Chronique : « Digital Pixel » de Manudigital

Sorti le 19 février sur le label X-Ray Production, le premier album de Manudigital, Digital Pixel, est l’aboutissement d’une carrière déjà riche et de nombreux featurings internationaux. Bassiste, pianiste, compositeur, Manudigital ne jure aujourd’hui plus que par les claviers sur lesquels il élabore des riddims d’une redoutable efficacité. Revue détaillée d’un opus pour le moins « robotisé » !

L'album est sorti le 19 février en CD, vinyle et numérique.

L’album est sorti le 19 février en CD, vinyle et numérique.


Ancien bassiste du groupe Babylon Circus ou lors des tournées de Biga Ranx, Manudigital n’est pas un nouveau venu dans le milieu du reggae. Loin de là même puisque le beatmaker qui a grandi avec la musique, inonde la toile depuis plusieurs années de ses vidéos où il accompagne un chanteur au clavier Casio (Digital Session) ou reprend un riddim classique du reggae qu’il remixe à la sauce digitale (Back inna days).

Des concepts simples mais terriblement efficaces qui permettent au compositeur de se faire son propre nom et d’esquisser les ébauches d’un projet pleinement à lui. Ce sera ce disque Digital Pixel dont quelques titres étaient déjà connus puisque sortis ces derniers mois dans la série de trois EP baptisée « Digital Lab ». On retrouve donc sur l’album l’envoutant et groovy « After midnight » feat. Marina P (lire la chronique ici), le très dancehall « Must Get Panic » feat. Peter Youthman et deux titres chantés par le chanteur basque George Palmer. Celui qui referme l’album, « Digital Robot », sorte de trip robotique en apesanteur et « Come inna di Dance », hymne de reggae digital imparable capable de retourner n’importe quel dancefloor (l’écouter dans la sélection dub #16 de Musical Echoes ici).

Les chanteurs Bazil, Don Camillo et le MC yardie, mais Parisien d’adoption, Joseph Cotton, tous les trois proches du compositeur, sont également présents sur cet album et signent des tunes très énergiques et rythmées, notamment « Manudigital affaire » où Cotton est appuyé par une légende vivante du reggae : King Kong qui n’a rien perdu de son flow caractéristique d’antan!

Également local de l’étape, le Français Taiwan MC signe une petite love song où il fait apprécier son flow impeccable avec des paroles un rien banales qui ne passeraient sans doute pas en français… Langue utilisée une seule fois sur l’opus pour le remix de « Mali », initialement de Danakil. Le propos est ici beaucoup moins léger voire militant et soutenu par une rythmique warrior style. Et même si quelques clichés y subsistent, cette chanson vient donner un peu de profondeur, tant mélodieusement que dans son propos, à un album dont les thèmes principaux tournent autour de la fête et l’amour…

Reprise soyeuse du « Created by the father » de Dennis Brown !

Plus surprenant, cette piste qui sort carrément du cadre du reggae : « Saudades » de la chanteuse brésilienne Flavia Coehlo. Installée en France depuis dix ans, cette dernière a également collaboré dernièrement avec le beatmaker Tom Fire et livre ici une chanson soul sur une rythmique sautillante.

Autre invitée surprise, l’Allemande Sara Lugo passe le « Big up » sur une chanson résolument positive et agréable à défaut d’être indispensable. Car la tune cruciale de l’album est signée d’une autre chanteuse bien connue dans le reggae/dub : Soom T qui lance, avec « Politic Man », un brûlot violent à la face des politiciens. Sur un riddim digital tonitruant, appuyé de sirènes, la MC de Glasgow lâche son flow acéré, alternant entre chant plein d’émotion et passages toastés terribles. Et la chanteuse de clouer le bec à tous ceux qui raillent ces dernières productions dans différents styles. Sur du digital en tout cas, Soom T montre qu’elle reste la number one et d’assez loin!

Dans un style tout aussi incisif et mordant, le New Yorkais Jamalski ne fait pas de détails et emporte tout sur son passage sur un « Bad Boys » bien énervé typique du bon dancehall des 80’s.
A l’opposé, la petite perle mélodieuse de l’album est une reprise d’un classique au Panthéon du reggae. Le terrible « Created by the father » de Dennis Brown (écoutez ici), est chanté ici par Errol Dunkley et réarrangé par Blundetto  à grand renfort de mélodica et d’échos pour un résultat soyeux et aérien.

Au final, très peu de fausses notes dans ce Digital Pixel qui offre une bonne heure de reggae digital entraînant et bien produit complété par quelques autres styles donnant un peu plus de chaleur aux riddims made in Casio. Et si le digital est loin d’être le genre le plus abouti du reggae musicalement parlant, cet album prouve que son influence dépasse largement le cadre des années 80. Manudigital a en tout cas réussi à le remettre au goût du jour en 2016, ce qui n’est pas rien !

Emmanuel « Blender ».

* Digital Pixel est sorti le 19 février en CD, vinyle et digital chez X-Ray Production.

Tracklisting :

1-Digital Luvin ft. Bazil
2-Politic Man (remix) ft. Soom T
3-Come Inna Di Dance ft. George Palmer
4-Saudades ft. Flavia Coelho
5-Crazy ft. Taiwan Mc
6-ManuDigital Affair ft. Joseph Cotton & King Kong
7-Retreat ft. Don Camilo
8-Must Get Panic ft. Peter Youthman
9-Look At The Tree ft. Blundetto & Errol Dunkley
10-Already Midnight ft. Marina P
11-Full Control ft. Joseph Cotton
12-Bad Boys ft. Jamalski
13-Big Up ft. Sara Lugo
14-Mali (remix) ft. Danakil
15-Digital Robot ft. George Palmer.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1-« Politic Man » (remix) ft. Soom T,
2-« Come Inna Di Dance » ft. George Palmer,
3-« Look at the Tree » ft. Blundetto & Errol Dunkley.

Regardez le clip de « Digital Luvin » feat. Bazil ici :