Chronique : « High Tone remixed : dub to dub » / « En 2000, mon premier concert d’High Tone » (souvenirs)

À la veille de l’édition parisienne du Télérama Dub Fesitval où High Tone fête notamment ses 20 ans d’existence, décryptage de la dernière release du groupe. Ou plutôt inspirée par le groupe, car la compilation High Tone remixed, sortie au début du mois sur ODG Prod propose 13 remixes de titres de la formation lyonnaise qui a ouvert son catalogue à la dite « nouvelle génération ».

Tout dubhead français connaît High Tone, ce groupe pionnier et singulier du dub français. Et quiconque connaît High tone aujourd’hui se rappelle de la première fois où il a entendu sa musique, vu l’un de ses concerts (voir ci dessous). Improvisators Dub, Kaly Live Dub, Zenzile, High Tone… Ces mythiques crews ont su importer et populariser le dub, et même créer l’identité de ce qui sera et restera le dub français : le live dub. Les acteurs de ces projets viennent tous d’horizons différents, depuis le punk jusqu’à la scène rave party en passant bien entendu par le reggae… C’est ainsi que le dub français est né hybride et c’est bien là sa grande force.

Pour fêter dignement leurs 20 ans, les Lyonnais ont souhaité « faire un truc sympa ». Le mélange des genres étant dans leur ADN, l’idée de proposer aux nouveaux talents du dub de remixer les morceaux de leur choix est apparue assez naturellement. Le projet réunit donc des artistes de divers horizons, allant de Mayd Hubb à Rakoon. Le nuancier est complet et présente une large palette de ce que propose le dub français (et européen) aujourd’hui.

Avec douze titres plus un bonus et autant d’artistes, cette compilation est généreuse. Le travail de digging des artistes a été impressionnant puisque les remixes traversent les âges, et c’est avec plaisir qu’on retrouve des morceaux issus des premiers comme des derniers albums. Si les morceaux d’origine sont clairement intemporels, les remixes proposés sont quant à eux vraiment dans l’air du temps. La patte de la nouvelle génération est facilement identifiable, et certains remixes nous feraient presque douter des souvenirs que l’on a des versions originales.

« Remixer les remixes ? » 

La tradition d’hybridation est respectée : certains morceaux restent dans le dub, d’autres poussent jusqu’à la bass music à l’instar du bon dubstep un poil grime du Panda Dub sur son remix bien barré de « Raag Step »… Bien sûr on accroche plus ou moins aux partis pris des artistes selon nos propres sensibilités, mais tous les compositeurs semblent avoir joué le jeu à fond en proposant des remixes plutôt différents et en tout cas, très travaillés.

Certains morceaux nous proposent même une véritable nouvelle lecture de la piste originale (Le superbe remix de « The Orientalist », « All this things », « Rubadub Anthem »…), d’autres seront plutôt des réinterprétations ou des « mises à jour » (« Afraid of Nothing » ou encore le « Glowing Fire » de Full Dub), qui complètent les versions originales sans les concurrencer.

Le remix périlleux de « Enter the Dragon », morceau emblématique et clivant d’High Tone (ou aime, on déteste) supporte par contre assez mal la comparaison avec son aîné, malgré des qualités évidentes. Cette version prend peu de risques et tire vers une version rave. Un versant justement déjà exploré par High Tone en live il y a quelques années dans une version beaucoup plus extrême et longue, toujours issue de la mouvance « rave party ». Le remix de « Dirty Urban Beat », quant à lui, propose une composition techno déconstruite. La version originale allait justement déjà chercher dans la déconstruction, mais elle recollait les morceaux dans un final audacieux et explosif, ce qui n’est pas vraiment le cas ici.

Reste que dans l’ensemble, toutes ces expérimentations sont bienvenues et apportent chacune leur petite pierre à un bel édifice. En libre téléchargement, cette compilation (produite par la maison AFTRWRK) mérite donc largement qu’on s’y arrête, qu’on se l’approprie, voire même qu’on la remixe pour poursuivre dans cette belle logique… Outre l’envie de l’écouter et de la réécouter, elle invite surtout à se replonger dans l’imposante discographie d’High Tone, soit 20 ans de défrichage sonore audacieux et de dub ingénieux comme finalement assez peu de producteurs arrivent à en faire aujourd’hui avec leurs seules machines.

Alex P. 

Tracklisting : 

1- Ondubground : The Orientalist remix

2- Panda Dub : Raag Step remix

3- Mahom : Rubadub Anthem

4- Alpha Steppa / Dub Dynasty : Urban Style remix

5- Jacin : Zentown remix

6- Adi Shankara : All this Things

7- Radikal Guru : Until the Last Drop

8- Dub Engine : Train to Psychovania

9- Tetra Hydro K : Enter the Dragon

10- Mayd Hubb : Afraid of Nothing

11- Rakoon : Dirty Urban beat

12- Full Dub : Glowing Fire

13- Bonus : Alpha Steppa, Urban style ft. Martin Campbell.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- « Glowing Fire remix »,
2- « Train to Psychovania remix »,
3- « All this Things remix ».

Le top 3 tunes d’Emmanuel « Blender » : 

1- « Zentown remix »,
2- « The Orientalist remix »,
3- « Raag Step remix ».

Écoutez et téléchargez High Tone Remixed – dub to dub ici : 

High Tone Remixed – Dub To Dub


Regardez ici le teaser de la compilation avec notamment les souvenirs du premier concert d’High Tone des différents artistes : 

 


« En 2000, mon premier concert d’High Tone… »

High Tone en concert, à La Paloma de Nîmes, le 21 mars dernier 2014. Crédit photo : Camille Desmé.

Souvenirs. La première fois que j’ai vu High Tone, c’était en 2000, à Nantes. Je ne me souviens plus de la date exacte, mais c’était en début d’année ou peut-être au printemps pour la tournée consécutive à la sortie de leur premier album, Opus Incertum.

Le groupe avait joué à l’Algodon, un petit café-concert latino dans le quartier de la gare SNCF, qui a aujourd’hui disparu. Le PAF était de 30 francs et une cinquantaine de personnes tout au plus devaient assister à ce live qui nous marqua à tout jamais. Une claque musicale inouïe et le début d’une aventure qui court toujours.

Rarement, une musique n’avait résonné avec autant de force en moi. C’était donc ça le dub d’High Tone ! Ce batteur torse nu, frénétique, presque possédé auquel répondait une basse d’une lourdeur incomparable… Des skanks de guitare ciselés, des samples de fou furieux sortis de films obscurs et des scratchs assassins d’une précision chirurgicale…

Je me souviens précisément du moment où le groupe a entamé le morceau « Ohm ». De ces prières de moines tibétains qui introduisent le track avant de laisser place à une rythmique reggae implacable relancée par des samples de génie et un scratch minimaliste, mais terriblement efficace. Avec mes potes présents ce soir-là, nous sommes instantanément tombés amoureux de ce morceau qui fut notre « hymne » pendant au moins toute l’année qui suivit. Malheureusement et en dépit de hurlements à s’en casser la voix, nous ne l’avons ensuite jamais réentendu sauf pour un concert à l’Olympic, toujours à Nantes, en décembre de la même année avec le groupe dub-rock francilien complètement barré, Lab°, en première partie.

« Nous n’écoutions pas seulement du dub, nous étions le dub »

Je me souviens aussi de ces images projetées derrière la scène. Notamment celle d’une femme voilée au regard sombre, les mains pleines de henné qui apparaissait pendant « The Orientalist ». Ces vidéos scotchantes rajoutaient quelque chose de mystérieux, voire mystique, à une musique à la fois profonde, brute et complètement sauvage.

Ces rythmiques totalement déconstruites et destructurées qui retombaient toujours sur leurs pattes étaient déjà les nôtres. Celles d’une génération à peine majeure, désireuse de tester et de repousser ses limites. Pour certains, c’était le surf ou le foot, pour nous, c’était le dub. Il nous comblait et nous suffisait presque. Nous n’écoutions pas seulement du dub, nous étions le dub et formions avec lui un grand tout dans lequel nous avions enfin une place, une identité. Un moyen d’expression libre et ouvert où chacun piochait ce dont il avait besoin selon ses influences et affinités (reggae, rock, hip hop, musiques électroniques…). Cela peut paraître futile, mais à 17 ou 18 ans, c’est déjà beaucoup ! Cette musique était alors pour nous, un formidable exutoire.

Le lendemain du concert (qui se tenait bizarrement un dimanche), nous étions allés acheter sans attendre le CD d’Opus Incertum à la FNAC. Ce disque a tellement tourné depuis qu’il est aujourd’hui rayé de toutes parts et est devenu complètement illisible. Racheté heureusement en vinyle depuis, c’était le premier d’une très longue série qui, 17 ans plus tard, ne demande qu’à s’étoffer davantage.

E.B. 

Gagnez 2 places pour le Télérama Dub Festival #15 de Paris, ce samedi 25 novembre : pour tenter votre chance, likez et partagez cette publication sur facebook et commentez directement l’article sur le site « Musical Echoes » en renseignant votre mail. Racontez-nous très brièvement vos premiers souvenirs d’High Tone (concert ou premier disque ou autres…). Deux commentaires seront tirés au sort et leurs auteurs prévenus par mail ce vendredi soir.

♦ Écoutez une sélection 100% vinyles réalisée pour les 20 ans d’High Tone ici :

Le plateau du Télérama Dub Festival #15 ici :