Dub Kazman : « Au Japon, les gens viennent au dub d’abord par le reggae ! »

DUB INTERVIEW. Rencontré cet été, la veille de sa date au Dub Camp 2019, Kazuma Nakamura (rien à voir avec Aya, rassurez-vous) aka Dub Kazman est un jeune homme timide et souriant de 29 ans. Depuis Osaka, il a traversé le monde et fait près de 10 000 kilomètres pour jouer une heure et demie sur la sono de Mungo’s Hi-Fi. Assurément l’une des sessions les plus originales du festival. Cela valait bien une petite interview à propos de ses activités, ses influences et cette étonnante scène dub japonaise sans complexe…

Dub Kazman au Dub Camp. Crédit photo : Antoine Violleau.

Musical Echoes : Salut Dub Kazman, est-ce qu’il existe au Japon des festivals comparables au Dub Camp ?

Dub Kazman : Non, car au Japon, les festivals de reggae sont plus dédiés au dancehall et la scène dub est petite là-bas, pas comme en France.

M.E. : Oui mais maintenant, il y a pas mal d’artistes dub Japon avec toi, Roots Masashi, Sak Dub I, le label Riddim Chango (…) et bien sûr Mighty Massa qui a joué au Dub Camp en 2015. Es-tu influencé par lui ? C’est un peu votre « Jah Shaka » japonais ?

D.K. : Oui bien sûr, c’est notre teacher à tous ! L’an dernier, nous avons organisé une session à Osaka, Dub Meeting, avec Sak Dub I et Hiroshi de Riddim Chango et on a fait venir Mighty Massa, c’était une grosse session ! C’est une légende pour la nouvelle génération et il est encore pas mal actif depuis sa campagne…

M.E. : Les gens ne le savent pas forcément ici, mais le Japon est un gros pays de reggae à l’époque du roots et aussi aujourd’hui avec beaucoup de magasins spécialisés, de collectionneurs de disques (…). Comment expliques-tu cela ?

D.K. : Oui c’est dû principalement à la scène dancehall et des crews comme Mighty Crow qui sont plus spécialisés dans la musique jamaïcaine et le dancehall et célèbres dans le monde entier. Mais nous, on fait quelque chose de différent, on joue du dub… Notre scène est petite, mais elle existe à Osaka et aussi à Tokyo avec Bim One notamment et quelques gros sound systems.

M.E. : Oui, là on parle de la musique actuelle, mais je voulais dire que les beaucoup de Japonais semblent aussi apprécier la musique roots des origines, non ?

D.K. : Oui c’est lié aux magasins de disques comme Pirate Choice par exemple dont le fondateur (Masa NDLR) est allé en Jamaïque plus de cent fois et qui en ramène toujours plein de disques pour son shop, Drum & Bass Records à Osaka. Il a aussi un label de réédition et de très bonnes connections avec les artistes en Jamaïque…

« Je crois que le premier vinyle de dub que j’ai acheté, c’était un Jah Shaka et c’est le premier à m’avoir inspiré musicalement… »

M.E. : Et toi personnellement, comment es-tu tombé amoureux de ces musiques ?

D.K. : Mon cas est un peu différent. J’habite le sud d’Osaka et les gens là-bas adorent le reggae, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais la scène reggae est très populaire là-bas… Je pense que c’est parce qu’il y a des festivals de drum & bass là-bas avec des sonorités comparables au reggae… Bref, j’ai commencé à écouter du reggae à 12 ou 13 ans, quand j’étais au collège, puis j’ai commencé à faire le DJ (selecta NDLR) avec mes vinyles vers l’âge de 17 ou 18 ans. Je jouais alors du fondation reggae des 70’s et 80’s, mais aussi du dancehall, mais pas de bashement…Mais je ne connaissais rien au dub ni au stepper avant mes 20 ans, voire plus…

Dub Kazman au Dub Camp 2019. Crédit : Antoine Violleau.

M.E. : Alors comment es-tu passé du reggae roots ou du digital au dub/stepper ?

D.K. : Cela s’est passé dans les magasins de disques. Je ne me souviens plus bien, mais je crois que le premier vinyle dub que j’ai acheté, c’était un Jah Shaka et c’est le premier à m’avoir inspiré…

M.E. : Oui d’ailleurs, Shaka, Aba Shanti I ou Channel One, vont jouer au Japon assez souvent…

D.K. : Oui Shaka vient tous les ans quasiment et justement Aba Shanti y était le mois dernier (en juin NDLR) et Channel One est venu l’an dernier… Ces danses-là sont très populaires !

M.E.: Justement, remarques-tu des différences entre les sessions au Japon et ici, par exemple à Nantes ? C’est la même chose ou il y a des différences au niveau du public, du volume sonore… ?

D.K. : Oui, c’est différent. Au Japon, il n’y a pas de grosse scène dub comme ici à Nantes, mais les gens viennent au dub d’abord par le reggae. Mais j’ai remarqué qu’en France, les gens « venaient » au dub par d’autres musiques comme des trucs house ou plus électroniques… Et après, ils découvrent le reggae via le dub… Donc c’est un chemin différent.

M.E. : Et vous avez aussi des sessions toute la nuit au Japon ?

D.K. :
Cela dépend du club, mais généralement, par exemple à Osaka, on fait des sessions de 19 h à 01 h ou du 02 h du matin. Donc ça commence et ça finit plus tôt.

M.E. : Et qu’en est-il de la scène sound system au Japon ?

D.K. : Comme je l’ai dit avant, la plupart des sound systems japonais jouent du dancehall, mais il existe des sounds roots aussi, mais ils ne sont pas très connus. Cela reste underground et c’est parfois difficile d’organiser des sessions… Et l’autre point aussi, c’est qu’en Europe, vous pouvez jouer très fort à un gros volume, mais au Japon, c’est difficile de jouer aussi fort à cause de la loi…

M.E. : Et pour la musique que tu produis, tu fais ça avec un ordinateur ? Tu joues aussi des instruments ?

D.K. : Oui enfin, je joue juste les keyboards et après je fais ça avec un logiciel sur ordinateur.

M.E. : Dans la façon de composer, quels sont les principaux qui t’influencent ?

D.K. : Je dirais peut-être Mighty Massa, O.B.F et King Alpha…

M.E. : Tu produis un dub parfois très « warrior », très stepper… Cela existe en France bien sûr, mais le tien va encore plus loin pour moi…

D.K. : Oui mais c’est inspiré du UK style comme mon morceau sur Osaka Steppas (écoutez ici). Mais je me nourris de tous les styles  de dub.

M.E. : Comment tu as rencontré Pupajim qui est un chanteur populaire de la scène dub ici en France et qui chante sur quelques uns de tes morceaux ?

« C’est difficile de subvenir à ses besoins uniquement avec sa musique au Japon… »

D.K. : Je l’ai rencontré au Japon, c’était il y a plus de dix ans je crois… Il a fait une tournée au Japon avec le crew Maffi (une subdivision du label digital allemand Jahtari NDLR) et je l’ai rencontré à cette occasion et on est toujours resté en contact. L’an dernier, il est revenu au japon pour un voyage privé et je lui ai montré quelques endroits…

M.E. : Est-ce que tu arrives à vivre de ta musique ou c’est difficile ? Tu as un autre métier ?

D.K. : Oui, j’ai un autre boulot. C’est difficile de subvenir à ses besoins uniquement avec sa musique au Japon… Et du coup, je travaille dans un hôtel à Osaka…

M.E. : Tu penses qu’un jour, tu pourras vivre de ta musique ?

Dub Kazman, lors de sa session au Dub Camp, sur le sound system écossais, Mungo’s Hi-Fi. Photo DR.

D.K. : Hum… Je ne sais pas, je ne pense pas… Quand j’étais plus jeune, je rêvais d’être musicien et d’en vivre, mais maintenant, c’est différent. C’est plus dur, je dois travailler et me battre, mais c’est aussi pour ça, que j’arrive à créer de la bonne musique. Je le vois comme un combat social aussi !

M.E. : Au Dub Camp, c’est ta seconde date en France ?

D.K. :
La troisième ! J’ai déjà joué à Rennes au Monde Bizarro en 2017 à Nantes le mois dernier avec Melodub (en fait à Haute-Goulaine, pour la session Dubwise United NDLR).

M.E. : Et tu as joué dans d’autres pays à part le Japon et la France ?

D.K. : 
Oui en Angleterre car j’ai habité six mois à Londres… Mais aussi en Irlande avec Ras Tinny et Alpha Steppa, et en Slovénie !

« I need a map » featuring Pupajim, sorti sur le label Rough Signal Records.

M.E. : Tu as aussi une activité de producteur avec ton label qui est récent…

D.K. : Oui, Rough Signal Records. Pour l’instant je n’ai que trois releases : une avec Pupajim (7″,« I need a map », écoutez ici), une autre avec Errol Bellot (10″, « Made in Jah », écoutez ici) et une autre seulement instrumental avec juste moi dessus. Mais ma prochaine sortie est prévue pour la fin de l’année…

M.E. : Et en live, tu prépares tes sets comment ? Tu ne joues pas que tes productions ?

D.K. : Cela dépend ! Quand je joue au Japon, je joue mes trucs, mais aussi des morceaux européens que les Japonais ne connaissaient pas. Mais ici, ces différents, il y a tellement de producteurs… Je joue plutôt des trucs japonais du coup pour faire découvrir notre scène. ♦

Propos recueillis et traduits par Emmanuel « Blender ».

 

Écoutez en exclusivité la session complète de Dub Kazman au Dub Camp 2019 ici :