe effets visuels avec le vjing en direct de Tomz.

Superbe effets visuels avec le vjing en direct de Tomz.

 

Ce dernier s'appuie notamment sur les images d'une caméra qui filme les artistes en permanence : ici Sis I-Leen.

Ce dernier s’appuie notamment sur les images d’une caméra qui filme les artistes en permanence : ici Sis I-Leen.