Olive (BoomBoom Collective) : « L’important à nos yeux est de jouer, pas de construire et d’accumuler des enceintes qui restent dans un garage ! »

SOUND SYSTEM INTERVIEW. Ce samedi 11 novembre marque la rentrée des Paris Dub Session à Paris, lancées il y a plus de trois ans maintenant. Cette 14e édition met ainsi à l’honneur le BoomBoom Collective, sound system résident de ces danses qui a invité ses amis pour l’occasion, notamment les producteurs Bredrin Records et Mr Zebre… Pour l’échauffement, Olive, l’un des membres historiques du collectif a répondu à nos questions sur le sound system, l’atmosphère des sessions et les artistes programmés ce samedi…

Skankers devant le BoomBoom Collective sound system lors d’une PDS. Photo : Tom « Tsoham ».

Musical Echoes : C’est déjà la 14e Dub Session ce samedi 11 novembre. Depuis trois ans, le BoomBoom Collective les a quasiment toutes accompagnées non ? Vous êtes devenu le sound system résident de ces danses…

Olive : Oui, je crois qu’on en a fait 11 sur les 14 ! On peut dire que notre collaboration avec l’asso One One Six qui organise les Paris Dub Session est plutôt constructive et on est vraiment heureux qu’ils nous fassent confiance depuis tout ce temps.

« En Angleterre, quand Shaka ou Channel One jouent dans un bar, personne ne s’offusque. » 

M.E. :  Pour ceux qui ne connaissent pas encore ses sessions, comment tu décrirais leur ambiance, leur état d’esprit ?

O. : C’est une très bonne question car on s’est vite rendu compte que le lieu qui nous accueille (le Glazart) n’est pas très en phase avec l’image généralement véhiculée par le mouvement sound system en France… En Angleterre, quand Shaka ou Channel One jouent dans un bar, personne ne s’offusque mais en France, c’est plus compliqué et fortement teinté d’ethnocentrisme. Pourtant, les fameuses Blues Parties qui ont vu émerger les premiers sound systems en Jamaïque étaient des fêtes informelles où les gens dansaient simplement sur une musique qui ne passait pas à la radio. Le rhum et la Red Stripe y coulaient à flot et ça finissait souvent en bastons voire en règlements de compte entre bandes rivales… Et ça il ne faut pas l’oublier !

Partant de ce constat on a orienté nos sélections sur un style assez deep et ruff pour que le public puisse venir en session comme il irait en club : pour la danse, pour évacuer tout le stress de la semaine, pour partager des bonnes vibes, des sourires et des rencontres toute la nuit… Et musicalement, on ne fait aucune concession, c’est vraiment des pures soirées sound system culture mais plus à l’image des Subdubs à Leeds (Angleterre) ou des Dubquake à Genève (Suisse).

Et quand on nous invite à jouer ailleurs, on s’adapte on en profite pour jouer des trucs plus « légers » car cette orientation musicale est devenue vraiment propre aux PDS et marque vraiment leur spécificité ! D’ailleurs, l’orientation musicale est si marquée que des projets sont en cours pour fixer ça sur support et en laisser une trace…

Olive au micro lors de Paris Dub Session #8. Crédit : Tom « Tsoham ». 

M.E. : Pour cette affiche, c’est un plateau très local avec Mr Zebre, Bredrin Records et Junior Roy, peux-tu nous les présenter un peu mieux ? C’est vraiment « la famille » pour vous comme on dit dans ce milieu ?

O. : Oui, on est très heureux et surtout très fiers qu’ils aient acceptés de venir partager cette session avec nous ! C’est quand même le gratin de la production dub hexagonale.

Bredrin Records est un duo de producteurs originaires de Bourgogne avec un style résolument orienté dub/stepper mais bourrés de créativité et d’influences qui n’hésitent pas à repousser les limites du genre. Ils sont joués par les plus grands noms du milieu depuis des années et ils commencent peu à peu à sortir de l’ombre car humainement, ils sont aussi sympas qu’ils sont humbles. On les a rencontrés il y a déjà 3 ou 4 ans et c’est à chaque fois un plaisir de les croiser, d’échanger avec eux et de jouer leur musique. Alors on voulait les faire venir depuis un moment et leur première sortie sur leur label était une occasion à ne pas manquer.

Et petite info toute fraîche (puisque même les organisateurs ne sont pas encore au courant) : samedi ils seront accompagnés de la chanteuse Yas, (basée en Allemagne NDLR), avec qui ils collaborent en ce moment…

Mr Zebre est un artiste « local » qui a réalisé un tour de force en émergeant depuis l’étranger où il résidait. On l’a rencontré pour la première fois, l’année dernière lors du Paris Summer Festival… Il était programmé sur la scène extérieure mais on l’a croisé dans les loges et il finit la soirée avec nous à faire rugir la sono lors du dub fi dub et on s’est régalés !

Là on s’est dit qu’il fallait le refaire venir en mode sound system car on aime beaucoup ses productions mais derrière les platines, il ne joue pas que des morceaux à lui, il sélecte et ça on aime aussi !

En plus, il viendra avec Masala (FootPrint System) qui l’accompagnera au micro et à la flûte… C’est un autre activiste de la scène dub parisienne, qu’on apprécie beaucoup et qu’on a reçu avec FootPrint il y a quatre ans ! Quand la famille invite la famille…

Enfin, Junior Roy est un jeune chanteur qui baigne depuis son l’enfance dans le milieu des sound systems. Mais il s’implique lui aussi sur des projets transversaux avec d’autres orientations musicales (voir SYPD) et ce qui en fait un artiste versatile qu’on a hâte d’accueillir pour la première fois à nos côtés et de faire découvrir à notre public !

« Cela prend du temps de construire une sono, mais ça en prend encore plus d’apprendre à la régler pour en tirer le meilleur »

M.E : Votre sound system est l’un des plus performants de la place parisienne. Peux-tu nous le décrire brièvement ? Quand a-t-il démarré ? A-t-il évolué dernièrement ? Quel rendu sonore privilégiez-vous ?

O. : Merci pour ton retour, ça fait très plaisir car on s’est vraiment beaucoup investis pour avoir une sono à la hauteur des artistes qu’on accueille et des salles qu’on sonorise.

On a commencé ce projet en 2008 et pendant six ans je crois qu’à chaque session, on avait un truc nouveau ; un filtre, un effet, un préamp, un bass bin puis deux, puis 2 scoops, puis des bas médiums puis 4 scoops, puis un autre préamp… Bref, la « soundsystemite aiguë » quoi !

Mais en définitive, on s’est toujours adaptés à la taille des sessions qu’on avait à sonoriser… L’important à nos yeux est de jouer, pas de construire et d’accumuler des enceintes qui restent dans un garage !

Les évolutions techniques se sont néanmoins stabilisées ces dernières années car on a atteint un niveau de qualité dont on se satisfait mais on continue à travailler sur le rendu, le calage et les réglages… Cela prend du temps de construire une sono mais ça en prend encore plus d’apprendre à la régler pour en tirer le meilleur. Et là-dessus les rencontres avec tous les artistes accueillis et leurs retours nous ont beaucoup aidé… C’est précieux.

Le sound system complet actuel du BoomBoom Collective.


M.E. :
Vous avez maintenant 6 scoops, pourquoi ne pas répartir votre sound en deux murs de 3 pour « encadrer » les danseurs plutôt que d’installer un seul stack de 6 scoops sur un côté de la salle ?

O. : Dès lors qu’on a eu construit le 6e scoop, c’est une question qui a rapidement fait débat entre nous. Pour moi, la meilleure configuration pour notre sono reste le stack de 6 « à l’anglaise » avec 4 scoops debout et 2 couchés par-dessus, l’aspect visuel est monumental et le rendu sonore est hyper impactant, ça respire mieux dans les aigus et ça projette plus loin.

Mais voilà, au Glazart, la hauteur sous plafond ne le permet pas et la foule est dense alors comme il n’y a pas que les scoops, on a lancé la construction d’une 4e enceinte de medium-aigus pour pouvoir vraiment diviser la sono en deux… Mais les pavillons sont un peu techniques à réaliser et ça fait plus d’un an que ça traîne ! Mea culpa

Recueilli par Emmanuel « Blender ». 

Plus d’infos sur la Paris Dub Session #14 ici : 

Paris Dub Session #14 : BoomBoom Collective & friends @ Glazart (19e)


♦ Concours :
pour gagner 2 places pour cette session, partagez et likez cette publication sur Facebook et répondez par mail à musicalechoes@gmail.com à cette question : « Parmi ces 5 artistes ou sounds, lequel n’a pas participé aux Paris Dub Session : O.B.F / Vibronics / Aba Shanti I / King Shiloh / Dub Invaders? ».

Plus d’infos sur le BoomBoom Collective sound system ici : http://boomboomcollective.free.fr

Plus d’infos sur l’association organisatrice, One One Six ici : https://one-one-six.fr

Écoutez une sélection roots du BoomBoom Collective pour Musical Echoes ici (avril 2017). 

Écoutez une sélection dub de Bredrin Records pour Musical Echoes ici (octobre 2017).

Julien et Olive (à droite) du BBC sound system. Crédit photo : Adeline.