Télérama Dub Festival #14 : des créations qui assurent et quelques valeurs sûres !

Contrairement aux éditions précédentes, la date parisienne du Télérama Dub Festival était la première du festival, samedi 29 octobre dernier. Avec pour la première fois, trois espaces différents et une programmation très éclectique répartie sur près de dix heures de musique pour ceux qui sont restés toute la nuit. Bilan artistique de l’événement en trois volets : les deux créations du festival, les valeurs sûres du dub, mais aussi quelques jolies découvertes…

O.B.F et Iration Steppas pour la première date de cette création inédite. Photo : Tom Tsoham.

O.B.F et Iration Steppas pour la première date de cette création inédite. De gauche à droite, Rico et Mark Iration chacun sur leur console et Dennis Rootical à la basse. Photo : Tom Tsoham.

Les créations inédites du festival :

Lee Perry, 80 ans et toujours aussi excentrique.

Lee Perry, 80 ans et toujours aussi excentrique.

 ◊ Lee Perry & Subatomic Sound :
Honneur au doyen de la soirée, l’inénarrable Lee « Scratch » Perry, génie du dub et indirectement à l’origine de toutes les bonnes musiques samplées actuelles. L’idée était ici de fêter les quarante ans de son album mythique Return of the Super Ape en compagnie du Subatomic Sound de New York, avec un DJ, un saxophoniste et le mythique Larry Mc Donald aux percussions. Commençant à chanter à 23h15 alors qu’il n’était encore qu’en coulisses, l’Upsetter entre ensuite sur scène, paré de ses plus beaux habits : veste de général à épaulettes dorées, casquette ornée de badges sur cheveux orangés et plus de bagouzes qu’il n’a de doigts. A 80 ans, le Jamaïcain exilé en Suisse, alterne le chant d’une voix un peu faiblarde et les discours plus ou moins intelligibles. Si sa performance vaut d’abord par le symbole immense qu’il représente, sa gestuelle scénique reste dynamique comme lorsqu’il demande aux filles du public de « shake, shake, shake » … Surtout, la musique qui l’accompagne a su préserver ce tempo lent et très lourd du reggae d’antan avec ce petit groove en plus apporté par les percussions et le saxophone, impeccables tous les deux. Un live un peu irréel, comme un rêve en apesanteur, au milieu d’une programmation beaucoup plus énervée. Écoutez le début du live ici. 

◊ O.B.F sound system VS Iration Steppas (live) :

Une partie du sound system d'O.B.F réparti en trois stocks ce soir-là.

Une partie du sound system d’O.B.F réparti en trois stacks ce soir-là.

Sur le papier, c’était LA session à ne pas louper de la nuit! Le « big thing » de la soirée, le clash mémorable entre le sound system français le plus warrior et son mentor anglais, l’autoproclamé « Vangard of Dub ». Alors quand à 2h45, un jingle robotisé annonce la session, une grande partie des 2500 personnes se presse dans le O.B.F hall pour la toute première de cette expérience musicale.
Rico d’O.B.F et Mark Iration chacun devant leur propre console remixent à tour de rôle des titres (d’O.B.F ou d’Iration) déjà remixés au préalable. Dennis Rootical à la basse épaule Mark tandis que l’opérateur Guillaume veille sur le sound system d’O.B.F, réparti cette nuit-là en trois murs de trois scoops. Dans un hall immense et très haut de plafond, un quatrième stack n’aurait d’ailleurs pas été de trop et permis de faire un carré complet autour du public. Le rendu sonore était donc trop juste pour un tel événement avec notamment un net déficit de basses fréquences, ce qui est rare quand c’est le sound system d’O.B.F qui s’en charge!
Malgré ces problèmes techniques, le principe de la session reste quand même génial et entendre Mark remixer la magnifique « General dubplate » de Michael Rose, lui donnant un tour plus warrior, est un vrai plaisir. Rico n’est pas en reste et fait aussi étalage de ses talents de remixeur en proposant par exemple une lecture totalement revisitée du hit d’Iration, « Killimanjaro » en forme d’hommage au sound system de Leeds, précisant que ce titre a été composé il y a déjà 25 ans (écoutez ce remix ici).

Nombre de titres d’O.B.F sont également totalement retravaillés comme les terribles « Mandela », « Wicked haffi run », « United we stand » ou encore « Babylon » feat. Troy Berkley, amené très loin par Mark Iration. Si certains mixs s’éternisent un peu et font dépasser la session d’une bonne demi-heure (1h45 au lieu des 1h15 prévu) et que quelques réglages sont forcément hésitants pour cette première, cette « dub experience » aussi inédite qu’originale n’a pas déçu. Et même si selon plusieurs échos, elle était encore bien meilleure lors des autres dates du TDF, notamment les dernières à Marseille et à Toulouse. Logique!

Les valeurs sûres de cette édition :

◊ Zion Train :
Groupe pionnier de la scène UK sub depuis 1990, Zion Train n’est pas si rare en France, mais son sound system, le Abassi Hi Power l’est beaucoup plus. Neil Perch ne l’a pas ramené de Cologne en Allemagne pour rien puisqu’il sonorisait tout un hall cette nuit-là et que c’est ce crew qui a eu la plus large horaire pour s’exprimer de 1 heure du matin à 4 heures sans compter le petit warm up.

Une partie du Abassi

Une partie du Abassi Hi Power sound system de Zion Train.

Il se dégage tout de suite de leur session une ambiance irrémédiablement chaleureuse et festive : en grande forme, le MC vétéran Dubdadda est convaincant au micro tandis que Neil Perch enchaîne les remixs de ses plus gros hits en les retriturant dans tous les sens live and direct ! Le tout est bonifié par de merveilleux cuivres joués en live : une trompette et un trombone qui sont la marque de fabrique de Zion Train. Dès le départ, les sélections sont tranchantes et explosives comme sur un maître remix du riddim Kunta Kinte. Le son est parfaitement réglé et rond à souhait et les productions oscillent toujours entre un dub/steppa survitaminé et des sonorités plus jungle voire tribal. Une très belle session qui prouve qu’un tempo élevé n’est pas incompatible avec des mélodies de qualité. Quant à la sonorisation impeccable, elle rappelle à nos oreilles que l’expérience en sound system (plus de 30 ans) fait ici toute la différence.
Écoutez 2h05 de la session ici.

◊ Dub Dynasty :
Jouant juste avant Zion Train, de 23h30 à 01h, Dub Dynasty était au complet avec Ben « Alpha Steppa » à la sélection, sa tante Christine « Omega » à la basse et Jonah Dan au micro et aux percussions. Désormais bien rodé, le trio a assuré et c’est tout sauf une surprise. En l’espace d’une heure et demi, Dub Dynasty a joué ses classiques comme « Black Rose », « Footsteps », « Thundering Mantis » ou encore « We got Dub » sur lequel Jonah Dan se pose avec conviction! Mais ce n’est pas tout, les Anglais donnent aussi à entendre le magnifique « Violin Step » remix et quelques titres du dernier album d’Alpha & Omega featuring Ras Tinny comme la nouvelle version du « Watch & Praise » ou le tristement d’actualité « Every Human is a Refugee ». Ben toujours concentré et inspiré à la sélection, Christine toujours habitée par sa monstrueuse basse et Jonah Dan, plus mordant que d’habitude, ont donc produit une très belle session sur laquelle plane toujours un aspect très mystique et fédérateur. Reste qu’à l’exception de deux ou trois titres, cette dernière a peu évolué par rapport à celle du Dub Camp de l’été dernier…
Écoutez 1h de la session ici

◊ OnDubGround :
A force d’enchaîner les lives, le trio live dub de Tours, n’est plus à ranger parmi les découvertes malgré leur programmation précoce au sein du line up de la soirée, dès 21h15. Car OnDubGround en live, c’est une véritable machine de guerre qui ne ressemble à rien de connu : basse, batterie électronique, machines et parfois mélodica joué par Art-X. Voilà les ingrédients pour retourner une salle en un rien de temps! Flirtant souvent avec le dubstep, sans jamais vraiment s’y engouffrer, le dub des Tourengeaux est ingénieux, moderne et bien dansant. Peut-être que tourner avec un vrai MC ou un chanteur, leur permettrait d’étoffer encore plus leur show et de multiplier en tout cas les interactions avec un public facilement conquis ce soir-là?

◊ Jahtari & Roger Robinson :
Cela fait un moment qu’on voit Jahtari et son fondateur Disrupt en session et son reggae laptop tout digital commençait sérieusement à lasser avec des sonorités toujours marrantes, mais pas forcément toujours indispensables. Mais force est de constater que le producteur allemand a su renouveler son live : les versions sont plus profondes et il n’est plus tant question de balancer le maximum de sonorités laptop que de travailler les rythmiques dans la profondeur comme le fameux cuss cuss riddim que Disrupt réussit à booster en basses fréquences, un vrai tour de force. Autre belle surprise, le chanteur Roger Robinson et sa diction très décomposée à la LKJ, se pose parfaitement sur instrumentaux dans un style qui flirte avec le dub poetry. Malgré quelques petits larcens à répétitions, ce live très deep dub était finalement plutôt plaisant!

L'Allemand Disrupt de Jahtari et le chanteur Roger Robinson.

L’Allemand Disrupt de Jahtari et le chanteur Roger Robinson.

On a vu aussi :

Programmés juste après le warm up dans le Zion Train hall, le boss du label Hammerbass et son artiste emblématique, Fedayi Pacha rebaptisé Selecta Pacha pour l’occasion, jouent devant une poignée de danseurs seulement. C’est dommage car les deux acolytes jouent un panel représentatif du catalogue de ce label de dub pionnier en France mais pas seulement : l’énorme version de Jah Warrior du « Jah Golden Throne » de Peter Broggs ou encore le « Cure them » de Pilah et Joe Pilgrim…

Jean-Seb du label Hammerbass (à gauche) et Fedayi Pacha.

Jean-Seb du label Hammerbass (à gauche) et Fedayi Pacha ont ouvert les hostilités dans le Zion Train hall.

Prenant la suite au même endroit et toujours dans un relatif anonymat, Voodoo Tapes fait vite basculer le hall dans une ambiance deep et feutrée, proposant un dub électro minimaliste très influencé par Rythm & Sound. Un live sympa, mais pas idéal pour bouger donc.

Assurément plus rythmé était le show du francilien Manudigital, qui succédait à Lee Perry dans le hall sonorisait par O.B.F, y compris les concerts. Le riddim maker est entouré d’une armée de chanteurs (Bazil, George Palmer, Peter Youthman, Taïwan MC) de niveau inégal et son live part dans tous les sens, donnant parfois l’impression d’être un peu brouillon. Il faut attendre l’apparition de l’immense Joseph Cotton pour que l’ambiance ne décolle véritablement. Le temps pour Manudigital de passer à la basse et envoyer quelques rythmiques bien lourdes pendant que les vocalistes se font tourner le micro en mode sound system!

Derrière, RSD ne s’encombre d’aucun préliminaires et envoie une bass music puissante et contagieuse. Rob Smith sait bien comment retourner un dancefloor et la fin de son set est aussi l’apogée de la nuit en matière de bpm : c’est la folie dans le O.B.F hall juste avant la rencontre tant attendue entre le sound system français et Iration Steppas.

Moresounds au contrôle dans le Grolsch Corner.

Moresounds au contrôle dans le Grolsch Corner.

En parallèle, sous le chapiteau baptisé Grolsch Corner (sponsor oblige) dédié à la bass music, le Parisien Moresounds se fait plaisir dans sa sélection et gratifie le public d’un maître remix du classique « Cannabis » de Bushman (écoutez ici) entre deux morceaux plus instrumentaux. Prenant la suite, le Québécois Poirier enchaîne pour sa part des titres de gros dancehall qui secouent bien l’assistance. On apprécie la précision du mix de l’un des seuls artistes du soir qui prend le temps de caler les morceaux les uns avec les autres en vrai DJ et non pas en « simple » selecta.

Enfin, autre découverte, le duo NS Kroo a ouvert cette édition dans le Grolsch Corner et l’a également refermée dans le O.B.F hall pour une petite demi-heure. Le temps pour le crew genevois de se démarquer avec des sélections dub electro et une last tune qui met tout le monde d’accord à 4h45 : la bombe « Mono/Poly Dub » sortie tout récemment sur Stand High Records (écoutez ici). Sur cette dernière, le chanteur Pupajim, pas au programme du line up, s’empare du micro comme un affamé et clôture la nuit par des lyrics tonitruants mêlant improvisation aux paroles du titre « Riddim Rider ». Un imprévu bienvenu au cœur d’une nuit musicale bien rodée dont les meilleurs moments restent finalement toujours les surprises!

On n’a pas pu voir : Panda Dub, Jay Glass Dubs, OM Unit et Egoless.
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Reportage : Musical Echoes.
Textes et enregistrements : Emmanuel « Blender » / Photos : Tom « Tsoham ». 

Écoutez un extrait de la session d’O.B.F VS Iration Steppas ici :

Écoutez un extrait de la session de Dub Dynasty ici :

Écoutez un extrait de la session de Lee « Scratch » Perry & Subatomic Sound ici :

Galerie de photos : 

L'extérieur du O.B.F hall.

La façade extérieure à l’entrée du O.B.F hall.

 

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A l’intérieur du O.B.F hall, magnifique scénographie signée Kazy.

 

Le plus stack de la soirée était sur les murs...

Le plus gros stack de la soirée était sur les murs…

 

L'extérieur du Zion Train hall.

L’extérieur du Zion Train hall.

Câbles et connectiques dans le Zion Train hall.

Câbles et connectiques dans le Zion Train hall.

 

Une table bien chargée, les artistes vont-ils s'y retrouver?

Une table bien chargée, les artistes vont-ils s’y retrouver?

 

Le producteur italien Voodoo Tapes à l'oeuvre avec son dub électro minimaliste.

Le producteur napolitain Giovanni Roma aka Voodoo Tapes à l’oeuvre avec son dub électro minimaliste.

 

Jahtari feat. Roger Robinson, toujours dans le Zion Train hall.

Jahtari feat. Roger Robinson, toujours dans le Zion Train hall.

 

Dub Dynasty avec Christine d'Alpha & Omega

Dub Dynasty avec Christine d’Alpha & Omega à la basse, Ben « Alpha Steppa » à la sélection et Jonah Dan, au chant.

 

Ben Alpha Steppas à la sélection pour Dub Dynasty.

Ben « Alpha Steppa » à la sélection pour Dub Dynasty.

 

Neil Perch de Zion Train

Neil Perch de Zion Train et l’un des musiciens de sa section cuivre!

 

Live très expérimental pour Jay Glass Dubs dans le Grolsch Corner, juste après Panda Dub.

Live expérimental pour Jay Glass Dubs dans le Grolsch Corner, juste après Panda Dub.

 

Lee Perry et The Subatomic Sound avec notamment,

Lee Perry et Subatomic Sound dans le O.B.F hall avec notamment, Larry Mc Donald aux percussions.

 

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L’Upsetter et son groupe ont notamment repris les titres de l’album Return of the Super Ape, sorti il y a 40 ans!

 

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Le producteur légendaire, alterne passages chantés et parlés sans trop se soucier des réactions du public.

 

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Lee « Scratch » Perry et ses parures. Même le micro est « customisé ».

 

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Eric (à gauche) est à la sélection pour Subatomic Sound.

 

L'immense O.B.F hall n'était pas plein et c'est tant mieux pour les danseurs!

L’immense O.B.F hall n’était pas plein et c’est tant mieux pour les danseurs!

 

Rico et Mark Iration, chacun devant leur console pour la deuxième création inédite de la nuit.

Rico O.B.F et Mark Iration, chacun devant leur console pour la deuxième création inédite de la nuit.

 

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Dennis Rootical accompagnait Mark Iration avec son énorme basse!

 

Iration Steppas live.

Iration Steppas live, toujours ravageur!

 

Point d'orgue de la soirée, la rencontre artistique et non le clash entre O.B.F et Iration Steppas!

Point d’orgue de la soirée, la rencontre artistique et non le clash entre O.B.F et Iration Steppas!

 

Rico à la sélection, Guillaume à l'opération pour O.B.F sound system!

Rico à la sélection, Guillaume à l’opération pour O.B.F sound system!

 

L'opérateur contrôle les niveaux de la control tower.

L’opérateur contrôle les niveaux de la control tower du sound system et notamment des préamplis (à gauche).

 

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Comme souvent en session,  Mark Iration filme le public avec son téléphone…

 

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Le Canadien Poirier aux platines.

 

Le producteur Egoless, venu de Zagreb en Croatie, a pour sa part conclut la nuit dans le Zion Train hall.

Le producteur Egoless, venu de Zagreb en Croatie, a pour sa part conclu la nuit dans le Zion Train hall.

*Reproduction des photos interdite sans accord.