Iration Steppas en live : « Les riddims entendus ce soir-là m’ont entêté pendant des années ! »

SOUVENIRS. A l’approche du Télérama Dub Festival #14 qui s’ouvre à Paris ce samedi 29 octobre avec notamment une création inédite entre Iration Steppas live et O.B.F sound system, le fondateur de « Musical Echoes » se souvient de son premier concert de la formation anglaise en live. C’était il y a dix ans déjà à Montpellier et c’était pour lui une grosse claque musicale… Récit.

Dennis Rootikal, à la basse pour Iration Steppas lors du Télérama Dub Festival #11 à Paris.

Dennis Rootikal, à la basse pour Iration Steppas lors du Télérama Dub Festival #11. Photo archive M.E. 2013.


C’était le 14 avril 2006, il y a plus de dix ans déjà. À l’époque, j’écoutais déjà Iration Steppas depuis plusieurs années, mais je n’avais pas encore eu la chance de les voir jouer. Alors en stage au quotidien Montpellier Plus, j’avais pu annoncer le concert par un article basiquement intitulé « Du gros dub made in UK ». Mon premier papier sur un concert dub, ça ne s’oublie pas.

La petite salle de l’Antirouille était peut-être pleine ce soir-là, en tout cas bien remplie de ce mélange hétéroclite entre étudiants, petite communauté rasta locale, fans de reggae et curieux en tout genre. Je me souviens de la décontraction avec laquelle Dennis Rootikal et le chanteur Tena Stelin sont montés sur la petite scène. Le premier coiffé d’un turban d’où sortaient des immenses locks qui descendaient au-delà des genoux, le second d’un chapeau d’où s’échappaient également des dreads plus courtes et plus fines. C’est peu dire que ces deux-là avaient une classe naturelle et un certain aura!

Dans un tout autre style, Mark Iration en imposait également. Physique massif, habillé d’un pantalon de camouflage militaire, bandeau et lunettes de soleil relevées sur le front, l’homme semblait déborder d’énergie comme une pile électrique inépuisable. Invectivant sans cesse les ingénieurs du son comme le public, sautant dans tous les sens derrière sa console tout en remixant en live ses propres titres et en reprenant les refrains au micro…

Je me souviens des sound checks interminables sur les premiers titres où Mark réclamait toujours plus de volume dans son micro. De ces longues introductions inquiétantes au synthé sur lesquelles se mettait doucement en place une rythmique progressive et hyper cadencée. De ce skank tranchant répondant à un kick de batterie puissant et martelant et surtout, de cette basse imparable. La basse jouée live and direct par Dennis Rootikal qui arrive sur le morceau comme une libération et électrise toute la salle.

Amenées une précision chirurgicale, les lignes de basse démarraient parfois plus de deux minutes après le début des morceaux et provoquaient de véritables déflagrations dans le public en transe à mesure que la musique se radicalisait. Chaque tune, à l’image du concert, était une lente, mais irrémédiable ascension rythmique qui terminait invariablement par un dialogue saturé entre la batterie et la basse, provoquant l’hystérie voire le chaos dans la foule (voir ici ou ici). Sourire jusqu’aux oreilles, Mark jubilait et criait alors : « Drum and baaass » avant de lâcher un sonore « Montpellier, ça vaaa?! » avec son accent à couper au couteau.

Mais l’homme pouvait aussi se montrer plus dur comme lorsqu’il coupa net le son en plein milieu d’un morceau pour engueuler vertement un spectateur qui filmait le concert. Je me souviens de son regard intransigeant et de sa grosse voix qui criait : « No videotape, it cost ! », en mimant le signe de l’argent avec le bout de ses doigts. Une scène cocasse quand on sait que Mark Iration passe aujourd’hui son temps à filmer tout ce qui bouge en session avec sa tablette…

« Irrépressible envie de skanker dans tous les sens »

Un incident qui m’avait fait reculer de quelques mètres pour mieux me cacher dans la foule alors que j’enregistrais le live avec un attirail des plus modeste et discret : de simples écouteurs branchés sur un minidisc qui sortaient de mon col. Même si j’ai malheureusement perdu le contenu ce disque depuis, plusieurs riddims entendus ce soir-là m’ont entêté pendant plusieurs années et l’identité de certains me restent encore totalement inconnus.

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Iration Steppas en live, lors du Télérama Dub Festival #11, fin novembre 2013, au Centquatre de Paris. Photo archive Musical Echoes 2013.

Ce concert reste mémorable et fut une véritable claque musicale. Rarement une musique live ne m’avait parlé comme le stepper d’Iration Steppas. Certains de mes amis, pourtant férus de reggae et de dub, trouvent que la musique d’Iration Steppas manque de chaleur et reste trop « métallique » et dure. Pour moi, c’est l’une des musiques les plus abouties qui existe avec ces sonorités radicales qui agissent à la fois au niveau cérébral tout en donnant une irrépressible envie de danser, de skanker dans tous les sens. La basse est tellement puissante qu’elle s’accroche presque naturellement au bassin alors que les fréquences plus hautes pénètrent méthodiquement dans la tête pour ne plus en sortir.

Iration Steppas en live, c’est une arme de destruction massive. Comment rester de marbre à l’écoute de rythmiques aussi puissantes que celles de « Locks » ou « Rastadub » (écoutez ici et ici), deux titres joués ce soir là et qui étaient sortis deux ans auparavant, sur l’album Dubz from de Higher Regionz signé sur le mythique label Dubhead.

L'album Dubz from the Higher Regionz, sorti en 2004. Un must.

L’album Dubz from the Higher Regionz, sorti en 2004. Un must.

La musique d’Iration Steppas a certes peu à voir avec le roots de Kingston des Seventies, mais c’est pourtant bien la même énergie sauvage et libératrice qui s’en dégage et le même message qu’elle véhicule. A la différence qu’elle est produite aujourd’hui à Leeds, une ville du Nord de l’Angleterre, où le reggae originel amené par les immigrés jamaïcains s’est progressivement adapté à son époque et à son nouvel environnement, plus dur et bien moins ensoleillé. On appelle ça le warrior style tout simplement.

Finalement la seule chose qui faisait un peu défaut ce soir là, c’était de la puissance sonore, le manque de décibels puisque le live était sonorisé par la sono « classique » de la salle. Mais ça, je m’en suis aperçu un peu plus tard. En août de la même année (2006), au Ja’Sound festival de Bagnols-sur-Cèze quand j’ai revu Iration Steppas. En sound system cette fois, avec Channel One et Jah Tubby’s pour une autre bonne claque musicale…

Ce samedi au Télérama Dub Festival, Iration Steppas partage cette fois l’affiche avec O.B.F et son sound system pour une création inédite spécialement conçue pour le festival où la puissance sonore ne devrait donc pas manquer et pendant laquelle des remixs exclusifs et des morceaux composés conjointement seront joués. Alors même après une dizaine de sessions d’Iration Steppas, je frémis d’avance à l’idée de recevoir de nouvelles déflagrations steppa/dub sur un tel sound system !

Emmanuel « Blender ».

Télérama Dub Festival #14. Samedi 29 octobre, 19h-04h45. Les Docks de Paris, 50 avenue du Président Wilson, La Plaine Saint-Denis, Aubervilliers (93). 31,90 €.
Plus d’infos ici : http://teleramadubfestival.fr

* Gagnez 4 places pour cette soirée et 4 tee-shirts Télérama Dub Festival ici :
Répondez par mail (à musicalechoes@gmail.com) à cette question : « Quel chanteur accompagne le plus souvent Iration Steppas en live ? ». Likez également cet article et partagez le sur votre profil facebook en mode « public ». Les huit mails les plus rapides avec la bonne réponse gagnent une place ou un tee-shirt.

Le line-up de la soirée ici :

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Retrouvez la création inédite O.B.F vs Iration Steppas live à Paris, mais aussi à Bordeaux, Lyon, Besançon, Marseille et Toulouse dans le cadre du Télérama Dub Festival #14 :

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Retrouvez des extraits vidéo du concert d’Iration Steppas à Montpellier en 2006 ici :


Écoutez un long extrait d’une session d’Iration Steppas et d’O.B.F au Dub Camp 2016 ici :