Outlook festival #10 : festival pluvieux, festival heureux !

Outlook Festival a lieu chaque été sur les bords de la mer Adriatique à Pula, en Croatie dans les vestiges du fort Punta Christo. Cette année, l’événement se déroulait du 6 au 11 septembre et revêtait une saveur particulière puisque le festival fêtait ses dix ans d’existence. Férue de bass music, de dub et de sessions en tout genre, Virginie s’y rendait pour la quatrième fois et raconte sa riche expérience  pour « Musical Echoes ».

Bienvenue à l’Outlook, festival dédié à la bass music parmi les plus pointus du continent. Ils se déroule dans et autour d’un fort du 19e siècle. Photo : Samuel Kirby.

Il est clairement impossible de tout voir et même de respecter le programme qu’on essaie de se faire tant bien que mal, tellement la programmation est riche (voir le line up complet en bas de l’article). Parfois, en chemin pour une scène en particulier, il est tout à fait possible de se faire happer par le son d’une autre, sans presque s’en rendre compte !

Cette année, nous avons eu la chance de voir, sur la Clearing, la scène dédiée aux lives, le Jamaïcain Horace Andy, avec sa voix très douce, presque adolescente, qui garde toujours une énergie et une justesse dans sa prestation. Mais aussi les Gentleman’s Dub Club qui ont lâché un live mythique le samedi soir (la bande joue d’ailleurs à La Bellevilloise le 2 novembre). La performance sur scène du chanteur, Jonathan Scratchley est hors-norme tant par sa manière de danser, ou plutôt de vivre la musique, il est habité par elle, que par sa voix ! Puis évidemment, les musiciens qui forment à eux tous une sorte de grande famille, en communion avec le public autour de l’amour du dub. À noter aussi la présence au micro de Parly B, Lady Chann et Eva Lazarus, rien que ça.

Toujours samedi, mais un peu plus tard dans la nuit, cette même scène a aussi accueilli le fameux label dubstep DMZ (Digital Mystikz), du nom de ce label anglais fondé par Mala et Coki, avec un énorme set de Mala en back to back avec Loefah (il manquait quand même Coki). Cela n’était pas gagné car une coupure due à  l’orage a eu lieu, juste avant… Mais la musique a repris assez vite, et la pluie n’a pas découragé les gens malgré des conditions défavorables. Les platines ont dû être recouvertes d’une bâche mais ça n’a pas entaché en rien le plaisir d’écouter la crème du dubstep. Sûrement l’un des plus grands moments de cette édition 2017 !

La scène Mungo’s Arena, quant à elle, se situe dans le fort, entre les murs très hauts en pierre et est sonorisée par le sound system des Mungo’s Hifi, venu de Glasgow. De nombreux artistes comme les Stand High Patrol, Von D, Disrupt (fondateur du label Jahtari) ou encore Dub Dynasty ont joué dessus. Une fois de plus, Christine (du duo mythique Alpha & Omega) avec sa basse et Alpha Steppa (son neveu, et oui c’est une histoire de famille), ont proposé un live de qualité dès le premier soir. Ce dernier a démarré sur les chapeaux de roues avec une succession de sélections maison ! Même chose du côté de The Bug dont le morceau mythique, « Poison Dart » prend tout son sens en live et sous la pluie. Son côté dark collait parfaitement avec cette ambiance de (presque) fin du monde.

« Le bateau n’était pas loin de se retourner ! » 

Mungo’s Hifi feat. Charlie P ou encore Iration Steppas feat. Murray Man et Speng Bond étaient bien évidemment de la partie pour finir en beauté le dimanche soir et c’est toujours un plaisir de voir ce joyeux bazar sur scène, avec tous leurs copains derrière la scène en train de skanker en même temps que nous ! Family vibes.

À noter quand même une petite déception pour une autre coupure de son (dès le premier soir !) à cause de l’orage au cours de la soirée du Label ZamZam Records… Jack Sparrow n’a pas pu jouer à l’heure prévue et certains ont raté la fin, pensant que cela s’arrêterait là, alors que le concert a finalement repris son cours avec les plus vaillants…

Cadre idyllique pour l’Outlook qui se situe à Pula, à l’extrême nord de la Croatie, au bord de l’Adriatique.

Ce festival a aussi le grand avantage d’être au bord de la mer, la plage devient alors elle-même une scène appelée tout naturellement The Beach, pour les fameuses Beach Parties. Elles sont sonorisées cette fois par le system des Dub Smugglers, venu de Manchester. Quoi de mieux que de faire la teuf dans ces conditions en maillot de bain même si cette année, il fallait alterner avec le K-way ?
Cadre magnifique, pieds dans le sable, Mai Tai délicieux, sound system parmi les meilleurs et programmation éclectique, voilà le meilleur cocktail pour avoir envie d’arrêter le temps !

On a notamment pu y voir la légendaire Dawn Penn pour un concert ensoleillé, plein de sourires et d’émotions comme lors de l’interprétation de son morceau mythique « You Don’t Love Me (No,No,No) », classique parmi les classiques, au panthéon des morceaux de reggae les plus repris ! C’est d’ailleurs impressionnant de voir à quel point les Anglais (qui composent la très large partie de l’audience) ont une vraie culture musicale : chaque morceau est repris en choeur, chaque petite note introductive provoque une réaction immédiate du public !

Le sound system mancunien Dub Smugglers sonorise les beach parties, où les danseurs ont les pieds dans le sable.

La scène The Void, sonorisée par le system du même nom, a également vécu son lot de moments mythiques comme la soirée du Label DEEP MEDI le vendredi soir, avec des sets tous aussi fous les uns que les autres ! Celui du producteur établi à Istanbul, Gantz, a particulièrement séduit avec une grande leçon de dubstep. Mais le label londonien s’est également illustré à travers une autre particularité de ce festival : une boat party dédiée (à bord d’un bateau donc), en petit comité (150 à 200 personnes environ), avec la crème de la crème des artistes du label pour un moment privilégié le samedi après-midi. Truth au complet, Gantz, Compa, Jack Sparrow, Kahn, Commodo, en invité surprise Bukez Finezt et bien sûr le fondateur et boss du label, Mala ! Chaque artiste jouait deux tracks chacun avant de laisser la place au suivant pour un exercice pas facile mais réussi haut la main ! Two fi two style.
Le bateau n’était donc pas loin de se retourner pendant la session. Car pour avoir sa place, il faut plusieurs mois avant l’événement, être connecté à un moment bien précis avec des billets qui peuvent partir en dix minutes chrono… Autant dire que les gens qui s’y retrouvent ne sont pas là par hasard. Ce sont de vrais fans et ça se ressent dans l’intensité du plaisir partagé.

« Le corps ressent la musique jusque dans les os » 

Autre grand moment à ne pas oublier, le live du tout jeune MC de Camden, Ocean Wisdom, sur la scène The Stables. Un concert assez court d’environ 45 minutes, mais un hip-hop de haut vol avec des inspirations parfois jungle, dub, ou encore grime. Quel que soit le style, le jeune artiste anglais assure avec un flow impressionnant. 

Si la grande majorité des artistes venaient du Royaume-Uni, les Français n’étaient pas en reste. Ils nous ont gâtés avec des sets soignés et énergiques. Que ce soit sur la scène Ballroom, complètement circulaire, ou sur la scène The Dungeon, dans l’antre du fort, les Français ont envoyé du lourd à l’instar de Ajam et Raxx (Forever Dnb), Jah Tovo, Hanuman Jr et Soza (Bass Paradise), BRK (Future Skankerz – Hyperactivity Music) ou encore Doomcat et Kid Francis (Future Skankerz – Turntable Basstaz)…

Au final, il y a peu très peu de festivals comme celui-ci qui représentent aussi largement la bass music, tant au niveau de la programmation que de la sonorisation des lives. Chaque scène bénéficie en effet d’un très bon sound system et à chaque fois, le corps ressent la musique jusque dans les os !


Ce festival est d’ailleurs une aventure qui commence quelques mois avant par les Launch Parties un peu partout en Europe qui font grandir l’impatience. Ensuite arrive enfin le concert d’ouverture, le premier soir dans les arènes de Pula, quatre jours complets du festival et enfin, les after les jours qui suivent pour les plus résistants (de vrais warriors en vérité), de quoi se prendre une bonne grosse dose de son et de basse et être paré pour la rentrée !

« Croatia Croatiaaa ! », comme le crient à l’unisson artistes et festivaliers depuis maintenant dix ans.

Reportage : Virginie B. pour « Musical Echoes » / Photos : Nic Media. 

Le line-up 2017 ici : 


* Plus d’infos sur l’Outlook festival ici.