Bordeaux Dub School #10 : 24 scoops sonorisent 1900 skankers pour une danse mémorable !


La nuit du samedi 9 septembre 2017 fera date dans le petit milieu du sound system français et plus encore pour les massives bordelais. Organisée par le Wandem sound system, la Bordeaux Dub School avait mis les petits plats dans les grands pour cette dixième édition en invitant Dub Dynasty, Maasai Warrior et Blackboard Jungle muni de son sound system complet. Soit 24 scoops, rien de moins. Récit.

Six murs de quatre scoops chacun sont disposés en demi-cercle pour cette session de rentrée. Une première en intérieur pour la France.

Ce ne sont pas moins de 1900 skankers, parfois venus de loin voire de l’étranger, qui se sont rassemblés dans la salle de l’Espace du Lac, au nord de Bordeaux (33) pour ce qui s’annonçait comme LA session sound system de la rentrée en France et même au-delà.

Nous rentrons un peu en avance dans la salle et comme annoncé, Blackboard Jungle a décidé de répartir sa sono en 6×4 scoops ! Le tout est parfaitement disposé en arc de cercle dans cette grande salle qui ressemble à un immense gymnase. Le plafond est relativement haut et la pression sonore pas encore si forte finalement, en tout cas « jamais au-dessus des 105 db » comme l’ancienne réglementation l’exige, selon les organisateurs. Sauf à avoir la tête collée dans les stacks, évidemment…

Petite originalité, la soirée est déguisée, les bénévoles et quelques habitués sont parés de leurs plus beaux costumes !

C’est à 22 heures précises que Nico, le selecta de Blackboard Jungle, en costume de capitaine de marine enclenche la sono et les premières tunes, pour un warm up tranquille avec pas mal de classiques. On passe ainsi de Bob Marley (« Roots Rock Reggae ») à Max Romeo (« Chase the devil »). De quoi aisément contenter les premiers (jeunes) massives qui se collent devant les basses. Jonah Dan (MC de Dub Dynasty comme souvent), est venu jouer des percussions pour trouver l’inspiration et peut-être passer le temps jusqu’au passage du crew anglais.

« Au centre des 6 stacks, notre estomac tremble » 

Après vingt bonnes minutes de classiques populaires, Nico, le « Captain of his Ship » comme il se surnomme, décide de lâcher les basses sur « Nice Time » Don Carlos ! Frissons garantis ! Au centre du demi cercle formé par les six stacks, les basses sont si concentrées qu’on a du mal à avaler notre bière tellement notre estomac tremble.

La salle se remplit tout doucement car une seule file d’attente a été mise en place mélangeant préventes et sur place.

23 heures, c’est la fin du warm upLord MC Oliva a posé sa voix sur quelques versions et Lix, le tromboniste du Wandem vient jouer sur quelques titres. C’est désormais l’heure de Dub Dynasty avec Christine Woodbridge qui s’installe discrètement dans un petit coin de la scène.

Ben Alpha Steppa est derrière son ordinateur pour la sélection, et contrôle ensuite depuis sa fameuse petite table de mixage portative.

Ils sont accompagnés à l’animation de Jonah Dan,un vieil ami de la famille, vétéran de la scène anglaise et de Mahakwe Wadike, jeune chanteur originaire du Nigeria et membre de la formation lyonnaise, Nai Jah.

L’envers du décor.

Le set commence par quelques unes des tunes de référence de Dub Dynasty comme « Monsoon Come » de Ras Tinny, le « Blessed Ethiopia » feat. Wellette Seyon ou encore la version dub de « 9 Years » de Ciann Fin. Ils finissent enfin de chauffer le public avec le fabuleux unreleased « Arise » de Nish Wadada sur le riddim de « Seek Freedom » de Dub Dynasty.

Le public est aux anges, et les deux DJ peuvent s’en donner à cœur joie pendant encore une bonne heure. On retiendra la sublime performance live de Nai Jah sur « The Time Has Come », son titre sorti récemment sur l’album 3rd Kigdom d’Apha Steppa. Et Dub Dynasty de finir en beauté avec un remix fou de « Rig Vega », titre phare de leur dernier album, Holy Cow.

« Maasai Warrior ne fait pas dans le détail »

Il est déjà 1h30 du matin quand le duo made in Bristol, Maasai Warrior, vient prendre le contrôle du sound, avec Nico qui garde un œil (gentiment suspicieux) sur la control tower. Les deux compères anglais ne sont en effet pas réputés pour baisser les niveaux lors de leur passage.

Durant la première demi-heure, le crew ne fait pas dans le détail et enchaîne les morceaux à succès tels que « Wisest Song » de Indica Dubs ou encore « Mandela » de Mr Williamz produit par O.B.F. Les massives rentrent au pas de course de la smoking area ! Pas de répit. La salle est comble et il devient difficile de se faufiler dans la danse. La soirée n’est pas sold out mais ce sont presque 2000 danseurs qui sont réunis dans la salle.

Paul Maasai devant la control tower égale danger ! En opérateur expérimenté, Nico de Blackboard Jungle ne s’y trompe pas.

Viennent ensuite leurs propres productions avec « Like a Warriyah » de Joseph Lalibela puis un peu plus tard, « Come Down Jah » de Isaiah Mentor. Les versions sont interprétées avec puissance par le vétéran Paul, toujours aussi énergique et bavard au micro alors que Jermel (Kai Dub) se montre plus posé à la sélection.

Encore quelques duplates, un ami de Bristol (Range) qui vient poser sa voix et une dernière tune de feu « Find Jah Way » de Gorgon Sound et c’est déjà l’heure pour Blackboard Jungle de reprendre le contrôle de sa sono et achever ainsi un public de connaisseurs pas encore tout à fait rassasié.

Il est un peu plus de 03h30 quand les Normands reviennent. Une baisse de bpm, une légère augmentation du volume sonore et c’est reparti avec une version de « Running Away » d’un dénommé Bob Marley ou encore le titre « Rasta Nuh Gangsta » de Samory I.

MC Oliva va ensuite pas mal enchaîner au micro sur les versions, tandis que Nico sélectionne précieusement ses CD gravés et ne joue presque plus que des morceaux exclusifs.

A 5 heures, les lumières se rallument. Nous n’avons pas vu l’heure défiler et l’on aura même le droit à treize minutes de rab, avec Far East qui fait une apparition remarquée à l’aide de son mélodica virtuose et provoque les vivats de la foule.

Blackboard conclut ensuite avec iSt3p et le méchant « Bass Therapy » qui donne sa pleine mesure sur la sono à fond ! Un stepper bien entêtant qui ne demande qu’à être sorti et dont le titre prend ici tout son sens tant les basses ont vibré fort toute la soirée. (Regardez la vidéo par Luc As ici).

Un ultime remerciement au Wandem qui organisait la soirée et la sécurité nous raccompagne gentiment vers la sortie.

La fête se termine dans la matinée sur le parking pour les plus motivés et ceux qui sont venus de loin. Malheureusement l’état déplorable du parking rempli de déchets ternit un peu le retour. Ce n’est bien sûr pas ce qu’on retiendra de cette magnifique session, mais ces incivilités sont contraires à l’état d’esprit de la musique proposée cette nuit-là et du sound system en général. À moins de considérer ce dernier seulement comme une discothèque géante en oubliant toutes les valeurs qu’il véhicule.

Reportage : NTon (textes et photos) et JC Boze (textes) pour Musical Echoes.
Enregistrements audio à venir ! 
(Mise en forme et précisions : E.B.)

Regardez notre galerie de photos de la session ici (cliquez pour agrandir et faire défiler) :