Chronique LP : « Liberation Time » de Brain Damage meets Harrison Stafford

Liberation Time, c’est l’opus de la rencontre entre le producteur Brain Damage et Harrison Stafford, chanteur emblématique du groupe américain Groundation. Il est sorti le 20 octobre sur le label lyonnais Jarring Effects et trois chroniqueurs de « Musical Echoes » se sont penchés dessus pour vous livrer leurs premières impressions. En toute subjectivité, mais en toute honnêteté. Run it

L’album Liberation Time est sorti le 20 octobre sur le label Jarring Effects.

L’avis de Samuel Bagla :
De retour après Walk the Walk, son précédent album qui faisait la part belle au thème de la jeunesse sur des couleurs roots avec des légendes jamaïcaines, Martin Nathan aka Brain Damage continue son tour du monde, son tour des thèmes et propose de parler de paix et d’amour. En ces temps enclins aux conflits, cet album insuffle un bol d’air frais qui replace le reggae comme une musique à la fois militante, pacifiste et vecteur de bonnes vibrations. Les compositions fourmillantes de détails et les variations intéressantes aboutissent ainsi à une collaboration qui paraît évidente dès les premières mesures.

Les envolées mélodiques, les expérimentations comme la Slide Guitar type Weissenborn (comme celle de Ben Harper) sur Liberation Time sont légion et permettent d’apporter une réelle richesse, une profondeur de champ dans la composition, soutenant sans problème les textes du chanteur, piste après piste. Sans oublier le bruit des cloches et skanks granuleux typiques du style Brain Damage.
Harrisson Stafford, quant à lui se livre à cœur ouvert dans ses paroles, parlant de ces chanteurs, combattants de la paix et de la justice, Bob Marley, Peter Tosh, Burning Spear sur le morceau au titre évocateur « Singing Soldiers ». Evoquant l’éducation, thème qui lui est cher sur « Liberation Time » et même la loyauté sur « Stand By Me », il se permet quelques envolées lyriques et une petite surprise pour le public français sur le titre « Harrison Hello » que vous aurez plaisir à découvrir.

L’avis de Emmanuel « Blender » :
Refrain bateau, paroles mièvres chantées sur un ton enfantin, riff rock forcé, le fan (trop) exigeant de Brain Damage reste dubitatif à l’écoute du premier titre éponyme de l’album : « Liberation Time ». Du grain à moudre pour les pourfendeurs du reggae qui n’auront ensuite plus rien à se mettre sous la dent. Car cette impression de « déjà entendu » est immédiatement balayée par tous les morceaux suivants. « Everyone a Christ » est une merveille où les paroles fortes et courageuses du chanteur californien sont portées par une composition subtile et progressive. Un hymne unificateur où Harrison Stafford n’a pas peur de forcer sa voix, faisant un atout de son timbre nasal.

«  Une rencontre de haute volée qui fera date » 

« Singing Soldiers », « Rebel Music », « Raw Talking Rebels » ou encore « Pick Up Yourself » (et ses choeurs géniaux) sont du même acabit et dégagent beaucoup d’émotion tant par le chant que par une écriture musicale toujours aussi carrée, mais diablement ingénieuse. L’empreinte du producteur stéphanois est bien là : dans cet étirement des morceaux, ses effets dub plein de finesse (mais jamais superflus), cette impression constante de progression, martelante et implacable à l’instar du kick systématique de « Stand By Me » qui accompagne et contrecarre un chant de plus en plus libre et brut.
Comme si le verbe et le riddim, se répondant sans cesse dans des jeux de cache-cache, s’appuyaient finalement l’un sur l’autre pour amener cette musique encore un peu plus loin et la libérer de tous ses carcans. Réussir à produire un reggae tout à la fois intimiste mais sauvage, respectueux de ses pairs mais novateur, est une sacrée prouesse en 2017. En cela, Liberation Time porte bien son nom : la puissance qui s’en dégage est libératrice pour l’auditeur ! Et Jah Jah en est moins responsable que la musique divine qu’il continue d’inspirer depuis un demi-siècle.

L’avis de Nico.B :
Un tel album est vraiment compliqué à décrire tant il forme un tout d’une maîtrise absolue. Les morceaux sont tous fort différents les uns des autres mais s’enchaînent à la perfection. Avec ce nouvel album, Brain Damage renoue, après de certes très bons albums mais plus classiques sur la forme, avec les sommets atteints avant son virage roots. En réécoutant les anciens albums (comme Burning Before Sunset), on reconnaît la grande permanence créative de Brain Damage et un équilibre entre certaines lignes dures des origines du producteur et la chaleur de l’inspiration roots de ses dernières sorties comme sur « Everyone a Christ » ou dans un style plus frénétique, sur « Stand By Me ».
Par ailleurs, ce dernier morceau illustre bien l’intégration réussie de la voix si particulière d’Harrison Stafford dans les compositions, comme celles-ci sont portées par le chant du vocaliste américain (comme sur « Baby »). Bref, si le talent des deux artistes n’était plus à démontrer, c’est une rencontre de haute volée qui fera date.

Liberation time de Brain Damage meets Harrison Stafford est sorti en CD, vinyle et digital, le 20 octobre 2017 sur le label Jarring Effects.

Tracklisting :  

Harrisson Stafford (à gauche) et Martin Nathan.

1- Liberation Time
2- Everyone A Christ
3- Singing Soldiers
4- Rebel Music
5- Harrison Hello
6- Stand By Me
7- Baby
8- Raw Talking Rebels
9- Pick Up Yourself
10- Open Up.

Le top 3 tunes de Samuel Bagla :

1- Raw Talking Rebels
2- Liberation Time
3- Stand By Me.

Le top 3 tunes de Emmanuel « Blender » :

1- Everyone a Christ
2- Rebel Music
3- Stand By Me.

Le top 3 tunes de Nico B. :

1- Everyone a Christ
2- Baby
3- Pick Up Yourself.

Le top 3 tunes des lecteurs et lectrices de « Musical Echoes » :

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Écoutez les morceaux « Rebel Music » et « Raw Talking Rebels » ici :