Chronique : « Digital Harmonies » de Miniman

Le dub maker nantais vient de sortir son sixième album sur le label polonais Moonshine Recordings. Si l’artiste reste relativement discret depuis le début de sa carrière il y a vingt ans, cet opus pourrait pourtant bien sonner comme celui de la consécration pour un compositeur pionnier de la scène dub française. 


L’an prochain, cela fera vingt ans que le morceau fondateur de Miniman, est sorti. Le génial « Dub Land » (écoutez ici) ouvrait alors la mythique compilation Alternative Novo-dub vol.1 sur le label nantais Hi-Subway. Nous sommes alors en 1999 et la scène dub live française est entrain d’exploser : Zenzile, High Tone, Kaly Live Dub, Lab° ou encore Meï Teï Show figurent tous sur cette même compilation qui illustrait alors l’effervescence artistique d’un genre qui venait de naître.

Mais à la différence de ces formations, dont la plupart continuent leur route aujourd’hui, le pianiste de formation mène sa carrière solo et n’a jamais vraiment percé au delà du milieu reggae/dub. En tout cas commercialement. Car artistiquement, ses productions sont régulièrement jouées par les grands sound systems outre-Manche, Jah Shaka en tête. Pas une fin en soir, mais une preuve tangible que sa musique est appréciée et reconnue.

Après un album sur ODG et deux précédents sur Hammerbass, son 6e album est sorti sur Moonshine Recordings, mi-novembre, le label polonais spécialisé en dub et bass music. Une nouvelle qui laissait présager un virage franc vers la wooble-bass, mais il n’en rien est et c’est tant mieux ! Les incursions dans le dubstep sont timides et maîtrisées et restent marginales, comme sur « Ascension » et sa rythmique progressive un peu trop systématique.

« Dub aussi mystique qu’inquiétant »

Le truc de Miniman, c’est d’abord le soin apporté aux compositions, toutes très abouties et léchées que le nombre de bpm soit élevé ou non. Après les deux premiers morceaux qui sonnent plutôt roots, le tempo s’affole pour ne quasiment plus redescendre ensuite. Le paroxysme est atteint sur le superbe « Ancestors », dub aussi mystique qu’inquiétant qui remporterait haut la main n’importe quel dub fi dub de n’importe quelle session !

« Marching Dub » ou plus encore « Knights of Dub », sont construits à l’identique : une avancée rythmique implacable, introduite par des samples, où les basses se faufilent subtilement, tantôt en retrait, tantôt omniprésentes, jouant à merveille à cache-cache avec le contre-temps du skank.
Le résultat est parfois brutal, mais rarement attendu, à l’exception de Back Inna de Yard, le neuvième et dernier morceau de l’album, où la rythmique est peut-être soulignée un peu trop grossièrement.

Murray Man, de sa voix grave amène un peu de chaleur à ces compos digitales sur l’excellent « From Creation » qui était déjà sorti sur une compilation de Vibronics en 2012 (The French Connection, Hammerbass), mais aussi sur le très stepper « Nough A Dem Afraid Away » où le chanteur s’emporte contre les fameux « Hypocrites and Parasites » chers à l’imaginaire rasta.

Instrument de prédilection de Miniman, le mélodica est le grand absent de cet album et seul le premier morceau en comporte et rappelle les premières productions du compositeur, mais aussi les vieilles sessions sound system nantaises où Miniman faisait encore partie de Zion Gate Hi-Fi.

Nous voilà revenus presque vingt ans en arrière et ces deux décennies passées n’ont pas été vaines pour le producteur. L’expérience et le savoir-faire acquis comptent dans une époque où de nombreux jeunes dub maker se lancent facilement dans la production. Car Miniman arrive aisément à s’en distinguer par la maîtrise et la subtilité de ces compositions. De fait, Digital Harmonies s’impose comme l’un des meilleurs albums dub de 2018 et mérite largement de ne pas être téléchargeable gratuitement, contrairement au précédent. ♦

E.B.

* Digital Harmonies est sorti le 16 novembre en double LP vinyle et numérique sur Moonshine Recordings

L’avis d’Alex P. :
Difficile de parler de Miniman : l’artiste semble faire son petit chemin solo, et on le voit assez peu. Ce qu’on peut dire en revanche, c’est qu’il montre sur Digital Harmonies une maîtrise totale du dub, de ses outils et de ses codes. L’album est irréprochable : puissant, audacieux et cohérent.

Miniman nous propose un trip à la fois lunaire et sauvage, à base de grandes envolées de basses, de samples rudes et d’audaces qui payent (mention spéciale pour le chant diphonique au début de « Ancestors » ). Pas de top 3 sur cet album, il mérite largement d’être écouté dans son ensemble et poussé à son maximum.

Tracklisting (LP vinyle) : 

A1- Path of Stars
A2- From Creation ft. Murray Man
A3- Ascension
B1- Ancestors
B2- Galactica
C1- Marching Dub
C2- Nough A Dem Afraid Away ft. Murray Man
D1- Knights of Dub
D2- Back Inna De yard.

Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- Ancestors,
2- Marching Dub
3- From Creation feat. Murray Man.

Écoutez l’album Digital Harmonies ici :