Chronique LP : « Talk the talk » de Brain Damage

Il est déjà de retour ! Producteur et compositeur infatigable, Martin Nathan aka Brain Damage revient avec un nouvel album studio, Talk the talk, le pendant (encore plus) dub de Walk the walk, sorti il y a tout juste un an et dont les titres chantés sont ici remixés, réarrangés et complétés de trois morceaux inédits…

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L’album est sorti en CD et LP vinyle vendredi 21 octobre sur le label lyonnais Jarring Effects.


Prenez d’abord l’album Walk the Walk, le dernier opus en date de Brain Damage sur lequel le Stéphanois invitait cinq chanteurs jamaïcains, enregistrés au mythique studio Harry J, à se poser sur des rythmiques puissantes. Un tour de force autant qu’un retour aux sources pour ce fer de lance de la scène dub hexagonale depuis près de quinze ans (retrouvez la chronique ici).
Ajoutez ensuite une web série documentaire qui compilent toutes les interviews de ces chanteurs de légende (Horace Andy, Kiddus I, Winston Mc Anuff, Willi Williams et Ras Michael) ainsi que celles des ingénieurs et producteurs Sam Clayton JR et Stephen Stewart.
Complétez enfin par la voix de Father Wee Pow, fondateur du mythique sound system Stone Love en 1972…

Ne mélangez surtout pas ces trois éléments comme ça! Ce serait beaucoup trop simple et bien mal connaître le travail d’orfèvre de Brain Damage depuis ses débuts, lui le très minutieux producteur jusque dans le moindre détail…
Non, les morceaux chantés de Walk the Walk sont d’abord épurés, étirés et passés à la moulinette du remix dub : écho, delay, reverb, cassures de rythmes, silences et autres failles simisquo-sonores dans lesquelles l’auditeur tombe avec délectation… Les trois derniers morceaux sont quant à eux totalement inédits et ajoutent une vraie plus-value à l’album. Et si « Humpty Dumpty Dub » est un stepper plutôt heavy, le « Garden of Dub » de clôture est une merveille de dub en apesanteur portée par des cuivres souverains et langoureux!

Comme sur Walk the walk, les deux titres de Winston Mc Anuff sont particulièrement poignants.

Comme sur Walk the Walk, les deux titres de Winston Mc Anuff sont particulièrement poignants.

Chacune des treize pistes est ensuite introduite à la mode sound system par la voix puissante et rocailleuse de Father Wee Pow qui fait ici le deejay à grand renfort de « Hear dis » et de punchlines en patois jamaïcain dont seuls les yardies ont le secret!
Plus loin, ces mêmes morceaux sont savamment saupoudrés d’extraits d’interviews de ces chanteurs qui se confient chacun sur leur passé, leur enfance ou leur philosophie pour de longs samples qui dialoguent avec des extraits suspendus de refrains ou de couplets des chansons d’origine pour un résultat bluffant et audacieux…

Imaginer un processus aussi complexe et précis sur différents niveaux de superposition vocale et sonore n’est pas étonnant de la part de Brain Damage qui produit l’un des dub les plus conceptuel et cérébral qui soit depuis ses débuts. Mais le réaliser si proprement en est une autre, bien plus périlleuse. C’est pourtant le cas ici de la première à la dernière des 47 minutes qui composent cet album sur lequel strictement rien n’est laissé au hasard.

« Résultat radicalement dub » 

Dans la lignée des légendaires ingénieurs du son jamaïcains, King Tubby, son disciple Scientist ou King Jammy, Martin Nathan réalise là un véritable album de studio. Avec toute la technique et la précision qu’offre un studio de production classique couplée à cette audace de composition décrite plus haut. Le résultat est radicalement dub et encore plus dub que Walk the Walk dont le producteur parlait en ces termes dans une interview de présentation du premier volet de son projet : « Pour les Jamaïcains, le reggae, ce n’est pas ça, c’est joué avec un certain feeling par des instrumentistes… Moi, je suis à vingt mille bornes de ça… Je bosse avec un ordi, je fais de la synthèse… Je programme toutes les parties musicales, j’en joue certaines…  » (regardez l’interview complète de Martin Nathan ici).

Sur Talk the talk, le dub maker va donc encore plus loin dans le processus pour donner sa propre définition du dub. Un dub très abouti grâce un mix d’une justesse inouïe, à la fois respectueux de ses pairs et presque traditionnel, mais aussi complètement décomplexé dans les remixs proposés. C’est bien là la grande force de Brain Damage, sur cet album encore plus que sur les précédents : respecter les racines du genre, pour aller creuser toujours plus profond et amener le dub toujours plus haut. Talk the talk n’est pas seulement un bon album de dub, c’est un album radicalement carré (ou carrément radical) dont le perfectionnisme plaira sans conteste aux férus des fondations de cette musique comme à ceux qui préfèrent ses ramifications les plus modernes. Tout simplement magistral.

Emmanuel « Blender ». 

Talk the talk est sorti en LP vinyle, CD et DVD vendredi 21 octobre sur le label Jarring Effects.

* Gagnez cinq exemplaires CD de Talk the talk en partageant cette chronique sur Facebook et en envoyant un mail à musicalechoes@gmail.com avec la mention « concours Brain Damage » en objet. 

Tracklisting :

1- Youts Dub feat Horace Andy
2- Mama Dub feat Horace Andy
3- Fyah Dub feat Willi Williams
4- Pray Dub feat Willi Williams
5- Lion Dub feat Winston Mc Anuff
6- Birthday Dub feat Winston Mc Anuff
7- Vamp Dub feat Kiddus I
8- Grandma Dub feat Kiddus I
9- Walk the Dub feat Ras Michael
10- Love Dub feat Ras Michael
11- Music first Dub feat Sam Clayton
12- Humpty Dumpty Dub feat Stephen Stewart
13- Garden of Dub.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- « Lion Dub » feat Winston Mc Anuff,
2- « Garden of Dub »,
3- « Birthday Dub » feat Winston Mc Anuff.

Regardez les 8 épisodes de Walk the Walk the story ici :

Écoutez trois morceaux de Talk the talk ici :