Chronique : « Nazamba LP » (produced by O.B.F)

Sorti fin mai sur le label d’OBF, Dubquake Records, le premier album de George Nazamba Scott témoigne d’une belle maîtrise du chanteur et parolier jamaïcain.


Après un premier 12″ deux titres il y a quelques mois en guise de teasing, sur lequel nous avons pu découvrir le phrasé particulier et la voix caverneuse de Nazamba sur « The Hills » et « The Groove », cette fois-ci c’est un album de neuf titres qui arrive dans les bacs de vinyles.

Les instrumentaux composés par Rico d’OBF, témoignent de la capacité du producteur à se mettre en retrait et de varier encore les styles musicaux pour mieux servir le storytelling de son chanteur. Exit les compositions lourdes et stepper, cela ne servirait pas le propos et le style dub poetry si particulier de Nazamba. Ce dernier a davantage besoin de quelque chose de sombre et organique, quasi mystique pour ses textes ancrés dans la réalité parfois cruelle du monde qu’il dépeint.

« L’histoire d’un homme traqué qui croyait être le « Don » »

L’album s’ouvre sur un reggae à l’ancienne bien yardie. Percussions, flûtes et skanks au piano s’entremêlent pendant que le poète égraine les noms de pays africains et scande le nom d’ »Alkebulan »,  l’autre nom du continent, le premier donné par les populations autochtones. « The land of the burnt faces » symbolise également l’un des premiers noms qui aurait été donné à l’Ethiopie.

Nazamba a ce talent particulier de placer des décors et situations concrètes mais disponibles pour l’imaginaire, à l’instar de « The Groove » qui transporte l’auditeur dans un studio jamaïcain, ou sur le très bon « Run », qui narre sur un ton froid et implacable l’histoire d’un homme traqué, devant fuir en permanence après un meurtre alors qu’il se croyait être le « Don ».

Si les cinq premiers morceaux ont cette vibe reggae qui ravira les amateurs du genre, la suite de l’album dénote franchement, au risque d’en perdre plus d’un au détour d’un virage totalement expérimental. Exit l’aspect roots, place à un univers beaucoup plus sombre. La surprise est d’autant plus marquée sur le morceau « Badmind », où l’on ne parle plus d’instrumentale mais de fond sonore, bruitiste, de cinq minutes…

Un flow varié, entre le prêche et parfois même l’incantation du sorcier, une voix puissante, une écriture très imagée sur des instrumentales toujours originales, voilà la recette de ce disque à part. Pour un premier album, la surprise est grande et témoigne d’une grande maîtrise. Surprise toujours, les featurings avec Linval Thompson et Soom T qui viennent aérer l’opus de leur chant différent du strict spoken. Dommage toutefois que l’album soit coupé en deux de manière si tranchée, car il est difficile de passer du reggae à l’expérimentation, aussi intéressante soit-elle.

Samuel Bagla.

*Nazamba LP est sorti le 24 mai sur Dubquake Records en vinyle et numérique. 

Tracklisting :

1- Africa
2- The Hills (Feat. Linval Thompson)
3- The Groove
4- Play Sweet
5- Run !
6- Medication Tree
7- Politricks (Feat. Soom T)
8- Badmind
9- People.

 Le top 3 tunes du chroniqueur :

1- Run !
2- The Hills
3- The Groove.

Le top 3 tunes d’Emmanuel « Blender » :

1- Africa
2- The Hills
3- Medication Tree.

Ecoutez « Play Sweet » ici :