Chronique LP : « Ghetto Cycle » d’O.B.F & Charlie P

Après un EP en compagnie de Sr Wilson en septembre dernier, Rico O.B.F a proposé ses riddims au vocaliste anglais Charlie P, pour 13 titres et un album complet cette fois qui sort ce vendredi en double LP et CD.

Artwork minimaliste pour ce Ghetto Cycle.

O.B.F a pris l’habitude de brouiller les pistes et de casser les codes musicaux et ce n’est pas nouveau. Loin de se reposer sur le dub qui fait sa notoriété, Rico explore cette fois des pistes en compagnie de l’un de ses chanteurs fétiches.

Présenté comme la « bande originale » de la vie de l’anglais Charlie P dans le fond, Ghetto Cycle ressemble à une synthèse de ce que l’underground anglais fait de mieux, dans la forme. L’album est, en gros, divisé en trois tiers : un premier relativement soft, puis deux qui se mêlent avec intelligence entre le grime et le steppa/dub.

L’ensemble est cohérent et promet des grosses montées de pression en sound system. Rico continue de s’amuser avec les infra, module les tempos, pousse à son extrême chacune des tracks. Charlie P est au-dessus de tout au micro et confirme sa position de super MC. On le sent particulièrement à l’aise sur chacune des pistes et sur tous les styles, comme en attestent les échantillons en intro de… « My introduction ». Incroyable titre sur un riddim lancinant, adapté du fameux tempo.

La première partie de l’album prend le contrepied de ce qu’on connait des prods d’O.B.F. Pas de heavyweight warrior, pas de basses aussi lourdes qu’un semi-remorque. Les sons sont chaleureux et rappellent (dans une interprétation personnelle) les racines du genre. Presque dans la continuité de « Rub a Dub Mood » , « New Generation » par exemple, ressemble à un « digital roots » lancinant à la sauce O.B.F.

« Réalité sociale douloureuse » 

« Sweet reggae music » vient assurer la transition vers ce qui a fait connaître O.B.F. La tune bascule doucement dans la radicalité musicale. Le reste de l’album se promène dans la bass culture, à mi-chemin entre le dancefloor grime (avec « Heavier » ou « Family ») et des pistes plus dub, comme « Reality ». Le véritable tour de force ? Intégrer dans chacun des styles des éléments, des codes de l’autre :  « Dubplate Specialist » est clairement dub, mais Charlie P toaste avec aisance comme un vrai MC hip-hop…

Après cette piqûre d’adrénaline pure, « Struggling » propose de redescendre en douceur avec un son très chanté, presque apaisant. Le côté un peu « kitsch » de la tune en est même agréable et réconfortant ! L’entêtant « Ghetto Cycle » vient clore l’ensemble avec classe, dans un style hip-hop, voire jazzy soutenu par le piano très marquant, comme une fin de soirée londonienne embrumée…

Au final, l’album fait voyager entre la contre-culture bass music anglaise actuelle et le meilleur du dub digital made in Geneva. Comme Wild, on risque bien de le faire tourner quelques années sans s’en lasser, apprenant par cœur des lyrics bien sentis d’une réalité sociale douloureuse. Celle d’un gamin qui grandit avec trois fois rien dans la banlieue londonienne, mais que la musique et le talent sont en train de sauver. Et sortir du ghetto cycle. ♦

*Déjà disponible en digital, Ghetto Cycle sort ce vendredi 13 avril en double LP vinyle et CD digipack sur Dubquake Records. 

Alex. P. 

Tracklisting. 

1- New Generation
2- Policemen
3- Sweet reggae music
4- Reality
5- My introduction
6- Time
7- Buss
8- Dubplate specialist
9- Ah So We Dweet
10- Family
11- Heavier
12- Struggling
13- Ghetto Cycle.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- « New Generation »,
2- « Family » ,
3- « Dubplate Specialist » / « My introduction ».

Le top 3 tunes d’Emmanuel « Blender » : 

1- « My introduction »,
2- « Time »,
3- « Ghetto Cycle ».

Regardez le clip de « Ghetto Cycle » ici :