Chronique : « Summer On Mars » de Marina P & Stand High Patrol

Après un troisième album dédié au boom bap,  les « dubadub musketeerz » poursuivent-ils leur mue voire leur métamorphose, quitte à abandonner le dub ? La magnétique Marina P, les accompagne en tout cas au chant tout au long de ce nouvel et quatrième opus. 

Kazy Usclef, toujours derrière ce somptueux artwork épuré.

L’avis d’Alex P :
Bien plus qu’en sound system, Marina P, exprime pleinement son potentiel sur ce disque. De la G funk ? Stand High le revendique. Et c’est vrai que le côté très soul de la voix de la vocaliste italienne pourrait y faire penser. Mais le crew parle aussi de la scène de Bristol, qu’on retrouve plus facilement tout au long de l’album. Il ne s’agit plus vraiment de dub ici, et la sortie de « Summer On Mars », vingt ans après le grand « Mezzanine »  de Massive Attack, fait peut-être écho à son grand prédécesseur ?

Autre surprise de l’album, Pupajim ne s’y exprime qu’une fois, de manière très brève, comme pour apporter un peu de rudesse sur  « Dreamcatcher ». L’album est à la fois urbain et méditatif, alors que Marina P nous guide au travers des explorations musicales de SHP et nous parle de sujets qui lui tiennent à cœur, avec distance et finesse : l’humanité dans sa complexité, l’espoir, ses rêveries…

« Trompette envoûtante » 

Certains morceaux plairont à certains et pas à d’autres. Mais « Spring Rain » devrait faire l’unanimité avec la trompette binaire et envoûtante de Merry qui nous emmène dans un monde à part entière. La magie est totale et une telle maîtrise nous laisse abasourdis. Les morceaux à dominante plus hip hop comme « Raw Lines » peuvent sembler plus légers, mais leur écoute attentive révèle une vraie identité.

Ce retour aux années 90, cette épure absolue est un ravissement, et il plaira sans aucun doute aux plus curieux tandis que les puristes considéreront, à raison, qu’il ne s’agit pas là d’un album dub. Il n’en reste pas moins que Stand High fait bouger les lignes en attendant de prochaines pérégrinations musicales, sans doute encore bien différentes.

L’avis d’Emmanuel « Blender » :
Avec Stand High, l’original devient banal et le déjà-vu est toujours exclu… Ce dernier opus assez minimaliste ne déroge pas à la règle et offre à Marina P, la complice de toujours, neuf morceaux pour s’exprimer.
D’une voix maîtrisée et plus soul que jamais, la chanteuse italienne oscille sur des rythmiques tantôt hip hop, tantôt électro à la sauce Détroit et plus rarement dub.

La face A décolle lentement, le chant de Marina y semble en apesanteur sur des rythmes électroniques doux et froids, comme si elle marchait sur un fil suspendu dans le vide, au milieu d’une atmosphère futuriste et lunaire.
La musique est résolument moderne, épurée, mais bourrée d’influences. Tellement qu’il est risqué d’en faire le catalogue. L’important est ailleurs : dans l’étrangeté du sentiment ressenti à l’écoute d’ « Atmosphere » ou de « Fragile ». Quelque chose d’à la fois poétique, cinématographique, mais aussi empreint de nostalgie, voire parfois, d’une certaine tristesse.
« Spring Rain » relève quasiment de la musique classique tant l’orchestration est harmonieuse. La trompette, la voix, le beat cyclique, la basse (…) s’accordent à merveille pour un morceau splendide, mais trop court.

« Beat bien gras et old school » 

En face B, la musique nous perd un peu moins et on retrouve par moment, le Stand High que l’on connaît, comme sur « Dreamcatcher » où Pupajim, toujours très prompt, prête main forte au micro à Marina sur une beat hip hop bien gras et old school.
Même chose sur les réussis « Rosetta » et « Summer on Mars » déjà joués pas mal de fois en sound system ou en live…
Les influences electro et dub digital se mêlent harmonieusement et les boucles hypnotisantes et lentes, sont parfaites pour la voix haute et chaude de la chanteuse transalpine.

Enregistré entre le Homey’s studio Marina P et le Donjon studio, l’album a été mixé à Nantes, au Lagos Road Studio, et les aller-retours furent nombreux entre les différents protagonistes. C’est d’ailleurs la chanteuse qui a d’abord écrit puis transmis ses textes a cappella à Pupajim. Lequel a ensuite composé des intrus pour les habiller. Une anecdote qui a son importance, preuve s’il en fallait, que Stand High ne fait décidément rien comme tout le monde. Mais il le fait toujours aussi bien. ♦

* Summer On Mars est sorti le 9 novembre sur Stand High Records en CD, LP vinyle et digital. 

Tracklisting : 

1- Working Class

2- Atmosphere

3- Landlord

4- Fragile

5- Spring rain

6- Dreamcatcher

7- Raw Lines

8- Summer On Mars

9- Rosetta.

Le top 3 tunes d’Alex P. : 

1- Spring Rain,
2- Landlord,
3- Summer On Mars.

Le top 3 tunes d’Emmanuel « Blender » : 

1- Spring Rain,
2- Dreamcatcher,
3- Rosetta.

Écoutez le morceau « Dreamcatcher » ici :