Olivier Bruneau (association Get up !) : « L’un des principaux objectifs du festival est de participer à la démocratisation du mouvement sound system ! »

SOUND SYSTEM INTERVIEW. Créé en 2014, le Dub Camp festival s’est rapidement imposé comme LE festival de la culture sound system en France et en Europe. À une semaine de cette sixième édition, le directeur de l’association Get up qui l’organise répond à nos questions et fait la lumière sur la face cachée de l’organisation d’une tel événement… 

Olivier Bruneau. Crédit : David Gallard.

Musical Echoes : Salut Olive, merci pour ta disponibilité ! Rentrons tout de suite dans le vif du sujet : sur quoi vous bossez en ce moment alors qu’il reste que quelques jours avant l’ouverture du festival ?

Olivier Bruneau : On bosse sur les derniers préparatifs de la scénographie, la coordination des différentes équipes, le RH et gérer les derniers imprévus inhérents à l’événementiel. On est dans la dernière ligne droite !

M.E. : J’imagine qu’il reste encore du boulot d’ici au 11 juillet ? À partir de quand, investissez-vous le site et débutez-vous l’installation physique du festival ?

O.B. : Toute la team arrive sur site le 5 juillet pour le terrassement des zones et ensuite le montage jusqu’au festival. On termine le démontage le dimanche 21 juillet. Un vrai marathon !

M.E. : Combien de personnes bossent-elles sur l’installation ? Sont-elles bénévoles chez Get Up ! ou employées ?

O.B. : Nous sommes une équipe de quatre permanents (communication, production, vie associative et direction/programmation). Nous avons deux salariés en renfort pour six mois (relation presse et administration de production). Enfin nous avons un service civique sur l’accessibilité et trois stagiaires (production, graphisme, régie technique). Des techniciens pour le montage sont également embauchés ainsi que l’équipe de direction technique. Le reste de l’effectif est bénévole.

M.E. : Est-ce que stressant et usant pour toi et l’équipe de rentrer dans une telle période ou c’est plutôt l’excitation à l’approche de l’événement qui domine ?

O.B. : Un peu des deux, mais là à J-10, nous avons tous hâte de commencer à arriver sur site et voir tout le travail réaliser se concrétiser. Nous sommes tiraillés entre le stress (mais un bon stress) et l’excitation.

M.E. :  En tant que directeur de l’association Get Up, quel est ton rôle à l’approche du festival ? De quoi est fait ton quotidien concrètement ?

O.B. : Je gère la partie RH, la partie budgétaire, le relationnel avec les artistes et surtout les imprévus de dernière minute.  Comme on dit à J-10, il n’y a plus de problème, il n’y a que des solutions.

Young Warrior et sa sono reviennent au Dub Camp cet été. Photo : Thomas Planchais.

M.E. : Est-ce que c’est toi qui t’occupes de la programmation ? Quand a-t-elle été bouclée pour l’édition 2019 ?

O.B. :
Pour la programmation, je m’en occupe avec la « commission programmation » composée de quelques adhérents très actifs dans le milieu sound system. La programmation est bouclée, au plus tard, en janvier.

M.E. : Au bout de cinq éditions, dans un milieu quand même assez restreint du sound system, est-ce que c’est dur de proposer une programmation originale ?

O.B. : C’est en effet un défi d’une année sur l’autre mais c’est toujours excitant. On ne se l’imagine pas mais il y a toujours des meetings inédits à proposer et des sounds d’Europe et d’ailleurs que nous n’avons toujours pas fait jouer au Dub Camp.

M.E. :  Il y a quand même quelques d’artistes qui reviennent quasiment systématiquement d’une année sur l’autre ou deux ans après (Channel One, OBF, King Shiloh, Stand High, Legal Shot…). Le Dub Camp ne peut-il pas se passer de têtes d’affiches… ?

O.B. : Effectivement, une partie des festivaliers attendent aussi de voir ce qu’on appelle des « valeurs sûres ». Il faut trouver un juste équilibre entre découverte, concepts originaux et valeurs sûres. Ça n’est pas toujours simple…

M.E. : Comment essayez-vous de répartir la programmation justement entre têtes d’affiches et artistes émergents ou moins connus ?

O.B. : Oui, je pense que nous avons aussi une responsabilité en tant qu’organisateur de faire découvrir les nouveaux projets de qualité, et la liste est longue ce qui me donne confiance pour la suite…

M.E. : Dans cette « catégorie » là, qu’est-ce que tu nous conseilles de ne pas louper cette année ?

O.B. : Du côté des artistes dits « émergents », nous vous conseillons Ist3p, la nouvelle sono de Jah Militant, les sélections très pointues des Roots Workers, la venue de Pablo Gad pour son retour en sound system entre autres, car j’aurais presque envie de tous les citer…

M.E. : Il y a aussi désormais des « créations » originales ou de plus en plus de sets spéciaux… Ce sont vraiment des de vraies plus-values artistiques ?

O.B. : Oui car ça permet de proposer aux artistes de sortir de leur « zone de confort » et proposer au public des sets originaux ! En général, les créations viennent des envies des artistes eux-mêmes ! Ils ont envie de collaborer avec tels ou tels chanteurs, de passer sur tels sound systems et nous on essaie de réaliser cela. Ça plaît énormément aux artistes, et je pense que cela plait aussi au public et c’est ce qui rend le festival unique.

M.E. : Zenzile vient pour la première fois au Dub Camp, avec Winston McAnuff au micro, d’où est venue cette idée ?

O.B. : Zenzile nous a contacté car ils avaient envie de nous proposer quelque chose : une création pour leur première venue sur le festival. Ils avaient envie de revenir à leur premier amour, le sound system.

Au fil des échanges, est venu le nom de Winston McAnuff ! Le chanteur qui connait bien les gars de Zenzile était très motivé pour rejoindre le projet. Et Zenzile avait aussi très envie de collaborer avec lui ! Alors, on s’est dit : banco, allons-y !

M.E. : Au-delà des scènes française et britannique plus connues, est-ce que c’est dur pour vous de prospecter et de trouver des talents d’ailleurs, à la fois des producteurs et des sound systems ?

O.B. : Oui et non, il y en a tellement que c’est compliqué de faire des choix. Mais c’est chouette de pouvoir proposer des artistes que nous n’avons pas l’habitude de voir en France (je pense à Bass Revelation ou encore aux Allemands de Young Veteran sound system). Pour cela, nous nous devons d’être toujours curieux et ouverts à ce qui se passe dans le milieu !

« La scène a aussi évolué et s’est professionnalisée : de plus en plus d’organisateurs, de soirées, de bookeurs, de tourneurs et d’agents d’artistes sont présents dans le milieu. »

M.E. : Comparativement à ses débuts en 2014, le festival semble un peu plus s’ouvrir et sortir un peu du cadre strict du sound system avec des concerts acoustiques, une fanfare, mais aussi pas mal d’animations (…), tu n’as pas peur que ces choix brouillent un peu le positionnement initial d’un festival dédié à la culture sound system, qui était unique en son genre, et finalement assez « puriste » ?

O.B. : Non car l’un des principaux objectifs du festival est de participer à la démocratisation du mouvement sound system. Même si les sets proposés sont originaux, ils restent dans le cadre du sound system ! La fanfare plaît énormément au public et permet d’être accessible à un public de néophyte qui vient plus pour l’ambiance générale et qui sont curieux de découvrir cette culture. Le pari est donc gagné !

Aussi, le festival est aussi un lieu de vie, il serait impensable de ne pas proposer d’animations pour se « reposer » un petit peu et passer un bon moment entre deux danses. Et puis, les animations proposées sont souvent en rapport avec le sound system : jukebox arena, boxmen challenge… Ce sont des animations uniques et créées pour le festival. Les ateliers de prévention et d’eco-reponsabilité sont aussi un beau reflet du travail de l’association et des valeurs du Dub Camp.

M.E. : Mais trop développer l’aspect « entertainment » et « grand public » sur le festival (comme ça peut se faire actuellement dans des festivals reggae plus gros comme le Rototom), n’est-il pas un risque pour le Dub Camp ?

O.B. : Je ne pense pas, nous n’en sommes pas du tout là… Et ce n’est clairement pas notre volonté.

Habitué du festival, le sound system rennais, Legal Shot est de la partie pour cette 6e édition ! Photo : Thomas Planchais.

M.E. : Évoquons pour finir un sujet dont on parle peu en général : l’économie. Après l’édition 2018, l’asso Get Up était nettement déficitaire dans ces comptes, à quoi est-ce dû ?

O.B. : Principalement, c’est la d’une hausse des budgets (sécurité et technique) qui ont bondi de 60% en cinq ans. En plus, une baisse de la fréquentation sur cette édition nous à mis en grande difficulté car nous sommes un festival autofinancé à 97%.

M.E. : Comment avez-vous pu finalement repartir de l’avant et réussir à proposer une édition 2019 loin d’être au rabais avec une programmation aussi étoffée que les précédentes années ?

O.B. : Les artistes, les prestataires, les salariés, les adhérents de l’association, les techniciens… Tous on fait de gros effort pour que l’on puisse se relever et pouvoir proposer une édition 2019 sans baisser en qualité artistique.

M.E. : Est-ce que les artistes font aussi des « sacrifices » et jouent aussi le jeu ? Est-ce que vous rentrez parfois dans la négociation avec des artistes « trop gourmands » ? Arrive-t-il que des artistes ne viennent finalement pas alors qu’ils étaient prévus initialement dans la programmation parce que leurs prétentions sont supérieures à ce que vous pouvez leur donner ?

O.B. : La plupart des artistes contactés pour cette édition ont été à l’écoute et compréhensifs. Mais effectivement les négociations avec les artistes internationaux peuvent être complexes… Évidement nous ne pouvons pas programmer tous les artistes que nous rêverions d’avoir car question budget, nous rentrons dans d’autres réalités.

M.E. : Pour être clair, il faudrait combien d’entrées cette année, pour que l’asso rentre dans ses frais, sans même parler de faire des bénéfices… ?

O.B. : Cette année le break est à 23 000 personnes sur quatre jours. On croise les doigts !

M.E. : Aujourd’hui, les subventions institutionnelles sont-elles moins nombreuses pour vous ? Et si oui, comment faites-vous pour palier ce manque à gagner dans votre budget ?

O.B. : Nous n’avons jamais été trop subventionnés et ce par choix. Nous voulions garder notre indépendance. Aujourd’hui, nous sommes à 3% de subventions ce qui ne pèse pas lourd dans notre budget. Mais nous sommes contents de les avoir…

M.E. :  Get Up existe depuis onze ans maintenant… Est-ce plus difficile d’organiser des événements majeurs aujourd’hui qu’il y a dix ans, ou même six ans quand le festival a commencé ?

O.B. : C’est une évidence ! La politique sécuritaire a considérablement compliqué l’organisation de ce type d’évènement surtout pour le reggae. La scène a aussi évolué et s’est professionnalisée : de plus en plus d’organisateurs, de soirées, de bookeurs, de tourneurs et d’agents d’artistes sont présents dans le milieu. C’est une très bonne chose mais les coûts de production ont de fait augmenté. Ce qui est chouette c’est que la passion et l’envie sont toujours présentes au bout de toutes ces années ! ♦

Propos recueillis par Emmanuel « Blender ». 

Demandez le programme détaillé du festival ici : 

RUNNING ORDER

 

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Jah Youth, Word Sound & Power, Mighty Massa, Michael Rose, Wackies, Sir Coxsone Outernational, Roots Hitek, Entebbe, King Jammy, RDK Hifi + partagez cette interview sur votre profil Facebook.

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