Télérama Dub : 5000 danseurs fêtent le dub et les 15 ans du festival aux Docks de Paris !

Lors du dernier samedi de novembre, la quinzième édition du Télérama Dub Festival s’arrêtait à Paris pour une nuit marathon où les artistes et sound systems se sont succédé de 19h à 05h du matin dans trois espaces différents. Retour sur cette belle nuit avec les impressions, les photos et même des enregistrements de « Musical Echoes ». Rewind !

Pendant le concert d’High Tone, le chanteur Omar Perry demande à son audience « more fire ».  Photo : Tom « Tsoham ».

Arrivés par le métro, l’absence de signalétique perd un peu certains « touristes »  venus participer à l’un des plus gros événements dub du pays. Le cadre : des anciens docks industriels reconvertis en dancefloors géants. Les yeux permettent de détecter les premières affiches, et la direction est vite confirmée par les premières basses fréquences. À l’ouverture, il n’y a pas encore grand monde, et l’entrée se fait sans mal.

♦ I-Skankers Area

Comme d’habitude, la décoration des halls est magnifique. Le ciel étoilé au-dessus du dancefloor fait toujours son effet, et les projections animées participent à l’ambiance, déjà chaude. Roots Atao s’évertue à jouer un reggae roots bien sympa, mais la soirée est déjà bien lancée dans le troisième hall, un chapiteau monté pour l’occasion : I Skankers Area, du nom du sound system rennais, I-Skankers, qui le sonorise avec ses deux murs de quatre scoops. Le crew joue reggae dub mélodieux et même parfois jazzy. Chaque tune est « versionnée » et agrémentée de mélodica, de saxophone et de différents MCs. Le chapiteau est déjà plein, le son conscious fait danser la foule. En fin de soirée, le contest d’ambiance est remporté par I Skankers, avec un dub steppa beaucoup plus heavy et dansant (écoutez les last 3 tunes ici). Sans être le hall le plus mis en avant ni le plus gros, c’est certainement celui qui aura le plus plu aux puristes du sound system, dans un esprit bien roots.

Lylloo, selecta du I-Skankers sound system qui a assuré (la sonorisation) sous un chapiteau bondé toute la nuit !

Von D vient caler son set entre celui de Iseo & Dodosound et celui de Moa Ambessa. Le producteur parisien envoie un son bien gras et dirt, oscillant constamment entre grime, dubstep et dub dynamité. Les dubheads ne semblent pas effrayés, et le chapiteau est vite plein. Le selecta affiche un t-shirt de King Tubby, mais le lien avec le dub est assuré bien au-delà de ce clin d’œil.

Le set est massif et va glaner dans toutes les sources du dub et de la bass music, des plus électro au plus reggae. La last tune est épique, avec son mélange dubstep et jump up dans un style industriel frénétique, dans un esprit d’avant garde.

Moa Ambessa prend la suite, avec un steppa engagé et dansant. Le dub est lourd, mais toujours mélodieux et jamais stéréotypé dans le style de ce que font de mieux les Anglais. Sauf que là, ce sont des Italiens à la manœuvre : Buri à la sélection (l’un des meilleurs producteurs européens en amont, en studio) et Imo, au micro.

Mais l’apogée dans ce hall est atteint avec la performance remarquable de la MC écossaise, Soom T. Parfaitement backée par le Marseillais Dub 4, ce petit bout de femme à la voix sortie d’un dessin animé a saccagé le chapiteau à grand renfort de lyrics inspirés, débités dans un flow déconcertant de facilité. Quel talent et quelle énergie, la number one MC, c’est bien Soom T ! De fait, c’est peut-être à ce moment-là que les vibes ont été plus chaudes au cours de la nuit : pull up en pagaille, briquets allumés et cris de bonheur des massives tous tombés sous le charme de la reine du digital.

High Tone Hall. Photo : Tom « Tsoham ».

♦ High Tone Hall

21h15, le High tone Hall attire la foule et va la garder tout le temps que durera la collaboration entre Harrison Stafford et Brain Damage alors qu’une immense file d’attente se forme à l’extérieur des Docks. Ce show, sans doute le plus attendu avec celui d’High Tone, a montré toute la grandeur et la maîtrise des deux artistes réunis.
Comble de l’humilité, c’est la formation qui a demandé à jouer aussi tôt pour pouvoir s’adresser à des « esprits clairs et des oreilles fraîches ». Le message est passé : durant toute l’heure et demie, Martin Nathan et Harrison étaient comme possédés par leur musique et par le message d’amour et de respect qui s’en dégageait.

Martin Nathan, possédé devant ses machines pour Brain Damage.

Un concert équilibré et dense, tout simplement à couper le souffle. Brain Damage commence seul, avec une track issue de l’album Empire Soldier. Harrison clôt presque le live, avec une chanson acoustique de son groupe Groundation. Entre les deux, les artistes ont déroulé une version de leur album, à la fois émouvante et puissante. Un léger problème de réglage au début empêchait d’entendre correctement la voix du chanteur, heureusement vite corrigé.

La suite n’est qu’un pur régal. Le concert se termine avec « Everyone a Christ », (écoutez ici), chanson gorgée de tolérance et d’appel à l’unité, pour dérouler ensuite une version boostée et très industrielle, dont Brain Damage a le secret. À voir absolument en 2018 si vous avez loupé la première partie de leur tournée française.

Après un interlude prolongé de DJ Judaah et ses tunes dancehall, c’est au tour d’High Tone d’entrer en scène après trois ans d’absence en live. Un show baptisé High Tone and friends parce que le crew a invité plusieurs vocalistes :  Omar Perry (oui oui, c’est bien le fils de Lee « Scratch », Pupajim le temps d’une version revisitée du fameux (mais trop entendu?) « Rub-a-dub Anthem » et surtout, Shanti D, le complice de toujours et son timbre inimitable.

Le son tire constamment vers la bass music pour un dub toujours plus moderne et éloigné de sa base. La salle est comble, tellement dense que ça vire presque en pogo dans les premières lignes. S’agissant d’une création spéciale, le show avait à peine été répété quelques heures avant, mais la complicité des artistes sur scène rend l’ensemble époustouflant. Fabbastone nous confie d’ailleurs après le concert qu’un enregistrement multi-pistes a été réalisé… On serait bien curieux de l’entendre, en attendant, vous pouvez écoutez le live complet et l’ambiance qui va avec ici (ci-dessous).

Difficile tâche que de passer après un live d’High Tone. Mahom accroche vite le public en passant directement ses morceaux les plus durs, et même son propre remix du « Rub-a-dub Anthem »… Le live est vraiment cool, mais sans grande surprise pour qui l’a déjà vu. Ceci-dit, leur stepper n’est pas aussi systématique qu’il n’y paraît à la première écoute et leur set semble même avoir gagné en subtilité. En passant, le duo a perdu son fameux chat, et souhaiterait vraiment le récupérer !

Dub de Gaïta prend la suite pour ce qui reste comme la grande curiosité de cette quinzième édition. Leur musique cumbia jouée en live (avec un nombre impressionnant de musiciens sur scène du groupe colombien Los Gaiteros de San Jacinto) est passée à la moulinette dub par le producteur Diego Gomez pour un résultat pas si incongru. Il en ressort une performance très spectaculaire visuellement, à la fois tribale et dansante, qui s’inscrit aussi dans le cadre de l’année France-Colombie.

Los Gaiteros de San Jacinto, groupe colombien de cumbia avec de nombreux musiciens « traditionnels » sur scène..

«  Ayant voyagé en Amerique Latine, j’étais vraiment intrigué par cette collaboration entre dub et cumbia colombienne. Il est vrai que dans ma tête cela n’allait pas forcément ensemble. Le rythme était entraînant et j’ai été surpris de voir que ces deux musiques ne pouvaient faire qu’une le temps d’un concert. Pendant leur show, le hall est entré dans une autre dimension. », relate Josselin, étudiant de 22 ans, venu d’Angers spécialement pour le festival.

Maasai Warrior vient ensuite clore les hostilités, et joue l’efficacité en balançant directement le « Mandela » d’OBF après de trop longs sound checks. C’était assumé par le festival, mais ça a posé un problème comme prévu : un crew comme Maasai ne peut pas donner sa pleine mesure sur des enceintes de live classique, aussi puissantes soient-elles. Paul Maasai a beau s’époumoner et sauter dans tous les sens : les sélections s’évanouissent dans un hall trop grand et pas adapté à ce genre de prestation où la chaleur d’une vraie sono fait clairement défaut. Mais il en faut bien plus pour décourager les deux guerriers Maasaï qui relèvent le défi et maintiennent malgré tout une ambiance bien hot grâce à une énergie hors-pair. Et Josselin de rester enthousiaste : « Malgré quelques soucis de réglages au micro, Paul était chaud bouillant et a donné une énergie folle sur scène. Après de nombreux classiques, le crew a fini par le très célèbre « Victory Dance » qui a retourné complètement le hall ! ».

♦ Stand High Hall

C’est ici que jouait (quasi en même temps que Brain Damage, dommage), la « nouvelle vague » espagnole du reggae/dub :  Iseo & Dodosound. Renforcé par une section cuivres sympa, le duo nous livre un digital bien rythmé avec des tunes taillées pour le dancefloor. Les productions, chaleureuses et légères, donnent irrémédiablement envie de danser à l’instar de la big tune « Vampire » qui déchaîne un public conquis. Mais c’est déjà au tour de Smith & Mighty de prendre la suite et dispenser une leçon d’ouverture musicale : oui il est possible de jouer un remix d’un titre d’Oasis dans un festival dédié au dub !

Un Stand High Hall toujours magnifiquement décoré. 

Tête d’affiche des lieux, Stand High Patrol disposait d’une belle plage horaire de trois heures pour s’exprimer. La session met un peu de temps à décoller et peine à surprendre au début. Jusqu’alors comme en sourdine, le sound system va assez vite donner sa pleine mesure et SHP va progressivement lâcher les chevaux. D’abord en retrait, Pupajim va lui aussi se lâcher jusqu’à risquer un track en français dont le maître riddim nous entête encore, presque un mois après.

La sono ronronne désormais et la dernière heure du crew est explosive avec une succession de belles dubplates (Shinehead, Echo Minott…) entrecoupées d’une visite sympa de Soom T et de Marina P au micro. La musique très mélodieuse en début de set et teintée de jazz, se mue progressivement en machine de guerre implacable jusqu’à une last tune frénétique signée NS Kroo ; toujours entre dance music et méchant dub stepper de l’espace. Un must à sortir sur vinyle au plus vite !

C’est ce qu’on appelle « bouffer le mic » par Pupajim.

Derrière l’Anglais J:Kenzo joue une bass music hybride, entre dubstep et reggae/dub, dans un live équilibré et agréable à entendre qui offre un large panel des musiques défendues par le festival depuis ses débuts, il y a quinze ans.

Des musiques libres et décidément sans frontières qui prennent le risque de ne pas satisfaire toutes les oreilles, mais comblent à coup sûr la curiosité des vrais fans de dub. Ceux qui sont arrivés bien avant la déferlante sound system, et qui l’écoutent d’abord comme un champ d’expérimentation musical, ouvert et évolutif. À ce titre là, le TDF a toujours réussi son pari et cette quinzième édition n’a pas dérogé à la règle. Bien au contraire. ♦

High Tone feat. Shanti D et Omar Perry.

♦ Focus sur « High Tone & Friends ».

Après deux ans sans concert, le groupe High Tone remontait sur scène ce samedi-là à la demande du festival. Mais attention, malgré une communication autour des 20 ans du groupe (fondé à Lyon en 1997), pas question pour « les papas » du dub français de proposer du réchauffé à leur public, venu nombreux fêter l’événement. Bien que le qualificatif de « création » soit peut-être exagéré, le concert était donc inédit de A à Z.

Les classiques du groupe (le magnifique « The Orientalist » d’ouverture, « Rub A Dub Anthem » ou encore « Dry ») étaient tous des remixes au cours d’un live construit autour et pour les chanteurs : Pupajim pour le clin d’œil le temps d’une chanson, Shanti D qui reprend entre autres « Until the Last Drop » ou encore son « Get High » produit par O.B.F avec un ton toujours très haut, mais juste (…) et le rasta Omar Perry avec lequel le groupe jouait pour la toute première fois.

Par sa présence scénique et son énergie, le vocaliste jamaïcain (et fils du légendaire Lee « Scratch » à sa place au micro, il y an pour le TDF#14), a réussi à insuffler un vent de fraicheur à ce live. Jouant avec le public, sautant dans tous les sens, Omar ne s’est pas démonté et a tout donné le temps de quelques dubplates, aussi à l’aise sur le terrible remix de « Uptown Top Ranking » que sur son anthem « Behold », produit par Aku-Fen et premier 12 pouces de la troisième livraison du Dub Invaders.

Résultat, un live resserré d’une heure et quart qui s’achève en apothéose par un dub saturé à la limite du dubstep dont le groupe a le secret. Les bpm et le public s’emballent de concert et c’est sur un poignant « Joyeux anniversaire » chanté par une partie de la foule que les dubbers quittent la scène, visiblement aussi satisfaits que leur audience.

🎵Écoutez le concert d’High Tone (côté public) en exclusivité ici :

Regardez un diaporama de photos du concert d’High Tone ici : 

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Regardez d’autres photos du festival dans le High Tone hall ici :

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Regardez d’autres photos du festival dans Stand High Hall ici :

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Regardez d’autres photos du festival dans la I-Skankers Arena ici :

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Regardez ici quelques photos de l’édition marseillaise du festival (par Alex See) :

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Reportage : Musical Echoes (textes : Alex. P et Emmanuel. B / photos : Tom « Tsoham » / enregistrements : E.B.).

🎵 Écoutez la last tune (« Everyone A Christ ») du concert de Brain Damage meets Harrisson Stafford ici. 

🎵 Écoutez les 3 last tunes de la session de I-Skankers sound system ici.

🎵Écoutez la fin de la session de Stand High Patrol (56 minutes) ici :