Lamano Festival : Quand dub et techno font bon ménage !

La 3ème édition du Lamano Festival s’est déroulée pendant le week-end à cheval entre juin et juillet au Plan de Ris-Orangis (91). Une jolie salle de concert dont les pourtours ont été transformés en camping, chill et Roots Corner. C’est un nouveau départ pour l’association Liuban, après une année de déroute financière suivit d’un modèle réduit à prix libre, le Lamano montre de l’ambition avec une grosse affiche et un concept étrange : un festival dub techno.

High Tone a mis le feu au Plan.


Dans l’idée, j’adore les mélanges. Dans la pratique, le résultat est rarement à la hauteur : on finit avec une grosse gamelle de concerts sans lien entre eux. Essayez de demander à quelqu’un les artistes qu’il a vu aux Solidays, s’il vous en cite plus d’un par jour vous pouvez considérer que la personne a une très bonne mémoire. Ou qu’il était le « Sam »  de la soirée… En général, je préfère un évènement au spectre moins large, dont les différentes parties sont capables de se répondre, de partager la scène et de faire évoluer l’ambiance.

Sans avoir réussi une cuisine parfaite pour cette édition, il y a une vraie volonté de créer quelque chose de cohérent au Lamano. On peut le voir à la prog dub steppa, avec pas mal de choses très digitales et proche de la transe : ODG, Radikal Guru, THK, Mahom, Alpha Steppa. Et High Tone, très différent de tout ça – un batteur érigé en roi soleil entouré de sa cour de machinistes – mais très emblématique de l’ensemble par sa nature hybride. C’était du grand High Tone au passage : puissant, mental, violent. Merci les gars.

On avait aussi droit à un peu de roots à l’heure de l’apéro – on est pas des bêtes – entre autres Roots Attack et Roots Diligence. Le tout sur un magnifique dubcorner constitué des sonos de Dub Effect sound system et Snoww dub system. Je ne sais même plus s’il faut appeler ça un corner, à ce niveau. En plus ils avaient mis des tapis devant, pour les faux hippies comme moi qui ont peur de se faire mal aux pieds.

« Je pense qu’on a des choses à apprendre des teufeurs « 

Ce n’est pas moi qui devrais critiquer la partie techno, ni les oeuvres de vijing créées pour l’occasion, je risquerais d’écrire que les personnes qui ont besoin de visuels pour apprécier un son manquent d’imagination. Ce qui ne serait pas très gentil ​pour ces amateurs de techno. Surtout que j’ai raté le meilleur : Adi Shankara, Boston 168, Fjaac. Je sais que Boston 168 a plu, et que Fjaac a déçu, a tel point que l’orga a promis de les payer deux fois moins. J’aurais été assez curieux d’entendre le set techno qu’ils ont tenté sur le corner, malheureusement, il y avait High Tone dans la salle de concert au même moment. C’est d’ailleurs le seul moment où le dub est entré dans la salle et la techno est sortie sur le corner, si je ne dis pas de bêtise. Une sorte d’inversion des polarités.

La sono de Snoww dub system.


C’est une chose de mélanger les style musicaux, c’en est une autre de mélanger les publics. Les discussions fleurissent mais fanent rapidement sur des phrases comme « Ouep, le dub c’est bien en fond sonore, quand il y a du soleil ». Alors oui, effectivement, c’est bien dans ce cas-là, mais c’est surtout des vibes puissantes qui font trembler la terre, c’est pas le tube de l’été ! Heureusement qu’il y avait France-Argentine dans la tente cinéma pour mettre tout le monde d’accord. On a essayé de faire un débat « Invente ton futur » avec la meuf qui s’occupait de l’écologie du site et l’asso ​e-graine au moment du match, pour voir s’il y avait des intellectuels qui snoberaient la Coupe du monde. La réponse est non.

Ceci étant dit, je pense qu’on a des choses à apprendre des teufeurs, quand je les vois arriver à 2000 dans un champs et répartir quatre jours plus tard sans rien laisser derrière eux, sans sécu, sans barricade et sans problème. Ok, peut-être pas toujours sans problème, mais c’est ce que j’ai vu la dernière fois qu’on m’a traîné devant le mur japonisant de Fujitawa​. Les mecs sont capables de couper le son tant que le site n’est pas propre. J’adore.

Ce festival est un objet instable, constitué de prises de risque soutenues par une très belle base dub. Le Lamano prévoit de nouvelle mutations pour l’année prochaine et j’avoue que je suis assez curieux de voir évoluer tout ça. Je ne sais pas ce qu’il vont nous mijoter, mais ces gens ont compris que le dub vit de ses racines autant que de ses innovations. Enlevez l’un ou l’autre et la musique meurt.

Yan C. 

Boston 168, a ravi les amateurs de techno, même si leur musique manque cruellement de chaleur.