Chronique EP : « Behind the Road » de KSD & interview de K-Sänn Dub System

Récemment, une courte vidéo accompagnée d’un dub tranquille et mélodieux annonçait la sortie d’un EP intitulé « Behind The Road » de KSD sur Brigante Records. Ni une ni deux, « Musical Echoes » vous fait découvrir ce disque qui sort des sentiers battus et publie à la suite, l’interview de son concepteur, K-Sänn Dub System qui évoque notamment ses inspirations pour ce projet à part.

A musique minimaliste, artwork minimaliste.

A musique minimaliste, artwork dépouillé.

Derrière l’abréviation KSD se cache K-Sänn Dub System que les dubheads connaissent plutôt pour ses sons stepper. C’est donc sous un nom de scène différent que l’artiste, également ingénieur du son de Panda Dub, produit un dub éthéré et poétique.
L’album s’ouvre sur le très beau « The Dunce ». Ce dub un peu bruitiste reprend le fil tracé à l’époque dans Short Cuts de Brain Damage. C’est un dub « à ambiance » en quelque sorte qui va se développer tout au long de ce bel album. Cette ambiance, c’est celle des autres que l’artiste cherche à retracer dans Behind The Road comme en témoigne « Refugees » avec Daman ou encore « Equality ».

L’album se poursuit avec le flamboyant « Further ». Une voix douce accompagne une basse hyper appuyée, sans être trop lourde. La boucle remplit parfaitement son rôle hypnotique. Enfin, l’album se conclut sur « Duty of Memory ». En 2’25 minutes, KSD produit un dub plein de nostalgie à la fois très accessible et d’une profondeur rare.

Sorti chez Brigante Records, le label de Biga Ranx qui poursuit dans la promotion d’une musique dub électro renouvelée, d’une grande modernité, cet EP est une curiosité à ne pas louper. KSD met la barre très haut avec un album personnel et plein de sincérité.

*Behind the Road est sorti exclusivement en numérique sur Brigante Records

Tracklisting :

1- The Dunce
2- Refugees feat. Daman
3- Equality
4- Further
5- Duty of Memory.

Le coup de ♥ du chroniqueur : « Further ».

Regardez le teaser de l’album ici :


Interview de K-Sänn Dub System : « Franchement je me demande si c’est du dub… »

Musical Echoes : Salut, est-ce que tu peux te présenter ?

K-Sänn Dub System : Salut, je m’appelle Samuel, euh… C’est toujours un peu compliqué de répondre à ce genre de questions sans parler de travail car c’est ce qui nous identifie vachement dans notre société… Pour le coup je ne m’en sors pas mal. Mon taf est une passion, donc je suis compositeur et technicien son. Il m’arrive de mixer et masteriser quelques projets mais je passe surtout une grosse partie de mon temps sur la route en tournée.

M.E. : Qu’est-ce qui t’as poussé à produire un autre style que du stepper ? 

Sam K-Sänn dans le train, là où il a principalement composé ce dernier EP...

Sam K-Sänn dans le train, là où il a principalement composé ce dernier EP…

KSD : Rien ! Depuis le début de mes aventures musicales, je produis d’autres choses que du stepper, je me rappelle des premiers morceaux diffusés chez Culture Dub, certains étaient clairement stepper, d’autres étaient clairement inspirés par Ezekiel (groupe français inclassable formé à Tours en 1993 et toujours en activité NDLR).

Ça fait donc environ quatre ans que je meurs d’envie de sortir d’autres choses sous un autre nom, un truc nouveau dans lequel je sors des recettes traditionnelles du sound system. Un style de dub plus musical et chargé en émotion, car pour moi j’étais incapable de retranscrire certaines émotions dans du stepper !

De plus l’arrivée de ces nouveaux labels comme Brigante Records ou encore Mad Decent ouvrent de nouvelles perspectives au reggae et au dub, ce qui m’a agréablement surpris !

Du coup mes « créations étranges », cachées dans les placards trouvaient enfin une place ! Et il en reste plein de créations étranges cachées dans le placard.

M.E. : Et pourquoi un dub électro dans ce style ?

KSD : Franchement parfois je me demande si c’est du dub, mais j’aime appeler ça du « Future Dub » … Je ne voulais me mettre aucune barrière quand j’ai composé l’EP, donc tout s’est imposé à moi, de la configuration technique minimaliste, aux lieux de composition jusqu’au style… Après je vais être honnête ça fait quelques années que je n’écoute plus vraiment de dub. Bien sûr je me suis fait l’album d’OBF et d’Alpha Steppa, je ne suis pas totalement cramé !

Je suis plutôt un grand fan de James Blake, the XX, Abra, SBTRK ou encore Lorn c’est ce genre de truc que tu trouves chez moi en vinyle ou sur mon phone… Mais clairement je me suis forcé à rien, si je voulais un kick trap , un skank, jouer du piano, je le faisais. Je rêvais de vocalises donc j’ai chanté, et ma chérie a chanté les parts principales de « Further » et « Equality ». A aucun moment, je n’ai utilisé un autre micro que celui de mon Mac, que ce soit pour enregistrer des ambiances ou ma voix quand je faisais des vocalises (« Further », « The Dunce », « Refugees », « Duty of Memory »), même ma chérie a chanté dans le micro du Mac pour « Further » et « Equality », seul Daman à enregistré son vocal chez lui à Paris !

Bref pas de limites. Dans tous les cas, je ne me suis jamais dit « il faut que ça sonne dub ou autre chose », je ne voulais aucunes frontières !

M.E. : Quelles ont été tes inspirations pour un album comme celui-ci ?

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L’outil de composition…

KSD : À l’époque j’étais en tournée comme technicien son pour Panda Dub, donc cette EP a été composé presque uniquement dans des gares, trains, bus (dans « Refugees », on entend le bus en fond sonore sur l’intro). L’inspiration vient réellement des regards croisés dans les gares. Franchement, dans une gare, tu vois de tout, toute les populations se croisent, cohabitent et certaine fois rentrent en contact, c’est ce qui m’est arrivé à Paris.

Le mec, « Fredo » et ses cicatrices, son oeil de verre, m’aborde et me demande : « est-ce que tu crois au soleil ? ». Je n’ai pas compris sur le moment, mais une discussion surprenante a eu lieu. Il ne m’a jamais taxé, et on a parlé quelque fois ensemble à Montparnasse ! Un jour à la gare de Bordeaux, j’étais assis à une table en train de manger et une dame d’un âge inconnu s’est assise en face de moi. Elle a claqué sa bouteille de rouge sur la table et elle m’a regardé avec des yeux vides de sens. Je lui ai dit bonjour et lui est demandé si elle avait besoin de quelque chose. Elle ne m’a pas répondu, elle me regardait fixement avec sa gueule ridée et démontée, ses yeux perdus dans un monde que je ne connaissais pas…

Le temps s’est arrêté quelques secondes et il ne s’est rien passé, mais je me souviendrai toujours de cette gueule, de ces yeux, j’étais désarmé face à elle. Je n’ai pas vu seulement la misère, j’ai vu aussi la solidarité, l’amour, et beaucoup de rires et de sourires. Il faut essayer de ne pas s’arrêter à la première impression dans ce genre de lieux… Donc c’est tout ça qui m’a inspiré, un condensé de la vie dans des espaces restreints… La vie, quoi !

Chronique et interview réalisées par Nico. B.