Aba Shanti I et High Bass sound system réchauffent Paris avec le meilleur des oldies sur galette !

Samedi 17 novembre, High Bass accueillait le selecta londonien Aba Shanti I pour une nuit 100% revival et 100% vinyles. Du pain béni pour faire danser plus de 500 massives venus se remémorer la crème de la crème de la musique jamaïcaine. Celle qui ne va pas au-delà des eighties !

Aba Shanti I joue les sélections vinyles de son père.


Il est à peine minuit passé et le Complex 53’13 affiche déjà complet. La coursive extérieure, le bar, la danse… Du monde partout et Arthur d’High Bass est obligé de faire cette annonce au micro : « On est complet, prévenez vos potes qui n’ont pas leurs préventes… », avant de balancer une énorme sélection de Linval Thompson alors que Guru Pope au saxophone, accompagne langoureusement le dub.

Les soirées oldies attirent d’autant plus de monde qu’elles sont extrêmement rares sur sound system, même à Paris. C’est le credo d’High Bass depuis quelques années et le crew n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Après avoir invité notamment Gladdy Wax, Jah Observer ou encore Zion Gate Hi-Fi, c’est un immense selecta qui est à l’affiche cette nuit-là en la personne d’Aba Shanti I.

« Il joue les sélections que son père passait sur propre sound system dans les années 60 »

Habitué à jouer des productions UK dub sur des CDs gravés,  l’Anglais montre vite qu’il est ravi de ce concept. Après un petit « I’m gonna put in on » des Wailers qui craque un peu trop et rappelle son âge vénérable, les killers ska s’enchaînent à la pelle et c’est entre deux versions monstrueuses du « Last Call » de Don Drummond, que retentit le célèbre « Greetings in the name of the most high…! » qui inaugure chaque session d’Aba. Lequel explique que « cette nuit va être nuit différente », parce qu’elle coïncide avec l’anniversaire de son père décédé, Alan Smith, qui aurait eu 81 ans cette nuit-là. Pour l’occasion, il joue les sélections que ce dernier passait lui-même sur son propre sound system lorsque que la famille est arrivée en Angleterre dans les années soixante.

Aba Shanti I a ressorti ses vinyles et ceux de son père pour l’occasion ! Photo : Vincent Tremens.

C’est ainsi l’histoire de la musique jamaïcaine qui défile en parallèle de celle d’Aba. L’artiste se livre au micro comme rarement, ajoutant un peu plus tard après un morceau des Skatalites : « Vous savez, c’était une période où mes parents ont quitté le soleil des Caraïbes (l’île d’Antigua, au nord de la Guadeloupe et non la Jamaïque) pour un endroit appelé l’Angleterre, froid, gris, inhospitalier… Ils sont venus juste avec quelques vêtements du dimanche… Ils n’étaient pas préparés à ça… ». Mais ils allaient trouver leur soleil ailleurs, non pas dehors, mais à l’intérieur d’eux-mêmes : dans leurs racines et leur culture. Leur prodigieuse musique surtout. Comme tant d’autres immigrés caribéens le faisaient à l’époque pour survivre dans ce nouvel environnement.

Dans cette musique jamaïcaine chaleureuse et vibrante où chaque musicien répond à l’autre dans un concours de virtuosité : ska, rocksteady, rockers, roots (…) défilent ainsi trois heures durant et c’est bien un cours d’histoire qui est dispensé ici par Aba Shanti qui rappelle à l’envi : « This is history, no mystery », interpellant sans cesse joyeusement le public avant d’évoquer Leonard Howell, l’un des premiers prêcheurs rastafari en Jamaïque dans les années 1930…

Comme l’avait fait High Bass en première partie de soirée, le Londonien passe ainsi le meilleur des oldies en revue, laisse tourner les versions et n’hésite pas à sélecter des classiques entendus mille fois. Qu’importe, le sound system  divisé en deux stacks de deux scoops diffuse un son rond et puissant qui transforme la salle en un cocon dont personne n’a envie de s’extraire. De fait, la fin de la session arrive bien trop tôt pour le public comme pour Aba Shanti, visiblement ému, qui refait une dédicace à son papa avant un dernier aveu : « Quand nous sommes arrivés en Angleterre, nous avons grandi dans une maison avec un sound system. C’est peut-être un cliché pour certains, mais pour moi, c’est une réalité ». Personne n’a sans doute regretté qu’il l’a partage avec nous ce soir-là. ♦

Textes : Emmanuel « Blender »  / Enregistrement : High Bass.

(Re)écoutez la session entière de Aba Shanti I ici :