Dub Station #50 : Deux sessions bien variées pour fêter dix années de sound system à Paris !

Voilà dix ans déjà que les Dub Station secouent Paris de façon régulière avec des sessions qui ont vu défiler les principaux sound systems français et internationaux. Pour marquer l’événement, la cinquantième danse se déroulait sur deux nuits les 9 et 10 octobre avec du beau monde au Trabendo et des artistes assez représentatifs de l’état du dub actuel, entre résistance rasta acharnée (Jah Shaka) et bass music décomplexée (Mungo’s Hi Fi)… Le tout sonorisé par le sound system français Blackboard Jungle. Récit.

La sono de Blackboard Jungle venue de Rouen a sonorisé les deux nuits avec trois murs pour 10 scoops au total.

Le system de Blackboard Jungle venu de Rouen a sonorisé les deux nuits avec trois murs et dix scoops au total.

 « C’est l’anniversaire de la Dub Station, mais ils n’ont même pas pris la peine d’éditer un flyer ! », se plaint un distributeur de tracts à l’entrée du Trabendo, vendredi soir. Les deux soirées sessions feront pourtant assez facilement le plein, preuve que l’organisation de la Dub Station est désormais bien huilée et que son tourneur n’a même plus besoin d’en faire la promotion pour écouler ses billets. Preuve également que le mouvement sound system est définitivement sorti de l’underground, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire.

Vendredi 9 octobre : Blackboard Jungle, Haspar et Jah Shaka.

Après une petite heure de chauffe assurée par Blackboard Jungle dans un relatif anonymat (ils ont l’habitude à cette heure-là), c’est le jeune crew grenoblois, Haspar, qui prend le contrôle du system à minuit. Quelle que soit la musique jouée, c’est déjà une bonne nouvelle de voir de nouvelles têtes et d’entendre de nouvelles productions au Trabendo!

Le jeune dubmaker Haspar, a assuré pour sa première session à Paris !

Le jeune dubmaker Haspar, a assuré pour sa première session à Paris !

Et le duo composé d’un sélecteur et d’un opérateur s’en sort avec les honneurs! C’est que les Isérois ont quelques productions maison sous le coude dont certaines sont de très bonne facture : une dubplate de Sandeeno, une autre de l’Américain Fikir Amlak suivie d’une méchante version… Vers 1 heure du matin, la tension monte d’un cran avec le magnifique « Love and affection » de Madu Messenger et le tonitruant « Gangsta and Police » featuring la voix ultra rough de Dr Israel. Une tuerie qui mériterait bien de pouvoir se poser sur une platine un de ces jours! (Écoutez ici).

Vers 1h30, le sound system quasi résident des Dub Station parisiennes, Blackboard Jungle, reprend le contrôle de sa sono disposée en trois stacks (quatre scoops plus deux fois trois scoops). Le son est fort, très fort et seule une partie de la salle échappe (celle située en contrebas à l’opposé des artistes), échappe un peu aux décibels maximums. Le rendu est propre mais fait quand même bien trembler les pans de murs non bétonnés et quelques morceaux de plastique du système d’aération tombent même à terre à côté du bar!

À 2heures, le sound rouennais envoie le splendide « Inna me blood » de Nadine Sutherland qui fait son petit effet et mérite bien un gros rewind ! (Écoutez ici). Blackboard radicalise peu à peu ses sélections et peut compter sur la chanteuse capverdienne, Nish Wadada, présente au micro, pour amener un peu de douceur, même quand elle reprend le guerrier « War » de Marley…
Présent également au micro, Pablo de Reality Souljahs se fait plus discret, peut-être parce que ce dernier n’était pas officiellement invité?

L'infatigable duo de Blackboard Jungle au contrôle avec Nico à la sélection et MC Oliva à l'animation !

L’infatigable duo de Blackboard Jungle au contrôle avec Nico à la sélection et MC Oliva (à droite) à l’animation ! Les vrais piliers des sessions au Trabendo.

Après une énième tuerie d’Eck-A-Mouse, Nico Blackboard termine sur un anthem du chanteur espagnol Senor Wilson! Place ensuite à la tête d’affiche de la soirée et du week-end, Jah Shaka. Ce dernier agace d’entrée les habitués avec ses titres d’ouverture classiques aussi bons soient-ils : « Exodus », « Praise ye Jah », « Complain »… Tous y passent ou presque. Mais au bout d’une demi-heure de « bondieuseries », l’autoproclamé « Mighty Zulu Warrior » est puni par la providence : le son est coupé net et les stacks restent muets pendant sept longues minutes. Une éternité en sound system…

Jah Shaka n'aime pas les photographes, mais les photographes aiment Jah Shaka! Un amours à sens unique, c'est moche...

Jah Shaka n’aime pas les photographes et veut contrôler son image. Certes, mais en quoi cette image-là le dessert?

La coupure due visiblement à un petit malin (un abruti en fait) qui aurait actionné l’alarme incendie, a le mérite de réveiller le Londonien qui balance des productions moins entendues dès 3h45, dont quelques productions stepper made in France signées Rootical Attack ou Weeding Dub… Les préliminaires auront duré un peu moins d’une heure et c’est très bien comme ça. Le reste de son set sera dès lors une alternance d’instrumentaux endiablés, entre roots et stepper, et de blablas au micro plus ou moins dispensables. Encore que cette nuit-là, affûté dans son jogging noir, Shaka avait du coffre et semblait vraiment en forme. Et comme souvent le sélecteur a fait durer le plaisir de dix bonnes minutes supplémentaires et aurait pu en gagner bien davantage en exonérant le public de ses incessants prêches sur les versions. Mais Shaka reste Shaka. Fidèle à ses principes et à sa ligne de conduite, le rasta paraît inoxydable et c’est sans doute aussi pour ça qu’il est finalement bien plus attachant qu’agaçant et qu’il régale musicalement à chacune de ses sessions!

Samedi 10 octobre : Blackboard Jungle, Riddim Tuffa et Mungo’s Hi-Fi

Changement d’ambiance mais pas de décor le lendemain soir! Les trois stacks de Blackboard sont toujours là et le son paraît encore plus fort que la veille. À minuit passé, le Trabendo tremble déjà de toutes parts ! Les productions rockers s’enchaînent et Nish Wadada est revenue et pose son chant poignant sur quelques versions.
Après une last tune particulièrement lourde de Blackboard (« Rally Round » de Murray Man, écoutez ici), la chanteuse reprend son titre en featuring avec Ras Tweed, « Lion Paw ».

Riddim Tuffa a assuré à la sélection!

Riddim Tuffa a assuré à la sélection!

Prenant la suite, Adham, l’un des deux membres du crew écossais, Riddim Tuffa, essaie de prolonger le mood roots avec un joli remix de « Tribulation », classique de Don Carlos. Cela ne dure pas longtemps puisque le selecta passe vite sur du stepper plus rythmé. Exemple : « Stepper Style » de Kanka repris live and direct par le chanteur El Fata en lieu et place d’Echo Ranks !

Dès lors c’est le déferlement de remixes énervés : « Wicked haffi run » et « Mandela » d’O.B.F., « Murderer » de Shanti D, un titre d’Eck-A-Mouse (encore lui) et de « Skidip » de Charlie P sur une production de Mungo’s Hi-Fi. Idéal pour passer le témoin au crew de Glasgow, représenté par un seul membre : Tom Tattersall. Heureusement le DJ est venu avec l’un des tout meilleurs chanteurs de sound sytem actuel : l’Anglais YT ! Ce dernier ne tarde pas à se mettre en évidence sur son tube « Serious Time » enchaîné derrière la reprise soyeuse de « Put it on » de Marley par Shanti D…

Très vite tombe la plus grosse dubplate de Mungo’s, « No Ice Cream Sound » de Johnny Osbourne ! Une vraie tuerie même si les habitués commencent à bien la connaître. Des tunes de Pupajim, Marina P ou le classique « Herbalist » de Top Cat (écoutez ici) maintiennent la pression à un rythme élevé…

YT numéro 1 au micro !

Il est déjà 4 heures du matin et progressivement, Mungo’s bascule dans la bass music. D’abord timidement en envoyant des remixs de pépites roots (Johnny Clarke et Dillinger…) puis plus franchement avec du Radikal Guru ou un remix dubstep du « Dub Controler » d’O.B.F. feat. Charlie P. On entend même Jah Mason ou le trop entendu « Everyman Different » sur des infrabasses plus ou moins digestes…

Une partie du public en profite pour faire une pause fumette et n’entendra donc pas la seconde coupure de son du week-end. Le silence pendant sept minutes, à l’exception d’une faiblarde alarme incendie sous les yeux paniqués des artistes alors que l’opérateur n’était plus à son poste à ce moment-là ! La bonne nouvelle c’est que cet incident stoppe net le dubstep et que le dub fi dub n’est plus très loin.

El Fata, en forme samedi soir !

Le chanteur nigérian El Fata, en forme samedi soir !

Il sera mémorable, malgré une ambiance pas aussi brûlante que d’habitude. Les massives sont-ils fatigués par deux nuits de dub successives ? Quoi qu’il en soit Blackboard Jungle est de retour et balance d’entrée un énorme titre de Lyricson alors que Nish Wadada, Pablo et El Fata enchaînent bien sur la version !

Riddim Tuffa, pas en reste, réplique par un terrible remix d’une non moins terrible chanson, « Be Careful » du regretté Matthew McAnuff et son compatriote de Mungo’s Hi-Fi de créer la surprise en jouant le bon vieux « Jah Jah City » de Capleton. Un plaisir d’entendre cet hymne de l’année 2000 à une telle puissance sonore… Derrière sur la version, YT démontre qu’il est largement le numéro 1 au micro ce soir. Et d’assez loin ! Pas prévu, Taiwan MC du crew Chinese Man s’invite lui aussi à la fête et fait apprécier son flow toujours aussi rapide. Boom !

La surprise Marina P et la bombe YT se relaient au mico!

La surprise Marina P et la bombe YT se relaient au micro!

C’est la folie pour finir avec des tunes toutes meilleures les unes que les autres de Courtney Melody, Mikey General (quelle voix souveraine!), Marina P ou encore Daddy Freddy pour le dernier track de Mungo’s Hi-Fi, « Raggamuffin ». Mention spéciale pour la dernière de Blackboard : « Man of Jahoviah » de Johnny Osbourne en version duplate mix de Roberto Sanchez qui a retravaillé les bandes d’époque… Quelle merveille ! (Écoutez le morceau original ici).

À retenir aussi ces derniers mots de Nico, le selecta de BBJ en anglais à 6 heures du matin : « Je vois peu de dreadlocks ce soir, mais je suis sûr que vous avez tous l’amour de Jah dans le cœur ! ». Rien n’est moins sûr à en juger par le nombre de visages blanchis aux amphétamines… Beaucoup de gens viennent d’abord ici pour s’amuser et ce n’est plus une nouveauté. D’autres encore perpétuent inlassablement la tradition reggae voire rasta du sound system. C’est la réalité bigarrée des sessions de ce genre en 2015. Puissent ces différents mondes continuer à cohabiter en harmonie avec comme trait d’union, cette musique puissante, fédératrice et sans cesse renouvelée qu’est le dub.

Reportage : Musical Echoes (Textes : Emmanuel « Blender » / Photos : Tom « Tsoham »).

 

Beaucoup de monde encore au Trabendo et même peut-être un peu trop le samedi soir...

Beaucoup de monde encore au Trabendo et même peut-être un peu trop le samedi soir…

 

Les Grenoblois d'Haspar ont envoyé du lourd dès le début de la nuit !

Les Grenoblois d’Haspar ont envoyé du lourd dès le début de la nuit !

 

Joli trio de vocalistes : Nish Wadada, Pablo de Reality Souljah et MC Oliva de BBJ.

Joli trio de vocalistes : Nish Wadada, Pablo de Reality Souljahs et MC Oliva de BBJ.

 

La chanteuse capverdienne, Nish Wadada a fait apprécier la justesse de son chant deux soirées de suite.

La chanteuse capverdienne, Nish Wadada a fait apprécier la justesse de son chant deux soirées de suite.

 

Adham de Riddim Tuffa  à la sélection. Nico de BBJ reste attentif devant la control tower.

Adham de Riddim Tuffa à la sélection. Nico de BBJ reste attentif devant la control tower.

 

YT, diction parfaite et flow puissant a tout cassé au micro. Ici sur les prods de Mungo's Hi-Fi !

YT, diction parfaite et flow puissant a tout cassé au micro. Ici sur les prods de Mungo’s Hi-Fi !

 

Belle communion dans le public. La réalité est plus complexe et les danseurs n'ont pas forcément les mêmes attentes...

Belle communion dans le public. La réalité est plus complexe et les danseurs n’ont pas forcément tous les mêmes attentes musicales et culturelles…

Regardez un extrait de la session d’Haspar ici (by Sistamed) :

 

Regardez un extrait du dub fi dub de samedi ici : Riddim Tuffa feat. El Fata et Mungo’s Hi-Fi ici (by Lonely lion production) :


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