Chronique : « The Shift » de Stand High Patrol

Troisième album de Stand High Patrol, The Shift est sorti dans les bacs fin mai. Délaissant le dub/stepper habituel, le crew breton rend hommage à ses premières influences, à savoir le hip hop des années 90 pour un résultat déconcertant. Deux chroniqueurs de « Musical Echoes » vous livrent leurs premières impressions à l’écoute de cet OVNI musical…

The Shift Cover Low

Kazy signe encore un artwork remarquable, plus épuré qu’à l’accoutumée.

 

Le contexte :

Deux ans et demi après A Matter of Scale, plus de cinq ans après leur premier opus, Midnight Walkers, Stand High revient dans les bacs avec un nouveau contre-pied musical. Total cette fois, puisque The Shift tourne le dos au dub pour se consacrer au « boom bap ». Ce sous-genre du hip hop qui régnait en maître au début des années 90 à New-York notamment et dont les beats se construisaient irrémédiablement de la sorte : un « boom » pour le kick de batterie et un « bap » pour le snare (le son de la caisse claire), avec un coup de « hi-hat » (la paire de cymbales) entre les deux. Le tout associé à une lourde basse. KRS One, A Tribe Called Quest ou encore Nas (…) rappaient alors sur ce genre d’instrumentaux qui symbolisent aujourd’hui le hip hop old school de la East Cost. 

Près de 25 ans plus tard, le genre est remis au goût du jour par les quatre Bretons qui y ajoutent cependant leur touche toute personnelle. D’abord une forte influence jazzy (trompette sur de nombreux morceaux, saxophone sur un autre ou encore samples de contrebasse…) renforcée par le mixage et le mastering de l’album au Kerwax studio. Un studio d’enregistrement analogique perdu dans les Côtes d’Armor (22), où les machines d’époque, confèrent à l’album une tessiture sonore particulièrement chaleureuse. Notamment les bandes d’enregistrement magnétiques bien audibles sur tous les morceaux du disque…

L’avis de Nico B : 

The Shift, le son d’une époque ? Oui mais quelle époque ? Celle de 2083, comme dit la chanson d’ouverture : « We are out of the map / We must think out of the box ».  L’album est une exploration de l’espace des possibles. Celle des « cymbals », des beats hip-hop, des envolées jazz et des lyrics. L’inspiration est ancienne, le « Tribute to tha Originators » est là pour le rappeler. Mais l’album n’est pas qu’un tribute.
Toutes ces inspirations donnent aussi lieu à un « unknown territory » comme le dit le superbe « My Research ». Ce morceau parle du travail du chercheur, son travail quotidien du laboratoire, de la collecte des données et de leurs traitements, mais pourquoi ? Pupajim nous parle de la curiosité insatiable de comprendre le monde dans toute sa complexité grâce à la science, à la fois sérieuse et mystérieuse, et sa méthode à la fois rigueur et création. L’album est aussi celui de notre époque. L’album évoque la nature et sa transformation, mais aussi ses plaisirs à préserver notamment en chantant les plaisirs de la cuisine dans « Dinner Time ». Tout amateur de vins et de bons plats se verra en train de réfléchir à sa recette et aux vins qui pourraient l’accompagner.

L’avis d’Emmanuel « Blender » :

« Versatile is the style of the Stand High posse », lâche Pupajim en plein cœur de « Easy Rider », morceau qu’il porte sur ses épaules sans lâcher le mic une seconde. Dans un flow haletant, progressif et entêtant, le MC ne chante pas, il bouffe le beat dans une boulimie de mots et de rimes jusqu’à reprendre les lyrics de « riddim rider », le meilleur morceau hip hop du groupe jamais sorti. Un pur track de hip hop où le MC big up toute sa famille musicale sur des boucles boom bap et des nappes de synthé typiques des 90’s…
La mue vers le hip hop de Stand High, déjà entrevue lors des derniers concerts, est ici totalement assumée. Elle est d’ailleurs expliquée un peu plus tard sur « Tribute to tha Originators » où Pupajim met en parallèle le développement du ragga/hip hop à Londres et à New-York en citant bon nombre d’influences du crew sur une boucle terrible entre deux samples de contrebasse…
Quelle claque musicale! Ces arrangements jazzy soyeux, ces cuivres souverains joués ou samplés, ces beats bien gras qui s’incrustent dans la tête et tournent en boucle… Ces lyrics acérés qui font mouche à tous les coups qu’ils soient légers comme sur le positif « Dinner Time » ou plus graves comme sur les percutants « Lobbies Daily Hobbies » ou « The Shift », manifeste contre la marche forcée du monde et son point de non retour.
Le basculement entre le dub et le hip hop old school n’était pas évident, pour ne pas dire casse-gueule. SHP le franchit easely pour livrer son album le plus abouti, le plus libre musicalement et finalement le plus cohérent. Un must porté tant par le souffle du verbe du MC que par celui des bandes magnétiques d’enregistrement dont le rendu s’apprécie à l’évidence bien mieux sur un vinyle. Une histoire de souffle encore une fois.

* The Shift est sorti le 26 mai 2017 en LP, CD, K7 et digital sur Stand High Records. 

Tracklisting (LP) :

Face A
1 – News From 2083
2 – The Shift
3 – My Research
4 – Watching The Drizzle
5 – Lobbies Daily Hobbies

Face B
6 – Easy Rider
7 – After The Rain
8 – Tribute To Tha Originators
9 – Kazy Blues
10 – Dinner Time

Le top 3 tunes de Nico B  :
1- « My Research »
2- « Lobby Daily Hobbies »
3- « Easy Rider ».

Le top 3 tunes d’Emmanuel « Blender » :
1- « Easy Rider »
2- « Tribute to tha Originators »
3- « The Shift ».

Écoutez « Tribute to tha Originators » ici :

Écoutez « My Research » ici :

Retrouvez toutes les paroles de l’album ici :
http://standhighpatrol.com/the-shift-lyrics/