Ackboo : « L’autoproduction, c’est dix fois plus de boulot, mais aussi plus de bonheur ! »

DUB INTERVIEW. À l’occasion de la sortie de son troisième album, prévu en juin, rencontre avec le dub maker français pour en savoir plus sur son nouveau projet. Un disque réalisé de A à Z en indépendant, via un crowdfunding en cours.

Ackoo lors d’un live récent en Finlande. Photo : Tanta Records.

 M. E. : Tu prépares actuellement un troisième album, Pharaoh, prévu pour juin 2018. Comment le décrirais-tu en quelques phrases ?

A. : C’est l’album de la libération ! Aujourd’hui indépendant à 100%, j’ai laissé parler mon inspiration pour piocher dans toutes mes influences. Il s’appelle Pharaoh pour faire référence à mes racines égyptiennes car c’est un projet plus personnel conçu comme un voyage dans mon univers.

M. E. : Tu parles dans la description de ton futur album de « nouvelles expérimentations », tu peux nous en dire plus ?

A. : Je ne peux pas trop en dire avant que la composition soit à un stade avancé. Mais il y aura des rythmes différents, des nouvelles sonorités et ambiances… Trop hâte de vous les faire écouter et de les jouer en live !

M. E. : Tu sembles continuer dans la lignée d‘Invincible en ne te limitant pas au dub « classique », et en t’influençant d’autres genres. Quels autres genres de musique et artistes aimes-tu écouter lorsque tu ne composes pas ?

A. : J’écoute vraiment beaucoup de choses. Mais pour faire court, on peut dire que j’écoute tous les genres classés dans la famille qu’on appelle black music.

Ackboo et Brother Culture au micro, lors d’une Paris Dub Station, en juin 2016. Photo : Tom Tsoham.

M. E. : Et en dub, quels artistes trouves-tu les plus intéressants en ce moment ?

A. : Tous les artistes du label ODG, Malone Rootikal, Telly, Dubmatix

M. E. : J’ai cru comprendre que tu as remplacé une partie de ton matériel analogique par du digital, qu’as-tu utilisé pour produire cet album ?

A. : La technologie a de bons côtés aussi ! Les nouveaux logiciels imitent parfaitement des machines que je ne pourrais pas m’ offrir, alors j’ai revendu une partie de mon matos pour investir dans des logiciels hyper puissants.

M. E. : Est-ce qu’on peut s’attendre à de nombreux featurings, en plus de celui avec Ras Mykha déjà annoncé, comme sur Invincible ?

A. : J’adore bosser avec des chanteurs. Je les laisse totalement libres la plupart du temps, et leur interprétation de ma musique peut parfois être surprenante ! Du coup, ils posent parfois leur voix autrement que ce que j’avais imaginé au départ. Le résultat est parfois super cool et du coup je réajuste l’instrumental pour créer un ensemble homogène, une vraie collaboration quoi ! On écoutera sur cet album Sr Wilson, Pauline Diamond, Hassen Ti… Surprise pour le reste.

M. E. : Est-ce que tu aimerais également produire des tracks avec d’autres producteurs de dub (ou d’autres styles d’ailleurs) ou préfères-tu produire seulement ton travail ?

A. : Je produis déjà de temps en temps des instrus avec Malone Rootikal. Également beaucoup de remixes pour d’autres (High Tone, Roots Raid, …), tout est possible !

M. E. : Ce nouvel album est produit en indépendant. Qu’est-ce que ça change pour toi au-delà de l’aspect financier ?

A. : Avec Invincible, j’étais sous contrat avec un label étouffant qui avait une vision de la vie radicalement différente de la mienne. Avec Pharaoh, je suis totalement libre de m’exprimer et je prends encore plus de plaisir à m’occuper de tous les petits détails du projet. C’est dix fois plus de boulot, mais mille fois plus de bonheur.

M. E. : Du coup sur cet album tu es complètement libre artistiquement. Est-ce que ce n’est pas dur parfois de juger seul ses propres morceaux ? Ou demandes-tu plus de retours à tes proches pour compenser ?

A. : Aujourd’hui comme dans le passé ce sont mes proches qui me font les premiers retours ! J’ai la chance d’avoir un petit groupe d’amis qui viennent d’univers très différents : rap, electro, reggae bien sûr et même musique classique. On se fait des sessions d’écoute autour d’un verre et je m’imprègne de leurs réactions.

Le producteur compte bien sortir son troisième album en juin prochaine. Photo : Tom Tsoham.

M. E. : De plus en plus d’artistes, dans le dub et ailleurs, lancent leurs propres labels. Qu’en penses-tu ? Est-ce que tu comptes à terme développer le tien en y invitant d’autres artistes ?

A. : La multiplication des labels permet à tout le monde de faire sa propre sauce. C’est une bonne chose que les monopoles des gros poissons soient en train de disparaître. C’est en partie grâce à internet et aux home studios. Mon label produit essentiellement mon son mais aussi celui de Malone Rootikal qui à sorti un premier album en 2015 et qui prépare un deuxième pour 2019. Pour la suite… time will tell !

M. E. : Pour cet album tu as décidé de lancer un projet de crowdfunding, quels sont les retours que tu as pour l’instant ?

A. : On a levé 5000 euros en quinze jours, c’est juste incroyable ! Il reste moins d’une semaine (il se termine le 18 février) et tout reste à jouer mais j’y cois à mort. Et même si on n’y arrive pas j’ai reçu des tonnes de messages et un soutien merveilleux que je ne suis pas prêt d’oublier. On ne sait pas à quoi s’attendre quand on se lance dans ce genre d’aventure et là, je suis ravi ! ♦

Propos recueillis par Jules B. 

Pour aider Ackboo à financer son 3e album, c’est icihttps://fr.ulule.com/ackboo-2018/