Aku-Fen (Dub Invaders) : « Le sound system est lié à l’histoire de la culture underground ! »

DUB INTERVIEW ! Ce vendredi 23 septembre, la Paris Dub Session #9 accueille un plateau de poids au Glazart ! Des lives sur La Plage et un sound system à l’intérieur de la salle en parallèle avec les Dub Invaders qui jouent sur la sono du BoomBoom collective ! Membre du crew lyonnais et guitariste d’High Tone, Julien Oresta aka Aku-Fen, fait le point sur l’actualité de ce groupe pionnier et nous donne son avis éclairé sur la scène dub française et sa vision du sound system actuel.

Les six Dub Invaders sont de retour!

Les six Dub Invaders sont de retour! Quatre d’entre-eux sont à Paris pour la Summer Dub Session #9, au Glazart, vendredi 23 septembre.

Musical Echoes : Salut Julien, peux-tu te présenter pour commencer ?

Aku-Fen : C’est Aku-Fen de Dub Invaders. Je fais pas mal de sons dans le crew, beaucoup de steppa, du digital et du early digital…

M.E. : Pour celles et ceux qui débarqueraient sur la planète dub, peux-tu nous rappeler comment est venu ce projet Dub Invaders et d’où il est parti ?

A. : Oui Dub Invaders est le « side project » du groupe High Tone. On est six dans le groupe et chacun est libre de faire ce qu’il veut en matière de composition. On a commencé ce projet en 2009 (avec la sortie du premier album de Dub Invaders), mais en réalité, on s’est toujours intéressé à la culture sound system.

Dès les années 90 à Lyon, il y avait déjà Vibronics, Disciples, Iration Steppas (…) qui tournaient, parfois ils étaient programmés dans des événements techno. Et puis on est allés en Angleterre, à Notting Hill ou dans la banlieue de Londres, pour voir des sessions sound system. Donc c’est une grosse influence pour nous, même si à l’époque, on avait pas envie de copier ça quand on a commencé le live avec High Tone. Pour nous, le sound system est lié à l’histoire de la culture underground, à notre culture !

M.E. : Tu as produit le premier morceau dévoilé du troisième volume de Dub invaders, « Behold » featuring Omar Perry (écoutez ici), comment s’est faite la connexion avec lui ?

A. : On connait ce chanteur grâce à Mungo’s Hi-Fi. Dino (Dominique Peter, le batteur d’High Tone aka Roots’N Future Hi-Fi), avait fait un remix d’un de leurs morceaux chanté par Omar Perry (écoutez ici) il y a trois ans.
Il est vraiment sympa, accessible et est resté très humble malgré sa notoriété, et le fait qu’il soit le fils de Lee Perry…

Quand on fait des collaborations avec des chanteurs, il n’y a pas uniquement l’aspect business qui entre en compte, il faut qu’il y ait autre chose et là avec lui, c’était le cas, il y avait vraiment une vibe dès le départ. En plus Omar Perry est aussi ingénieur du son, donc il a fait un truc super propre… Cet échange va perdurer, on pense peut-être sortir un clip de ce morceau et on espère le voir nous accompagner un jour au micro si les finances nous le permettent…

Des remixes d’O.B.F et Dub Addict pour le dernier 12″

M.E. : Contrairement aux deux premiers albums de Dub Invaders, le troisième volume sort au compte-gouttes avec quatre vinyles 12″ avant l’album, pourquoi avoir fait ce choix ?

La pochette du premier voulume de Dub Invaders, sorti en 2009 en triple vinyle.

La pochette du premier voulume de Dub Invaders, sorti en 2009 en triple vinyle.

A. : C’est un choix stratégique mais pas uniquement… La scène dub évolue très vite, entre la sortie de notre deuxième 12″ et le troisième qui sort ce vendredi, il y a eut tellement de sorties en quelques mois, c’est fou. Aujourd’hui, la durée de vie d’un morceau ou d’un album est beaucoup plus courte. Du coup, sortir quatre volumes petit à petit avant l’album complet, ça nous permet d’échelonner notre sortie et de faire la promo plus longtemps, notamment pour trouver des dates!

Après, on se fait aussi plaisir en sortant quatre vinyles même si on ne gagne pas d’argent avec ça. C’est pas que commercial car nous restons très attachés à l’objet vinyle…

M.E. : Oui, votre troisième 12″ sort ce vendredi donc et le quatrième et dernier vinyle? Que trouvera-t-on dessus ?

A. : Il sortira à la fin de l’année, juste avant l’album qui sortira en CD au prix le plus bas possible. Sur le quatrième volume, il n’y aura que des remises de morceaux déjà sortis de Dub Invaders #3. Les remixeurs sont Rico d’O.B.F, Pilah de Dub Addict, Théo de Brainless sound system et le sound Subactive de Strasbourg.

M.E. : En sound system, comment procédez-vous? Chacun joue et remixe ses propres morceaux ou c’est plus compliqué que ça?

A. : Déjà nous sommes six dans le crew et on essaie de ne se déplacer qu’à quatre par session pour limiter les frais. Là par exemple, à Paris, il y aura Dino, Natural High et Led Piperz avec moi. Le fonctionnement est assez libre, Dino et Twelve (le DJ d’High Tone NDLR) sont les selectas et les autres font du live machines. Du coup, ça dépend un peu de nos envies du moment… On peut faire des dub fi dub, on remixe les tunes les uns des autres, il n’y a pas de règles… Avec mon frère, Fabasstone, on fait beaucoup d’échanges quand on est ensemble!

M.E. : Tu joues en concert avec High Tone depuis près de vingt ans, également en sound system depuis 2009… Au niveau du ressenti, quelles différences fais-tu entre jouer en live et jouer en sound ?

A. : La plus grosse différence, c’est qu’en sound, tu joues au milieu du public, tu entends exactement ce qu’il entend. Sur scène en concert, c’est plus collectif, plus frontal, en sound, c’est moins schizophrénique…

M.E. : C’est-à-dire.. .?

A. : Et bien, en sound, on a vraiment le même ressenti que le public, on est à sa hauteur. On est au même endroit que tout le monde, il n’y a pas de différence de perception, en sound system, on est dans le bain. D’ailleurs à terme, on aurait envie de jouer dans le public, même en live avec High Tone…

Julien Oresta aka Aku-Fen, ici en live avec High Tone. Photo : JFX.

Julien Oresta aka Aku-Fen, ici en live avec High Tone. Photo : JFX.

M.E. : Et au niveau de ce que tu dois faire, de la musique que tu produis, qu’est-ce que cela change ?

A. : Quand je joue avec High Tone, je suis moins stressé car je ne suis qu’un maillon de la chaîne, je ne remplis qu’une part du boulot effectué par le groupe. En sound, on est jamais à l’abri de « faire des pains » et pour moi, c’est un challenge plus gros que de jouer avec High Tone.

Les sélecteurs instaurent la vibe avec le public, nous en live-machine, c’est comme si on était en studio en live, mais on n’a pas le droit de recommencer ! Il faut prendre des risques, anticiper, c’est tout un boulot, c’est vraiment conséquent. Tu peux faire un truc génial que tu ne referas plus jamais par la suite, ça t’hérisse les poils, te met presque en transe… Mais tu peux aussi complètement te planter en live-machine…

M.E. : Vous jouez souvent sur les sound systems de Dub Addict ou d’O.B.F que vous connaissez par cœur mais à Paris, vous jouerez sur le sound du BoomBoom collective. Est-ce que ça change quelque chose pour vous de jouer sur une sound que vous ne connaissez pas ?

A. : Déjà chaque nouveau sound qui nous accueille, c’est une nouvelle rencontre et ça, on adore! Une nouvelle sono, c’est un challenge supplémentaire. Evidemment quand on joue avec les potes d’O.B.F, on est forcément rassuré, on sait que leur sound c’est du solide, ça tient la route. Mais attention, on peut aussi galérer avec les potes! Car ça dépend aussi de la salle, de la disposition… Si l’endroit est trop haut ou trop bas… L’idéal c’est de jouer en extérieur! Mais en principe, jouer sur une sono qu’on ne connaît pas, ce n’est pas un souci.

« La philosophie d’High Tone, c’est le décloisonnement des styles »

M.E. : À force d’enchaîner les sessions, ça ne vous donne pas envie d’avoir votre propre sound system ? Même si c’est beaucoup de travail et notamment une grosse logistique…

A. : C’est vrai qu’on s’est posé la question il y a quelques années. On a même failli acheter un sound system incrémental Christian Heill (une marque de sonorisation non artisanale NDLR). En fait, si on n’avait pas le live avec High Tone à côté, on aurait sûrement déjà notre propre sono, même si c’est vrai que ça rajoute énormément de boulot…

Ce n’est pas une frustration de ne pas en avoir finalement car c’est vraiment toujours un plaisir de collaborer avec les sonos des potes comme Dawa Hi-Fi, O.B.F, Dub Addict et d’autres.. Ou sur les DMC comme le week-end dernier à Nîmes… (Les sessions Dub Master Clash NDLR). Avec eux, on a largement de quoi faire !

Dub Invaders 3 : le troisième 12" sort dans les bacs vendredi 23 septembre.

Dub Invaders 3 : le troisième 12″ sort dans les bacs vendredi 23 septembre.

M.E. : Après vingt ans de scène, en live et plusieurs années en sound system, comment vois-tu l’évolution de la scène dub française? Est-ce que selon toi, la scène dub live et la scène sound system peuvent se rejoindre ou ce sont deux univers différents qui évoluent en parallèle ?

A. : La philosophie d’High Tone, c’est le décloisonnement des styles ! On n’aime pas trop cette idée des puristes que tel ou tel mouvement appartient à une seule musique… Regarde en Angleterre où les rastas et les punks étaient réunis dans les années 80… Il peut y avoir des liens entre toutes les musiques. High Tone a contribué à la découverte du dub et ça a forcément influencé aussi la culture sound system actuelle. Pourquoi les Anglo-Jamaïcains se sont-ils mis au digital et au sound system ?  Parce qu’ils n’avaient plus les moyens de se payer un groupe. En France c’est pareil, l’émergence de la culture sound system est aussi liée à l’économie de la musique… Beaucoup de groupes de dub live ont disparu…

Mais toutes ces musiques sont liées aujourd’hui et on ne fait pas partie des puristes qui disent que le dub doit rester ceci ou cela… Mais c’est vrai que quand tu es un kid, quand tu as 18 ans, tu as besoin de trouver quelque chose qui te représente, une identité forte et plus carrée. Nous on n’en est vraiment plus là ! J’espère juste que cette culture restera underground. Car c’est sa force, toutes les influences du dub viennent des courants alternatifs…

M.E. : Pour terminer, une question sur l’actualité d’High Tone. Vous avez quelque chose en préparation, plus de deux ans après la sortie de votre dernier album Ekphrön ou vous vous concentrez pour l’heure uniquement sur le projet Dub Invaders ?

A. : Oui un disque est en préparation pour 2018 avec High Tone ! On se donne encore un an pour créer ce projet mais ce sera un album plus dancefloor, plus groove, moins expérimental que le dernier. Ce serait toujours assez dark avec des musiques ethniques comme sur Opus Incertum (le premier album du groupe, sorti en 2000 NDLR), mais produites avec les moyens actuels. Et puis on a ce projet de nouvelle scénographie pour accompagner cet album : jouer au milieu de la salle !

Propos recueillis par Emmanuel « Blender ».
(Merci à Ivann Georges.) 

* Dub Invaders est en sound system vendredi 23 septembre à Paris au Glazart pour la Paris Dub Session #9. Voir l’événement ici : https://www.facebook.com/events/1812231742340775/

L'af

L’affiche de la soirée de la Dub Station avec un plateau live sur La Plage et un sound system à l’intérieur!