Chalice sound system : « Les amplis à lampes, c’est simplement une question de sonorités ! »

Le Chalice sound system est l’un des premiers sounds en France toujours en activité. A l’instar de Zion Gate Hi-Fi à Nantes, la formation lilloise qui fête ses vingt ans d’existence l’an prochain, reste tournée vers la musique et le message rasta. Autre spécificité, sa sono fonctionne avec des lampes pour une rendu sonore incomparable. En marge de la dernière session Montpellier Dub Splash, samedi 12 décembre, notre reporter Robin a rencontré Paulo et Youthman pour une interview avec ces pionniers du sound system français.

L'opérateur toujours vigilent contrôle les niveaux de sortie sur la tower.

Paulo à l’opération sur la control tower de Chalice sound system. Photo : Magda Lena (M.E.).

Musical Echoes : Bonjour à vous, est-ce que vous pouvez nous présenter le Chalice sound system ?

Chalice : Alors on a démarré le sound à Lille en 1996 et on va  donc fêter les 20 ans en 2016 !

Musical Echoes : Oui d’ailleurs vous les fêtez en janvier avec Jah Shaka ?

Chalice : Oui si tu veux, on va axer l’année 2016 sur nos vingt ans. On a eu l’opportunité de faire le premier événement avec Shaka, qui est un de nos inspirateurs donc ça tombe très bien de pouvoir commencer cette nouvelle année comme ça.

Musical Echoes : Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Chalice (Paulo) : Dans un magasin de disques ! À l’époque, on allait acheter des disques avec le président de notre association, qui est maintenant parti à Djibouti. Et un jour, il m’a présenté à François (Youthman). À ce moment là, François faisait déjà des sélections pour une émission de radio à Lille.

Musical Echoes : Concernant votre sono, pourquoi ce choix particulier des amplis à lampes ?

Un stack du Chalice sound system.

Un stack du Chalice sound system. Photo : Tom Tsoham, Musical Echoes.

Chalice : Question de sonorités tout simplement, on est de l’école de Jah Shaka, Jah Observer ! Quand on a commencé les recherches pour construire la sono, c’était différent de maintenant : il n’y avait pas internet, donc a fait marcher notre réseaux. Et on a investi dans des lampes car le son nous plaisait, c’était ce qu’on recherchait.

Musical Echoes : Et au quotidien, ce n’est pas trop dur à entretenir ?

Chalice : On avait la chance d’avoir un ami Lincoln, un Anglais qui construisait et réparait des amplis à lampes pour pas mal de sounds anglais. Qui était un bon ami et qui malheureusement est décédé il y a deux ans. Donc pendant cette période là, on a eu zéro soucis. Et depuis deux ans, on continue, toujours en faisant marcher nos connaissances. C’est un petit milieu, donc chacun se connaît un peu. Mais des fois, c’est vrai que c’est pas évident comme l’an dernier où on a eu une petite période où on a dû faire quelques dates sans amplis le temps que le problème soit réglé. C’est de l’artisanat et les gens qui ont ce savoir là ne sont pas nombreux.

Musical Echoes : Vous êtes un des premiers sounds systems français rasta comme Zion Gate Hi-Fi avec un message particulier à véhiculer. Comment voyez-vous l’évolution de la scène dub en France qui devient de plus en plus festive et peut-être moins axée sur un message ?

Chalice : Comme tu dis, c’est une évolution. Mais à la fois, cela a toujours été comme ça. Tu avais des gars avec une approche rasta et d’autres beaucoup moins. Pour nous, le message est important aussi. Ce n’est pas juste de la musique. Si on veut bien l’appréhender et la comprendre, elle a un message.

« Le sound system est un lieu fédérateur »

Musical Echoes : Aujourd’hui, beaucoup de sounds ou groupes se sont créés à Lille (Weeding Dub, SteppAddict, Wise Rockers, Rootikal Attack…). C’est plutôt une bonne chose, non ?

François aka Youthman à la sélection !

François aka Youthman à la sélection ! Photo : Magda Lena (M.E.).

Chalice : C’est vrai que ça a bien grossi ! Il y a pas mal de bons sounds à présent mais on ne les voit pas forcément ! Le problème, c’est trouver un endroit adapté pour jouer. Certaines associations arrivent à se débrouiller car elles utilisent les réseaux étudiants. Même si niveau horaires, ça commence tôt, ça finit tôt… Mais pour nous, comme on n’a pas accès à ces réseaux, c’est plus compliqué…

Musical Echoes : Justement, vous aviez un local que vous avez gardé longtemps n’est-ce pas ?

Chalice : Notre premier local, on l’a eu en 1997. Même à l’époque, il avait déjà cette problématique de trouver des lieux où on pouvait s’exprimer librement niveau sonore, horaires, organisations… Comment recevoir le public tu vois…. A l’époque, il y avait des majorations dans les bars et cela restait une musique encore peu accessible. Les gens qui s’y intéressés étaient souvent des gens qui avaient peu de moyens. Donc pour nous, c’était important qu’un lieu soit ouvert. Et ça a bien marché, du coup on a pris un local plus grand où on organisait une soirée une fois par mois, de 21h-6h. Ça va faire une quinzaine d’années qu’on fait ça et c’est toujours un plaisir !

Pour revenir à ta question précédente, il y avait deux aspects : le sound est un lieu fédérateur. Cela permettait de se voir, d’échanger car c’est important de se voir en dehors des sessions. On le remarque depuis qu’il a fermé, c’est plus compliqué d’échanger.
Le sound et le local étaient des vecteurs de cohésion, de rassemblement. Cela permettait aux gens se s’unifier et de s’aider face aux difficultés de la vie qu’on rencontre tous les jours. C’est aussi le message dans ce qu’on fait, c’est important de rendre concret le message qu’on veut faire passer. Au début, certaines personnes étaient des simplement des massives qui venaient aux sessions et au fil des années, ce sont devenu des amis. On prenait toujours le temps de discuter.

Propos recueillis par Robin à Montpellier pour « Musical Echoes ».

 

Un ampli à lampes du Chalice sound system lors du Dub Camp festival, en juillet 2015.

Un ampli à lampes du Chalice sound system lors du Dub Camp festival, en juillet 2015. Photo : Tom Tsoham (Musical Echoes.).

Retrouvez la prochaine session de Chalice sound system feat. Jah Shaka, le 15 janvier, à Lille ici :
https://www.facebook.com/events/1553588844932162/

Retrouvez une longue interview d’Abubakar de Zion Gate Hi-Fi (autre sound system français pionnier) ici :
http://musicalechoes.fr/2015/07/ras-abubakar-zion-gate-hi-fi-en-jouant-des-vinyles-on-perpetue-la-tradition-du-sound-system-qui-existe-depuis-soixante-ans-en-jamaique/