Ras Lion (Lion’s Den) : « If you love sound system, it is sometimes very hard to live in Berlin »

SOUND SYSTEM INTERVIEW. C’est le porte-drapeau de la culture sound system à Berlin : dans une ville dominée par la techno, Ras Lion organise des sessions sans relâche, produit, enregistre et sort aussi souvent que possible sa sono de son « repère du lion ». Entretien passionnant avec l’un des activistes les plus acharnés du reggae outre-Rhin qui porte un regard sans concession sur son évolution et regrette le manque de structures allouées au sound system. ♦ The original version in english is just below ! 

Ras Lion de Lion’s Den, en session. Crédit photo : Max Grünauer.

Musical Echoes : Salut Justus, peux-tu brièvement te présenter ? Quand as-tu commencé dans la musique ?

Ras Lion : Oui, je m’appelle Justus ou Ras Lion, comme certains m’appellent et je plaide coupable : je suis accroc à la musique. Cette addiction a commencé quand je n’étais qu’un enfant : j’étais déjà fasciné par la puissance des vibrations, les rythmes, la basse, les mélodies…

À ce jour, je vis à Berlin et dirige un sound system, un label et un studio et j’organise des événements musicaux, tout ça sous le nom de Lion’s Den.

M.E. : Quelles sont tes principales influences musicales dans le reggae et dans d’autres genres musicaux ?

R. L. : En fait, tous les styles de reggae m’ont influencé. J’ai passé du bon temps avec chacun d’entre eux et j’ai toujours aimé explorer les multiples couches et connections du reggae et d’ailleurs je ne suis pas du tout proche de la fin de cette exploration. Du mento, calypso et ska au rocksteady à l’early roots ou rockers, du rub-a-dub et raggamuffin au dancehall ou modern roots, du dub au steppas, de la jungle au dubstep, peu importe comment tu l’appelles. Au final, je me tournais toujours plus vers les titres conscients de tous ces différents styles.

J’ai toujours écouté beaucoup d’autres genres et j’aime aussi le jazz, le hip hop, l’afrobeat, le blues et en général, juste la bonne musique.

M.E. : Tu as plusieurs activités : studio, sound system, label. Commençons par le sound system : tu sonorisais A Bass Odyssey samedi 13 janvier dernier. Comment étais la session ? C’était une spéciale dédiée à la scène de Bristol ?

R. L. : La session était super. Oui, c’était une spéciale Bristol dans la salle principale, hébergée par le label Peng Sound avec beaucoup de leurs meilleurs artistes :  Dubkasm, Gorgon Sound, Ishan Sound, Ossia et Wilfy Rootikal. C’était comme la réunion d’une grande famille de Bristol. Et c’était incroyable le genre de tunes et de specials qu’ils ont joué au cours de la nuit et un grand plaisir de les entendre sur notre sound. Les vibes étaient super élevées et pour Berlin spécialement : c’est vraiment super de voir ce genre de chose à une telle échelle et avec une telle réactivité du public.

L’affiche de la session Bass Odyssey, le 13 janvier dernier à Berlin.

M.E. : Comment est ton sound system. Comment sonne-t-il ?

R. L. : Je suppose que les gens devraient l’entendre d’eux-mêmes car mon avis ne compte pas. Mais pour donner un minimum d’indications, pour nourrir l’imaginaire et l’ « appétit » : il comporte 5 voies mono ou stéréo et peut aller jusqu’à 8 scoops.

M.E. : Je me souviens d’un de tes posts sur Facebook, le 21 juin dernier pour la fête de la musique : en comparaison avec tous les événements organisés en France, tu regrettais que rien n’était organisé à Berlin, aucune session. Tu semblais très triste ce soir-là…

R. L : Si tu aimes le sound system, c’est parfois très difficile de vivre à Berlin et rester assis à la maison, car il n’y a aucun sound nulle part et regarde toutes ces super sessions qui se déroulent à travers le globe et spécialement en France… Certaines avec d’énormes line-up qu’on rêverait de voir à Berlin. Dans ces moments-là, on ne peut que rêver d’une machine pour se téléporter.

Dans ce cas particulier, ça m’a rendu super triste, parce qu’ils ont importé le concept de la fête de la musique (créé en France en 1982 NDLR) dans une drôle de version commerciale « merdique » avec beaucoup de restrictions. Il y avait des événements qui se déroulaient à Berlin, mais rien en matière de dub ou de sound system par exemple.

D’après moi, ce genre d’événement serait pourtant une bonne occasion de ramener le sound system de là où il vient : dans la rue ! Une musique du peuple, pour le peuple ! 

« La scène sound system allemande est relativement petite, mais elle grandit ! » 

M.E. : Comment est la scène sound system à Berlin. À part le tien, est-ce qu’il y a d’autres sound systems qui émergent ?

R. L : La scène est petite en comparaison à d’autres endroits d’Europe, mais toujours active. Il y a un bon groupe de sound systems et d’activistes (dont pas mal d’entre eux étaient impliqués avant nous) qui se bougent à travers la ville, avec des sessions plus ou moins régulières. On a même des sounds spécialisés dans différents styles de reggae.

Malheureusement, en ce moment beaucoup ont du mal à être aussi actifs qu’ils le voudraient à cause de la pénurie d’endroits abordables sans limitation (sonore) qui acceptent d’accueillir un sound system. Mais pour donner quelques noms : Maratone Long Distance HiFi, Irieland sound system, Graograman Hi-Fi, Freedom Fighter sound system, Behold & Live sound system, Sandokan HiFi, Killasan sound system, The Bug sound system, BUNS sound system…

M.E. : Et plus globalement, la scène sound system en Allemagne ?

R. L. : Même chose, elle est relativement petite, mais elle grandit c’est certain. Je vois beaucoup de nouveaux sounds qui arrivent avec un nombre de sessions qui augmente, avec de jolis line up et un bon retour du public.

Et bien sûr tout cela est possible grâce à quelques guerriers qui ont porté l’étendard et poussé cette culture toutes ces dernières années, pendant tout le temps où le dub était encore moins connu qu’aujourd’hui. Grâce à ces engagements de longue date, on a quelques bastions de la culture sound system en Allemagne, géographiquement autour de la région de Munich, Fresing et Augsburg (en Bavière NDLR), autour de Münster (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), à Lahr (Bade Wurtemberg) et à Hambourg. C’est dans ces villes que tu peux trouver le plus d’activités et les sound systems qui ont ouvert la voie à beaucoup d’autres.

Lion’s Den sound system, ici avec six scoops sur huit.

M.E. : Tu as déjà joué pas mal de fois en Pologne. Comment se passent les sessions sound system là-bas ?

R. L. : On a toujours adoré jouer là-bas. L’amour reçu par les gens était vraiment spécial à chaque fois. Ils dansent à fond jusqu’à tôt le matin et savent vraiment comment faire la fête.

De ce que j’en observe, le sound system devient de plus en plus puissant en Pologne. Il y a plein de super sessions qui se passent dans la plupart des grandes villes et toute la culture autour de la musique est en train de grossir.

M.E. : L’été dernier, un sound allemand était présent au Dub Camp festival #4 près de Nantes : Dandelion sound system de Bavière. C’est assez loin de Berlin, mais j’imagine que vous êtes en lien…

R. L. : Oui, c’est notre famillle du sud ! Dandelion est l’un des premiers sound allemand en activité, bien avant nous et on leur doit un maximum de respect. En plus ce sont des gens supers et très inspirants.

On a partagé de supers moments ensemble sur le rootbase du Fustion Festival où nous avons eu l’honneur de jouer quelques fois sur leur sound qui était connecté à des boxes de Kedesh Soundworks et de Jah Chalice sound system.

« L’Allemagne est plus connue pour le côté dancehall du reggae. » 

M.E. :  Est-ce qu’il y a des événements ou des festivals spécialement dédiés au sound system en Allemagne ?

R. L. : Il y a des sessions régulières dans tout le pays et aussi un certain nombre de festivals indoor et outdoor ou de « dub areas » dans les festivals pendant toute l’année. Parmi eux : Dub Camp au Reggae Jam Festival (Bersenbrück), Rootsbase au Fusion Festival (Lärz), A Bass Odyssey (Berlin), Dub Stories (Münster), Airbase (Lahr), Lindau Shitty Dub Session (Lindau), Reggae Attack (Münster), Dub Impuls (Freising), Dub´ucation Freiburg (Freiburg), Education In Dub (Nürnberg) et bien d’autres…

Lion’s Den en session avec notamment Digitron et Danman lors de la New Year’s sound system Conference 2017 à Berlin. Crédit photo : Mel.

M. E. : Peut-être que je me trompe, mais quand je pense à l’Allemagne et au reggae, je pense d’abord aux labels ou aux crews de dancehall… Comme Pow Pow ou le festival Summer Jam… Est-ce que le dancehall est le genre de reggae le plus populaire en Allemagne ?

R. L. :  Oui c’est vrai. Depuis de nombreuses années, l’Allemagne est plus connue pour le côté dancehall du reggae. Et oui depuis des années, le dancehall est le style qu’on trouve le plus dans les clubs ou sur les festivals, dans les médias… Malheureusement ici en Allemagne, on peut vivre cette partie de la culture sans jamais rentrer en contact avec un « vrai » sound system avec de vraies boxes et l’expérience physique de la basse. Mais comme tout est exactement pareil depuis des années maintenant, les fêtes semblent être sur une pente descendante et ça devient de plus en plus ennuyeux.

Mais dans le même temps, il y a des effets positifs de la popularité croissante du dub et de la bass music qui arrivent lentement de Grande-Bretagne et de France et permettent à des aspects complètement différentes de cette culture de remonter à la surface.

« Je me rappelle des longs après-midis après l’école, à écouter Rythm & Sound, en remettant au début constamment le même riddim pendant des jours et des jours… »

M. E. : Il y a aussi bien sûr le label Jahtari à Leipzig et toute la scène dub techno autour de Rythm & Sound. Est-ce que ces labels sont des influences pour toi et tu considères qu’ils produisent un autre type de musique que toi ?

R. L. : Bien sûr qu’ils ont eu une influence sur moi ! Je pense que qu’il n’y a pas d’échappatoire quand tu vis à Berlin. Dans les nombreux endroits où j’ai voyagé, j’ai pu constater qu’ils étaient devenus des figures de proues pour le pays et la ville : la plupart des gens qui sont dans la bass music ou dans ces styles-là, associent immédiatement ces noms à l’Allemagne et plus spécialement à Berlin pour Rythm & Sound, ou dans l’autre sens, ils associent immédiatement le pays ou la ville à ces noms. Mais je n’ai jamais tenté d’y échapper. J’ai embrassé leur musique à tous les deux.

Je me rappelle des longs après-midis après l’école, à écouter Rythm & Sound, en remettant au début constamment le même riddim pendant des jours et des jours… Depuis ce temps là, je suis fasciné par l’esthétique et la puissance de leur son. Et pour Jahtari c’est pareil, j’ai toujours suivi ce qu’ils faisaient, toujours écouté leur musique et suis allé voir bon nombre de leurs shows et maintenant, on partage parfois les mêmes line up. J’aime leur approche et leur dévouement total.

M.E. : Qu’en est-il de Paul St-Hilaire (Ou Tikiman, chanteur dominicain établi en Allemagne qui travaille avec Ryhtm & Sound). Tu le connais ?

R. L. : Oui je l’ai rencontré plusieurs fois et parfois, il se montre à nos sessions comme il vit à Berlin. J’ai eu la chance de lui rendre visite un après-midi dans son studio à Kreuzberg (un quartier de Berlin NDLR). Et je peux te dire qu’il n’est pas seulement un super micman, mais aussi un scientifique du son, fou d’analogique et producteur de premier ordre.

Justus aka Ras Lion. Crédit photo : Max Grünauer.

M. E. : En France, Berlin est connue comme la capitale de la musique techno. Y a-t-il encore suffisamment de place pour d’autres musiques comme le reggae et le dub ?

R. L. : Ha ha ha… bonne question. Parfois je me la pose aussi.

La ville est définitivement dominée par la techno et tu peux le sentir où que tu ailles et quoi que tu essaies de faire dans le monde des événements ici.

Il y a tout simplement plus de demandes, d’infrastructures et d’argent dédiés à la techno que pour la plupart des autres genres musicaux. En général Berlin est assez surchargée avec une grande variété de choix de sorties, ce qui parfois, ne rend pas les choses faciles pour la survie de plus petits projets.

Mais tout de même, j’estime qu’il est très important de garder en vie d’autres styles et d’autres « sous-cultures » et de proposer quelques alternatives. Particulièrement quelque chose de conscious, avec un message !

« J’ai acheté ma première vraie table de mixage à Manasseh »

M. E. : Parlons de ton travail de producteur : combien de sorties compte ton catalogue ?

R. L. : Lion’s Den, le label, compte maintenant 10 sorties en vinyles plus quelques extras exclusivement en digital et en libre téléchargement.

M. E. : Les deux dernières releases de ton label sont des collaborations entre toi et beaucoup de producteurs et de musiciens du Royaume-Uni ou de France (Manasseh, Afrikan Simba, The Rockers Disciples, Roots Raid…). Comment les as-tu rencontré ? Pendant des sessions je suppose…

R. L. : Beaucoup de gens avec qui j’ai fini par collaborer sont des gens que j’ai invités se produire à Berlin (comme Afrikan Simba, Roots Raid, Panda Dub, Violinbwoy, Echo Ranks…) ou alors rencontrés différemment, comme tu dis pendant des sessions en studio ou quelque part en faisant les courses (par exemple, j’ai acheté ma première vraie table de mixage à Manasseh quand je vivais au Royaume-Uni). Mais le monde moderne d’internet peut aussi être un grand avantage pour travailler avec des gens de partout.

La sono de Lion’s Den compte deux stacks de quatre scoops.

M. E. :  Comment chosis-tu les titres que tu vas sortir ? Tu proposes un riddim à un chanteur ou un remix à un producteur ? Ou c’est plutôt l’inverse ?

R. L. : Cela dépend des occasions, mais la plupart du temps, il y a quelque chose qui me touche, comme un riddim ou une ébauche de chanson, et ensuite, ça part de là. Développer quelques idées qui pourraient être sympas pour un vocal ou voir si une belle ligne de cuivre pourrait faire l’affaire. Réfléchir à qui j’aimerais entendre pour remixer un titre. Voir comment on peut mélanger tout ça le plus agréablement possible concernant le mix et les versions dub…

En général ça dépend si on peut en faire un projet abouti ou non. Certaines musiques n’ont pas forcément besoin de beaucoup plus parfois : des projets semblent choisir leur destin eux-mêmes et la prochaine étape suit ainsi naturellement la précédente.
Parfois je reçois de la matière et c’est moi qui suis approché. D’autres fois c’est moi qui demande spécifiquement quelque chose.

«  Si tu écoutes du dub des années 90, tu trouvais déjà beaucoup ce côté électro très brut dans le dub, très futuriste déjà à l’époque ! » 

M. E. : Comment as-tu découvert le jeune crew de Nantes, RDH qui figure sur ta dernière release ?

R. L. : J’ai découvert leur musique sur le web et leur compte soundcloud et j’ai aimé depuis le début. Et l’été dernier je les ai finalement rencontrés au Seaplash Festival en Croatie et j’étais heureux de skanker sur l’un de leurs sets.

M. E. : « TNT », le morceau que tu viens de sortir (de RDH et Kandee) est un stepper très rough, assez proche du dub techno… Comment le public réagit-il quand tu le joues en session, est-il prêt à entendre de telles productions ?

R. L. : En réalité, la réaction du public a toujours été bonne. Il y a une énergie très sauvage, très brute. C’est vrai que de nos jours, certains jeunes qui ne connaissaient pas grand chose au reggae et au roots, apprécient particulièrement le côté plus dur de cette musique qui est plus proche de ce qu’ils connaissent déjà.

Mais, souvent je me rends compte que ceux qui ont accroché lors d’une session commencent aussi ensuite à chercher à en savoir plus sur les autres facettes du dub et du reggae. Si tu écoutes du dub des années 90, tu trouvais déjà beaucoup ce côté électro très brut dans le dub, très futuriste déjà à l’époque peut-être même d’avantage que ce que beaucoup de producteurs essaient de faire aujourd’hui. Donc je pense que les gens ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas prêts. D’ailleurs à cette époque, certains d’entre-eux étaient encore plus directement connectés à la fusion entre le dub et la techno.
Et notre public ici à Berlin le sait bien : nous jouons de l’early roots jusqu’au hardcore steppas.

M. E. : Comme tu l’as fait sur cette dernière release, est-ce important pour toi de produire de jeunes crews et de les aider à grandir dans ce milieu ?

R. L. : Bien sûr, c’est l’un de mon principal but que de donner plus d’expositions aux artistes que j’aime et de diffuser leur musique aussi loin que possible. Et oui définitivement, j’aime soutenir les gens qui ne sont pas peut-être pas encore établis dans le circuit dub et qui ne sont pas seulement concentrés sur les musiques déjà connues et classiques. Enfin ce qui compte le plus pour moi, c’est d’être convaincu par la musique.

Le studio de Lion’s Den, à Berlin, photographié en septembre 2017.

M. E. : Quels sont tes prochains projets de production ? As-tu déjà d’autres releases qui sont prêtes ?

R. L. : La prochaine sortie sera plus rootikal steppers avec Black Omolo au chant et Natural Tribulation à la production et puis, une autre collaboration avec RDH Hi-Fi, mais cette fois avec un tuff vocal de Tippa Irie. En plus de ça, il y aura un certain nombre de sorties en collaboration avec le grand label américain, Black Redemption.

M. E. : Et quand vas-tu ressortir ton sound system ?

R. L. : Quelques prochaines danses avec le sound system sont déjà annoncées, d’autres seront confirmées très vite. Attendez-vous à pas mal d’actions ici à Berlin, mais aussi à l’étranger cette année. On ne peut pas encore trop en dire, mais à tous les crews français : nous arrivons !

Nous mettons régulièrement à jour le calendrier des sessions à venir sur notre site web : www.lionsdensound.de

M. E. : Comment vois-tu l’avenir de la scène sound system en Allemagne ? Penses-tu qu’elle puisse se développer autant qu’en France ?

R. L. : Nous verrons bien ce que le futur nous réserve et combien de temps va souffler ce vent positif ou si c’est une mode provisoire finalement. La question est de savoir à quel degré les gens impliqués là-dedans sont-ils sérieux, si leur engagement et leur dévouement va durer, ou si juste une hype de courte durée. La vraie motivation, on la verra bien à l’épreuve du temps, ça c’est certain !

Si tu compares à la scène française, c’est dure à dire, car certains aspects structurels sont vraiment différents dans les deux pays (la place globale de la culture, ce qui inclut les aspects financiers, le professionnalisme, les statuts des artistes…). En Allemagne, on manque vraiment d’une base culturelle commune sur le reggae, alors qu’en France, la culture noire semble avoir plus d’impact et d’influence sur la culture en général, notamment « grâce » à l’histoire, et au passé colonial.

M. E. : Un dernier mot pour le public français ?

R. L. : Keep on DUBBING ! 

Propos recueillis et traduits par Emmanuel « Blender ».


English version : interview of Ras Lion, Lion’s Den (Berlin). 

Musical Echoes : Can you briefly present yourself and your activities please ? When and where did you start with music ?

Ras Lion : My name is Justus or Ras Lion, as some call me, and I plead guilty, I am a music addict. The addiction already started when I was a young boy, as the sheer power of vibrations, the rhythms, the bass, the melodies just fascinate me.
By now I live in Berlin and run a sound system, a label and a studio and organize music events, all under the name Lion’s Den.

M. E. :  What are your main musical influences in reggae and also, in other music ?

R. L : Actually all styles of reggae influenced me. I spent some good time with each one and have always loved the multiple layers and connections to explore, and I am nowhere close to an end of this exploration. From mento, calypso and ska to rocksteady and early roots or rockers, from rub a dub and raggamuffin to dancehall or modern roots, from dub to steppas, from jungle to dubstep, whatever you may call it. In the end I always turned more to the conscious tunes of all the different styles.

I always listened to a lot of ‘other’ genres sameway and also love jazz, hip hop, afrobeat, blues and just in general « good music ».

M. E. : You have several activities : studio, sound system, label… Let’s start with the sound system: you powered the A Bass Odyssey event last Saturday in january in Berlin. How was this session ? The session was a tribute to the Bristol scene ?

R. L. : The session was great. Yes it was a Bristol takeover in the main room, hosted by the Peng Sound label, with a lot of their top artists – Dubkasm, Gorgon Sound, Ishan Sound, Ossia and Wilfy Rootikal. It was like a whole big family from Bristol. Incredible what kind of tunes and specials they played thruout the night, pure pleasure to hear them through our sound… The vibes were definitely super high and for Berlin especially : it’s really great to see this kind of thing on such a scale and with such a response by the people.

M. E. :  How is your sound system ? What are its characteristics ? How does it sound ?

R. L. : I guess the people should hear for themself as my opinion doesn’t count.
To just give minimum specifications, to feed the imagination or ‘appetite’ : 5-way mono or stereo, up to 8 scoops.

« The scene in Berlin is small compared to many other places in Europe, but still active. »

M. E. :  I remember one of your posts on facebook for the « fête de la musique », the 21th of June : in comparison with all the events organized in France, you regretted that there is nothing, no session organized in Berlin… You looked very sad this evening…

R. L. : If you love sound system, it is sometimes very hard to live in Berlin and sit at home, because there is no sound playing nowhere, and watch what kind of great sessions are happening all over the globe and yes especially in France , some of them with huge lineups one only dreams about seeing in Berlin. One truly wishes for a teleportation machine in those moments.

In this particular case it made me extra sad, because they imported just some of the concept of Fête de la musique in a very commercial strange shitty way with lots of restrictions, and there was something happening in Berlin, but not at all on, for example, the dub and sound system side of things. In my opinion those kind of days should be chances to bring the sound system back to where it belongs: onto the street ! Music by the people for the people!

M. E. : How is the sound system scene in Berlin ? Except yours, do others sounds emerge there ?

R. L. : The scene is small compared to many other places in Europe, but still active. There are a bunch of sound systems and activists (many of whom have been involved way before us) operating across the city, with more or less regular events. We even have different sounds specialising in different styles of reggae music. At the moment unfortunately many have problems to be as active as wanted, due to scarcity in affordable locations without limitations that accept a sound system to be brought in.

To give you a few names: Maratone Long Distance HiFi, Irieland sound system, Graograman Hi-Fi, Freedom Fighter sound system, Behold & Live sound system, Sandokan HiFi, Killasan sound system, The Bug sound system, BUNS sound system,…

M. E. : And more generally in Germany?

R. L. : Again it is quite small, but definitely growing. I see a lot of new sounds coming up everywhere and the number of sessions increasing – with nice lineups and good response from the people. Of course all this is just possible due to a few warriors who have been holding up the flag and pushing the culture all the last years thruout all the time dub was even much less known than it is now. Due to those long time involvements we have I guess a couple ‘hotspots’ of sound system culture in Germany geographically – around the Munich, Freising, Augsburg-area, around Münster, in Lahr and in Hamburg – at least you can find most activity in these cities and the sound systems who have been paving the way for many others.

M. E. : You already played in Poland a couple of times. How are the sound system sessions there?

R. L. : We always really enjoyed the vibes there. The love we got from the people was every time special. The people dance hard until early in the morning and definitely know how to party.

From what I observe, the sound system thing seems to be getting stronger and stronger in Poland. There are a lot of great sessions happening in most bigger cities and the whole culture around the music is growing.

M. E. : Last summer, one German sound took part in Dub Camp festival #4 near Nantes : Dandelion sound system from Bayern. It is quite far from Berlin but I guess you are linked with them ?

R. L. : Yes they are our family from the south. Dandelion is one of the sounds already long time active – way before we – maximum respect is due ! They are great and inspirational people, too ! We shared many sweet moments on the Rootsbase at Fusion Festival together. Where we had the honour to play a couple times on their sound in connected modus with some boxes from Kedesh Soundworks and Jah Chalice sound system.

Lion’s Den sound system, here with three scoops. Credit : Mel.

M. E. : Are there some sound system events or festivals in Germany ?

R. L. : There are regular sessions through the country and a number of indoor and outdoor festivals or « dub areas » at festivals thruout the year (more or less regular). To name a few : Dub Camp at Reggae Jam Festival (Bersenbrück), Rootsbase at Fusion Festival (Lärz), A Bass Odyssey (Berlin), Dub Stories (Münster), Airbase (Lahr), Lindau Shitty Dub Session (Lindau), Reggae Attack (Münster), Dub Impuls (Freising), Dub´ucation Freiburg (Freiburg), Education In Dub (Nürnberg), and many more…

M. E. : Perhaps I’m wrong but for me, when I think of Germany and reggae, I think first of dancehall/new roots labels & crews… like Pow Pow or festivals like SummerJam… Isn’t dancehall the most popular kind of reggae in Germany ?

R. L. : Yes that’s true. For many years Germany has been known for the dancehall side of reggae. And yes for many years dancehall has been what you mostly get in the clubs or on the festivals, in the media… Unfortunately one can live that part of the culture here in Germany without ever getting in contact with a ‘real’ sound system with actual boxes, the physical experience of bass and all. But as it has been very much the exact same for years now, the parties and all seem to be a bit on the downward trend, it got more and more boring. At the same time there is some positive effects of the increasing popularity of dub and bass music as a whole, slowly swapping over from places like the UK or France, bringing completely different aspects of the culture to the surface.

« The city is definitely techno dominated and you can feel it wherever you go or whatever you try to do in the world of events here. »

M. E. : There is also of course the digital label Jahtari in Leipzig… and all the dub techno scene around Rythm & Sound… Are they influences for you or you consider them doing another kind of music than what you do ?

R. L. : Of course they had an influence on me ! I guess there is no ‘escape’ when living in Berlin. As I have witnessed in many places I travelled to, they have become kind of ‘figureheads’ for the country/city: most people in the world, who are into bass music of some sort, associate the names immediately with Germany and for Rhythm & Sound specifically with Berlin, or the other way around the country or city immediately with the names. But I never tried to ‘escape’, I embraced both their music. I remember long afternoons after school, listening to Rhythm & Sound on constant rewind – for days and days the same riddim… From that time I was fully captured by the aesthetic and power of their sound. For Jahtari the same, I always followed what they do, listened to their music and went to see a number of their shows or by now have played on the same line-ups. I love their approach and full dedication.

M. E. : What about Paul Saint-Hilaire ? Do you know him ?

Yes I met him a couple times and he sometimes shows up at our sessions as he lives in the city. I was fortunate enough to visit him in his studio in Kreuzberg one afternoon – I can tell you, he is not only a great micman, but also a mad sound scientist deep into analogue gear and top class production.

M. E. :  In France, Berlin is known as the capital of techno music… Is there still enough space for other music like reggae and dub?

R. L. : Ha ha ha… good question. I sometimes ask myself the same.

The city is definitely techno dominated and you can feel it wherever you go or whatever you try to do in the world of events here. There is just much more demand, infrastructure and capital in techno than in most other genres. In general Berlin is quite overloaded with a huge variety of entertainment options, which sometimes doesn’t make it easy for smaller things to survive. Still I feel it is very important to keep other styles and subcultures alive and provide some alternatives. Especially something conscious, with a message !

M. E. : Let’s talk of your work as a producer: how many releases do you have in your catalogue?

R. L. : Lion’s Den, the label, is now 10 vinyl releases ‘strong’, plus a few extra ‘digital only’ free downloads.

M.E. : The last two Lion’s Choice releases were collaborations between you and many producers and musicians in the UK (Manasseh, Afrikan Simba…) and also from France (The Rockers Disciples, Roots Raid…)
How do you meet all these people? During sessions I guess…

R. L. : A lot of the people who I end up collaborating with are people I have invited to Berlin to perform (like Afrikan Simba, Roots Raid, Panda Dub, Violinbwoy, Echo Ranks,…) or met otherwise, as you say, at sessions, in studios or somewhere on the trod (I bought my first real mixing desk from Manasseh when I was living in the UK). The modern world of the internet, etc. can also be a big advantage to work with people from all over.

M. E. : How do you choose the tracks you’re going to release ?  You propose a riddim to a singer or a producer for a remix ? Or it is them who ask to work with you ?

R. L : This is different on different occasions, but most likely there is something that strikes me, like a riddim or a sketch of song, and then I take it from there. Develop some ideas, who could be sweet for a vocal or if a nice horn line could fit or something. Think about who I would love to hear a remix from. See how to get it into nice shape concerning mixing, dub versions, etc. Just in general depending on what it exactly is, see to make a whole project out of it. Some music also doesn’t need much anymore, again other projects seem to decide their fate themselves and the next step just naturally follows the last. Sometimes I get sent material and I am approached. Often I ask specifically for something.

« Our audience here in Berlin also knows by now : we play from early roots to hardcore steppas. » 

M. E. : How did you link with the young crew from Nantes, RDH?

R. L. : I discovered their music through the web and their soundcloud and have been loving their music ever since. Last summer I finally met them personally at the Seasplash Festival in Croatia and was happy to skank to one of their sets.

The two last releases of Lion’s Den label.

M. E. :  « TNT », the track you have released with them and Kandee Dub is a very rough stepper track. Do you think your audience is ready for a sound like that ? I mean, a sound quite close to techno dub… How does the massive react when you play it in a session ?

R. L. : The reaction to the tune has always been very well actually. It has a kind of raw power. Nowadays some young people, who don’t know much about reggae and roots and such things, especially appreciate the harder electronic side of the music as it is closer to what they are used to and to their own context. Often I see how this get’s them hooked in a session to then later start the quest to find out more about also the other kinds of dub and reggae.

Listening to the dub of the 90s, you already find a lot of the raw electronic side of dub explored back then, very futuristic at the time and I guess even up to now – already taking away from what many producers try today. So I guess people can’t argue they are not ready. At that time some of it was even more directly connected to the dub techno context.

Our audience here in Berlin also knows by now : we play from early roots to hardcore steppas.

M. E. : Like you’ve done with RDH and Kandee Dub , it’s important to you to produce young crews and help them to grow up in this environment?

R. L. : For sure, it’s one of the main aims to give certain artists I love more exposure and spread their music as far as possible. And yes, I definitely also like to support people, who are maybe not as established in the dub circuit yet, and not only concentrate on the very well known classics. What mainly counts for me : that I am convinced by the music.

M. E. : What are your next projects on production ? Some next releases are already ready ?

R. L. : Up next is a more rootikal steppers with Black Omolo on vocals and Natural Tribulation on production – the finished records are reaching any time now – and another collaboration with RDH Hi-Fi, this time with a tuff vocal by Tippa Irie. Besides this, there will be a number of releases in collaboration with the great Black Redemption label from the US.

M. E. :  And when are you going to go out of your Den with the sound system?

A few next steps with the sound system are already announced, others confirmed and out soon. Expect nuff action here in Berlin, but also abroad for this year. We can’t reveal too much right now, but to all French posse : we are coming.

We regularly update the calendar of upcoming sessions on our website : www.lionsdensound.de

R. L. : How do you see and perceive the future of the sound system scene in Germany ? Do you think that it can develop as much as in France ?

M. E. : Let’s see what the future brings and how long the ‘positive wind will keep blowing’ or if it’s just a temporary trend in the end. The question is how serious the people involved take it, if commitment and dedication will last or if it’s just a short-lived hype-thing. The true motivation will be revealed over the course of time – that’s for sure.

R. L. : If you compare it to France it’s hard to say, as certain structural aspects are not the same (the value of culture as a whole including aspects of funding, professionalism…), the status of an artist, and Germany is lacking almost any general cultural grounding concerning reggae, whereas it seems as if because of the history and constellation of colonialism, black culture on a whole had more impact and influence on the general domain in France.

Écoutez des extraits des productions du label Lion’s Den ici : 

Écoutez une sélection roots de Lion’s Den pour Musical Echoes (octobre 2017) ici :

Plus d’infos sur Lion’s Den ici.