Chronique : « Lost in Space » de Gentleman’s Dub Club

Les neuf musiciens de Leeds viennent de sortir leur 4e album, Lost in Space, et ses onze titres explosifs. Un reggae festif et rythmé parfait pour danser qui évite soigneusement la cacophonie et les clichés.  

Ne tournons pas autour du pot, ce Lost in Space est de la dynamite musicale ! Une explosion sonore, non pas venue de l’espace comme l’indique l’hideux visuel de la pochette, mais de Leeds, dans le Yorkshire, au nord de l’Angleterre. Cette ville anciennement industrielle où les petites maisons de briques s’alignent à l’infini et où la communauté afro-caraïbienne est aussi nombreuse que dynamique. C’est dans ce contraste typiquement british que neufs musiciens ont formé il y a une dizaine d’années, le Gentleman’s Dub Club.

Deux EPs et trois albums plus tard, le band revient donc les bacs pour onze titres solides dans la veine de leur précédent album, Dubtopia, sorti en 2017, mais un regain de chaleur et de rythmes chaloupés. Une basse énorme, une batterie déjantée, une guitare qui n’hésite pas à aller au-delà du skank, un clavier très électronique, des percussions et des cuivres virtuoses (trompette et saxo) sont les ingrédients qui donne irrémédiablement envie de danser dans tous les sens.
Sur ces rythmes soutenus et cadencés tour à tour reggae, ska, dub, électro (…), poser sa voix relève de la gageure. Pourtant, Jonathan Scratchley y arrive avec un naturel déconcertant. Le vocaliste passe de la chanson douce (« Ground Shakin’ », « Midnight Healing ») à des passages toastés (« Intergalactic », « Stardust ») où il prend son timbre le plus ruff en gardant son délicieux accent du nord de l’Angleterre.

Les neuf membres du groupe, toujours sapés comme des princes.

Ce cocktail détonnant, qui prend bien sûr toute sa mesure en live, pourrait se perdre dans un trop-plein de sons, d’instruments et de bruits à l’instar de la cacophonie dont nous gratifient certains groupes de reggae non jamaicains dès lors qu’une section cuivre y figure. Mais c’est précisément l’inverse qui se produit ici : les arrangements sont impeccables et l’orchestration soyeuse et épurée. Chaque musicien sait s’effacer poliment pour faire briller l’autre et donner plus de relief à un solo de trompette ou une ligne de basse pachydermique… C’est la grande réussite de cet album : un jeu sobre qui permet à chacun et même aux silences de s’exprimer pleinement. C’est le cas par exemple sur le splendide « God of War », titre instrumental, où les cuivres se répondent magnifiquement tout au long d’un rythme chaloupé de plus en plus attaqué par les effets dub pour un résultat implacable.

C’est dans ce sens aiguisé et du collectif que ces neufs Anglais-là sont de vrais gentlemen : seuls ils ne sont pas grand chose, à huit plus un au micro, ils se transforment en une machine de guerre capable d’embraser n’importe quelle scène et n’importe quel salon pour le transformer en un dub club aussi élégant que festif. ♦

E.B.

* Lost in Space est sorti en CD, LP vinyle et numérique, le 25 janvier, sur le label Esay Star Records. 

Tracklisting : 

1- Lost in Space [Intro]

2- Light the Fuse

3- Stardust

4- Ground Shakin’

5- Out of This World

6- God of War

7- Turning Back featuring Million Stylez

8- Eye of the Storm

9- Intergalactic

10- Midnight Healing

11- Walking Away Featuring Winston Francis.

Le top 3 tunes du chroniqueur : 

1- Intergalactic

2- God of Star

3- Eye of the Storm.

Regardez le clip de « Stardust » ici :