Télérama Dub Festival : Paris reste une fête !

Malgré la tragédie du 13 novembre dernier, quelques organisateurs avaient choisi de ne pas annuler leurs événements le week-end suivant. Le numéro « Sortir » de Télérama, titrait d’ailleurs en « Une », « Sortir, c’est résister ! ». Samedi 21 novembre, l’édition 2015 du Télérama Dub Festival, aux Docks de Paris a ainsi bien eu lieu ! Une bonne idée partagée par près de 4000 personnes qui avaient envie de se rassembler, de faire la fête, mais aussi de découvrir de nouvelles musiques dont certaines, au-delà du cadre du dub…

Délire total dans le Panda Dub hall à la fin du live du producteur lyonnais! Photo : Tom Tsoham.

Délire total dans le Panda Dub hall à la fin du live du producteur lyonnais! Photo : Tom Tsoham.

La belle formule de l’année précédente est reprise pour cette treizième édition : avec ces deux grands halls des Docks de Paris, merveilleusement mis en lumière par Kazy (qui réalise notamment les pochettes de Stand High) : le Panda Dub hall et le Stand High hall.

Le Stand High hall tout en jeu de lumières.

Le Stand High hall tout en jeu de lumière.

Nouveauté de taille cette année, le Panda Dub hall présente une organisation hybride : scène de concert pour les groupes live (Dr Das, The Bug, Panda dub) accompagnés d’une sono live, et sound-system (celui de Dub Smugglers) pour les autres artistes (Culture dub, Tour de Force, Atili Bandalero et Dub Smugglers). Une rupture avec l’édition cent pour cent sound system de 2014.

Cette édition du TDF fut une grande édition en dépit d’un line-up risqué : quelques têtes d’affiches et beaucoup de surprises, de noms encore méconnus ou de représentants de musiques transversales ! La soirée mélange les horizons musicaux et ne lasse pas, les différents styles se veulent complémentaires : de la musique chill aux sons plus énervés, du dub roots au méchant hip-hop industriel en passant par des crossover dub noise !

Parmi les représentants « strictly dub » ou reggae/dub, le festival nous propose : Culture Dub, Tour de Force, Atili Bandalero, Panda dub, Dub Smugglers, Roots Atao, Roots Raid, Suns of dub, Ishan, Stand High. Les productions de Dr Das, The Bug, et Stepart appartiennent pour leur part à des styles beaucoup plus hybrides et pas facilement définissables d’ailleurs…

Passons rapidement sur les quelques petits couacs à signaler :  une belle coupure de son dans le Stand High Hall (merci à l’abruti qui aurait grimpé sur la sono), quelques erreurs de réglages (basses saturées par moment), un stand nourriture un peu léger niveau organisation (3 ou 4 bénévoles pour 4000 festivaliers, soit une heure de queue pour une box de pâtes, en tout cas à minuit) et l’absence inexpliquée de Blundetto

Du côté des points positifs, une sécurité pas envahissante mais présente, une organisation des sessions « en décalé » pour pouvoir voir tous les artistes et bien sûr et surtout, une programmation ambitieuse. Car c’est bien de musique qu’il s’agit en premier lieu.

Côté sono, le sound de Stand High est puissant, très puissant, 2 stacks, 8 scoops au total. Les middles et les aigües ont une belle définition, et Roots Atao (qui a participé à la construction de la sono) veille au grain, pour un rendu impeccable. Quand « Musical Echoes » arrive sur les lieux, c’est d’ailleurs lui qui installe une ambiance roots sympa avec une sélection réfléchie, histoire de mettre en jambe. La déprogrammation de Blundetto l’amène même à faire durer son set jusque 21h30, l’heure de la relève par Roots Raid.

En face, Culture Dub sound qui joue sur la sono des Dub Smugglers (3 stacks de 3 scoops), envoie du gros son : Sista Bethsabée chante ou toaste de sa voix identifiable sur des tracks déjà puissantes. A 21h30 donc, Roots Raid prend la main avec deux MC : Messieurs Shanti D et mighty cricket. Dans le public, l’ambiance est chaude et tout le monde danse, y compris Junior Cony, venu saluer ses amis ! Après avoir joué quelques morceaux de leur album, « From the top », qui font plaisir à entendre en sound system, le crew nous propose quelques exclus, dont une chanson de Ramon Judah dédiée aux victimes du 13 novembre. La voix chaude et posée de Mighty Cricket complète bien le flow plus tranchant de Shanti D, et les 2 MCs se répondent assez naturellement.

Le joyeux bordel de Tour de Force !

Du côté du Panda Dub Hall, Tour de Force met le feu : la nouvelle composition du crew, batterie électrique (qui joue les rythmes), la section cuivre saxo et trombone (skank et mélodies) et Ranking Joe au micro (visiblement très respecté par le crew), sert quant à lui, ses gimmicks tonitruants. L’ensemble du set a été « bodybuildé » pour en mettre plein la vue aux dubheads présents ! Tour De Force envoie son son hybride roots/dub/dubstep et nous offre un set complètement rénové. Ranking Joe chante « I love Jah » sur un riddim ska dansant avant un remix ultra massif du Satta riddim ! L’ambiance chaleureuse des sons fait danser la salle, pleine à craquer de sourires sincères. C’est un joyeux bordel, musicalement au top et les musiciens live ajoutent un vrai plus par rapport au show de l’an dernier !

TDF2K15-20

Tour de Force from New York City ! Jay Spaker au micro, Ranking Joe et DJ Q-Mastah à la sélection.

Suns of dub, en face, nous propose un set plus mélodique et roots, proche de l’esprit rasta. Venu de Bristol, Ishan Sound prend la suite en solo. Après un début de set un peu convenu, l’artiste nous propose ses tracks plus élaborées : un steppa digital dans la tradition UK des années 90, mis à jour avec un choix de MCs sur les pistes jouées issus de divers milieux (hip-hop, reggae, dub…). La puissance de la sono de Stand High est parfaitement maîtrisée, elle répond tout à fait bien aux sons puissants et aux rythmes binaires typiques du style. C’est une belle découverte stepper que ce producteur anglais.

Atili Bandalero joue son tube « Tomorrow » à l’approche de la fin de son set, avec Prendy au micro et Art-X au melodica. Le DJ tourangeau nous propose également un remix bien senti du tube de Max Romeo, « One step forward two step backwards », avant faire montrer la pression avec un morceau jungle. Le Amen break sur sound system fait toujours son effet ! La danse est sympa, l’ambiance légère. Le crew nous propose donc un petit break avant l’arrivée de Panda.

A propos de Panda, celui-ci est accompagné de Mayd Hubb à la batterie et Bruno à la basse, pour un live set impressionnant . Après une première track, jouée derrière un voile blanc (on voyait les artistes en ombre chinoise), le « rideau » tombe littéralement, nous dévoilant une scène occupée par les trois artistes, avec trois panneaux répartis pour afficher le visuel, parfaitement réalisé par le collectif lyonnais L’Octopus.

Malgré la puissance des basses, le son reste aérien : les samples sont riches, éthérés et bien accompagnés par le visuel qui participe à l’ambiance. Si le set est joué en live et qu’il est toujours agréable d’écouter The Lost Ship, l’album le plus mâture de l’artiste, la prise de risque est limitée. La maîtrise est totale, tout est millimétré tant dans la scénique que dans les réglages. Panda a abandonné une certaine consensualité qui marquait ses débuts même si les nouveaux morceaux sont rares. Le set est efficace, dans la lignée de ce que nous proposaient les Lyonnais dans les années 90 (un son live maîtrisé mais expérimental) et se referme d’ailleurs (après un énorme rappel) par une track frénétique qui sample « Bad Weather » d’High Tone. Une belle tuerie!

Dub Smugglers prend le relais et la salle se vide quelque peu. Dommage car la session des Mancuniens envoient du gros son, dans un style assez comparable à Mungo’s Hifi. Le premier hit, « Peace and Love » est déjà hyper ruff ! Les morceaux sont chaleureux et épurés, dans un style dancehall/dub, parfois bass music : des titres remixés de Shaggy et Burru Banton font partie de la sélection ! Le MC pose dans un style hip-hop et booste bien le tout ! En fait sur une sono réglée au poil, la session des Anglais est de la dynamite!

La tour de contrôle du Stand High Patrol sound system !

La tour de contrôle du Stand High Patrol sound system !

De son côté, Stand High Patrol a lancé la machine de guerre : après des débuts un peu léger en matière de puissance sonore (le crew craignait-il de faire sauter son sound ?) Les Bretons montent progressivement le son pour nous en mettre plein les oreilles. Les tracks jouées sont pour la grande majorité des dubplates jamais entendues, dans le style si identifiable de Stand High, mélange de dub, de hip-hop et de bass music et bien d’autres styles. Les samples sont à la fois rétros minimalistes et digitaux, complétés par les phrasés de Pupajim et de notes subtiles de Merry à la trompette. C’est un florilège de grosses tunes qui s’abat sur le public jusque 5 heures du matin : « Crisis », « The bridge », « The tunnel », « Business of war », remixés ou des exclus de Tippa Irie, Asher Selector, King General ou encore Echo Ranks ! Chaque titre est un savant mélange de plusieurs styles, les samples se superposent parfaitement. Mention spéciale aux intros de morceaux de plus en plus travaillées… La sono est coupée à 4h40 précises, mais le public en veut encore, pour preuve le rappel des artistes, qui a duré plus de cinq minutes sans fatiguer ! Roots Atao vient remercier le public, en le gratifiant d’une toute dernière chanson de Bob Marley.

La claque The Bug !

Le bilan musical apparaît très bon : beaucoup de crews motivés, des bonnes surprises et une qualité de son presque irréprochable. Le public est chaud, réceptif et vit pleinement l’événement : pas trop de téléphones levés qui plombent l’ambiance. Les échanges sont tous passionnés, Paris a ainsi continué vivre dans l’insouciance festive qui la qualifie si bien.

Côté nouveautés, un peu hors dub, Dr Das a joué un dub « noise » en live, puissant et fiévreux en début de soirée. Le crew est composé d’un bassiste, (le fondateur d’Asian Dub Foundation), de machines, et des traditionnels clavier, guitare et batterie. La musique est psychédélique, presque bruitiste, parfois dans la veine de ce que nous offrait Meï Teï Sho à l’époque de Sir Jean. Un set 100% live sans chant et jazzy, on se laisse porter par une musique progressive et avant-gardiste.

Calé entre Tour de Force et Atili Bandalero, The Bug accompagné de Flowdan et Manga nous offre un set dubstep/grime/dub hyper violent. Un style purement underground de la part de ce crew enragé. Les MCs sautent dans tous les sens et posent leur flow sur des productions heavy bass dans un style industriel. C’est une claque puissante et sans concessions dans nos oreilles !

The bug, une musique sombre et explosive. Assurément la curiosité de cette soirée!

The Bug, une musique sombre et explosive. Assurément la curiosité de cette soirée !

Stepart, enfin, est pour sa part venu calmer le jeu entre Ishan et Stand High. Le pote des Brestois ouvre son set avec une chanson chill, et sera accompagné tout au long de son set par la chanteuse Marina P. La maîtrise technique de Stepart est exceptionnelle : ses productions sont très travaillées sensibles, voire poétiques. Les sons électros lunaires de l’artiste se marient pas mal à la voix soul de la chanteuse. Le mélange des deux est vraiment intéressant, et propose une musique toute en finesse, pour un rendu très mélodieux…

Belle édition donc, que ce Télérama Dub Festival aux Docks de Paris, qui affichait d’ailleurs complet, comme l’an dernier. Preuve que le dub est une musique plus fédératrice que jamais! Plus transversale qu’en 2014, cette édition a assurément pris davantage de risques artistiques quitte à effrayer parfois quelques néophytes ou orthodoxes. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous!

Reportage : Musical Echoes. Textes : Alex W.A.I (avec E. B.) / Photos : Tom Tsoham (reproduction interdite sans accord).

Les meilleures photos du Télérama Dub Festival #13 à Paris :

 

Le sound system de Stand High sonorisait le hall du même nom avec deux murs de quatre scoops!

Le sound system de Stand High sonorisait le hall du même nom avec deux murs de quatre scoops !

 

Goldie Locks et Rootystep réassemblent le stack après une coupure de son en début de soirée. La sono n'était pas protégée.

Goldie Locks (Roots Atao) et Rootystep réassemblent le stack après une coupure de son en début de soirée. La sono n’était pas protégée.

 

Dans le Panda Dub hall

Dans le Panda Dub hall, c’est la sono de Dub Smugglers, transportée depuis Manchester, était répartie en trois murs de trois scoops pour un rendu sonore irréprochable.

 

Le live de Dr Das mêle habilement le dub au rock noise.

Le live de Dr Das mêle habilement le dub au rock noise. Le bassiste jouait avant 2006 dans la formation, Asian Dub Foundation.

 

Roots Raid feat. Shanti D (ici au micro) et Mighty Cricket ont pris le relais de Roots Atao.

Roots Raid feat. Shanti D (ici au micro) et Mighty Cricket ont pris le relais de Roots Atao.

 

Mighty Cricket, Bongo Ben et Natty Bass en action.

Mighty Cricket, Bongo Ben et Natty Bass en action.

 

Shanti D.

Shanti D.

 

TDF2K15-19

Le public est au rendez-vous dans les deux halls.

 

Le célébre toaster jamaïcain Ranking Joe et une jolie section cuivre accompagnaient Tour de Force en live.

Le célèbre toaster jamaïcain Ranking Joe et une jolie section cuivre accompagnaient Tour de Force.

 

Le batteur surmotivé de Tour de Force, heureux d'être là.

Le batteur surmotivé de Tour de Force, heureux d’être là.

 

Toujours dans le Panda Dub hall, The Bug a ensuite envoyé une claque puissante au public !

Toujours dans le Panda Dub hall, The Bug a ensuite envoyé une claque puissante au public !

 

Les flows acérés de Flowdan et Manga!

Les flows acérés de Flowdan et Manga pour accompagner le selecta !

 

La programmation de The Bug est assurément un choix artistique fort !

La programmation du londonien The Bug (du label Ninja Tune) est assurément un choix artistique fort et courageux qui s’écarte de la sphère dub.

 

Comme l'an dernier, un superbe mapping de Kazy  habillait les deux espaces !

Comme l’an dernier, un superbe mapping de Kazy habillait les deux espaces !

 

Venu de Bristol, le producteur Ashan a envoyé un stepper pointu et efficace !

Venu de Bristol, le producteur Ishan a envoyé un stepper pointu et efficace sur la sono de Stand High !

 

C'est Stepart qui a ensuite pris le contrôle avec une musique vraiment léchée.

C’est ensuite  Stepart qui a pris le contrôle avec une musique vraiment léchée.

 

TDF2K15-38

Le producteur était accompagné au micro par Marina P et sa voix soul.

 

Le Stand High hall est déjà bouillant vers 1 heure.

Mapping dans le Stand High hall.

 

Dès 01h30, Stand High Patrol a pris

Dès 01h30, Stand High a pris les commandes pour un set de trois heures et demi. Ici Rootystep.

 

Mc Gyver, l'opérateur du crew.

Mac Gyver, l’opérateur du crew breton.

 

Pupajim a assuré au mico avec de nouveaux gimmicks.

Pupajim a assuré au micro avec, notamment, quelques nouveaux gimmicks

 

TDF2K15-51

Le vocaliste a alterné chant et flow plus tranchant avec une belle dextérité.

 

TDF2K15-50

Les passages de trompette de Merry amènent un vrai plus au live : de la musicalité et des tonalités jazzy.

 

TDF2K15-52

De l’autre côté, Panda Dub et deux musiciens live enflamment l’assistance pour la création du festival.

 

C'est Mayd Hubb, également producteur dub par ailleurs, qui assure la batterie du live !

C’est Mayd Hubb, également producteur dub par ailleurs, qui assure la batterie du live !

 

Musicalement, le live n'est pas une révolution puisqu'il reprend beaucoup de morceaux déjà existants. Mais avec beaucoup plus de force qu'avec une simple source numérique !

Musicalement, ce live n’est pas une révolution puisqu’il reprend beaucoup de morceaux déjà existants. Mais avec beaucoup plus de force que ne le ferait une simple source numérique !

 

Le hall est rempli à ras bord pendant le Panda Dub Live et le public ne tarde pas à entrer en fusion !

Le hall est rempli à ras bord pendant le Panda Dub live et le public ne tarde pas à entrer en fusion !

 

Ici, avec Bruno de Massive Dub Corporation, Panda Dub s'inscrit dans une filiation du live français qui a émergé il y a une quinzaine d'années.

Ici, avec Bruno, le bassiste de Massive Dub Corporation, Panda Dub semble prendre une nouvelle envergure et élargir ses horizons musicaux.

 

Le producteur lyonnais essaie de s'inscrire dans une filiation dub live en remixant un morceau phare d'High Tone.

Le producteur lyonnais a remixé un morceau phare d’High Tone, s’inscrivant par là même dans une certaine continuité avec le dub live français des origines.

 

Sur leur sono, les Mancuniens de Dub Smugglers ont envoyé un reggae péchu dynamité aux wobble bass avec des dubplates des meilleurs vocalistes.

Sur leur sono, les Mancuniens de Dub Smugglers ont envoyé un reggae pêchu dynamité aux wobble bass avec des dubplates des meilleurs vocalistes.

 

Dub Smugglers dégage une vraie énergie et joue un reggae festif et dansant.

Dub Smugglers dégage une vraie énergie et joue un reggae festif et dansant.


Regardez un extrait du live de The Bug ici (by Sistamed) :

Regardez un extrait du live de Tour de Force feat. Ranking Joe ici (by Sistamed) :


*Vous aimez « Musical Echoes » et vous souhaitez nous aider à pérenniser le web magazine, soutenez-nous sur Tipeee ici : https://www.tipeee.com/musical-echoes