Adam Prescott & Joe Ariwa : « Au studio Ariwa, on enregistre encore sur des bandes magnétiques ! »

DUB INTERVIEW. Avant la sortie d’un album commun, enregistré au mythique studio Ariwa, les deux producteurs Adam Prescott (Reggae Roast sound system) et Joe « Ariwa » Fraser (fils de Mad Professor) nous en disent plus sur l’histoire et la fabrication de cet opus dont un titre complet est en écoute ici. 

Joe Ariwa (à gauche) et Adam Prescott (à droite).

Musical Echoes : Comment ce projet est-il né ? Est-ce votre première collaboration musicale ?

Adam Prescott : Joe et moi avons fait quelques shows ensemble via mon travail avec Reggae Roast et aussi quelques concerts solo et nous nous entendions vraiment bien alors j’ai proposé à Joe de travailler à un projet commun. Notre idée initiale était de faire une sorte de « New Génération of Dub ».
C’est notre première collaboration musicale, mais je doute que cela soit la dernière car je pense que nous avons ici un disque dont je suis vraiment satisfait.

Joe Ariwa : Moi et Adam, nous nous sommes rencontrés quelques fois dans le milieu du dub et avons toujours eu un respect mutuel l’un pour l’autre. Au printemps 2018, il a proposé que nous fassions un projet ensemble que nous avons enregistré en quelques mois.

M.E. : Quelle était l’idée de cet album ? Pour moi, il sonne assez roots avec beaucoup d’instruments analogiques et un mix dub plutôt classique…

A.P. : Initialement, nous avons commencé le processus d’écriture de cet album avec des disques de ma collection personnelle et en travaillant sur les vibrations que nous voulions créer en les écoutant et y sélectionnant notre palette musicale pour le projet.
Je suppose que le son du disque est fortement influencé par le fait que nous étions au studio légendaire d’Ariwa avec Joe à la table de mixage. Ils ont vraiment une installation fantastique là-bas et ils enregistrent encore sur des bandes magnétiques, ce qui confère au son cette sensation analogique chaleureuse.

J.A. : Le concept de ce projet est plus une collaboration qu’un clash (Joe VS Adam). Nous voulions expérimenter le meilleur de l’analogique avec le meilleur du digital. Nous avons construit les riddims sur Logic HD et enregistré sur des K7 à bandes magnétiques de deux pouces. Le tout est mixé sur la table Ariwa SSL G avec des consoles Soundcraft Sapphyre.

M.E. : Adam, cela sonne différemment que les projets plus influencés par la bass music que tu sors parfois…

A.P. : Tout au long de ma carrière, j’ai toujours sorti un large éventail de musique, mais une majorité de gens ne connaissent que mes productions les plus lourdes. Si vous avez déjà vu ce que je joue en DJ set, vous saurez que j’essaie de jouer le plus large spectre possible de la musique reggae et je pense que c’est important car cette musique dure depuis plus de 65 ans et continue à évoluer et influence d’autres genres. Je ne pense pas que ce projet soit si éloigné que ça de mon récent travail et en tout honnêteté, je suis vraiment heureux de la façon dont il s’est déroulé.

M.E. : Adam, as-tu déjà joué des tunes de cet album sur ton sound system Reggae Roast ? Et si oui, comment ont-ils été accueillis par les massives ?

A.P. : Oui, j’ai joué  quelques uns de ces morceaux dans les danses depuis un peu moins d’un an et pas seulement sur le Reggae Roast sound system, mais quasiment à chaque DJ set ! Ils ont toujours été très bien reçus, en particulier ceux qui sont les plus stepper.

« Papa, qu’est-ce que tu penses de ça ? » 

M.E. : Qui a mixé cet album, Joe ?

A.P. : Joe a fait tous les mixes, même si j’étais présent pour la plupart des mixes. Je pense qu’il a fait un travail brillant.

M.E. : Pardon pour le cliché Joe, mais quand tu travailles au studio aujourd’hui, est-ce que ton père, Mad Professor, regarde et surveille ce que tu fais et te donne des conseils et cela, même si tu as maintenant une belle expérience de producteur et d’ingénieur du son ?

J.A. : Oui. Définitivement, je profite d’avoir Mad Professor dans les parages sur la plupart de mes productions et je lui demande souvent : « Papa, qu’est-ce que tu penses de ça ? ».

M.E. : Est-ce que Mad Prof est toujours actif au sein du studio Ariwa ? Qu’y fait-il aujourd’hui en matière musicale ?

J.A. : Mad Prof est à moitié à la retraite. Aujourd’hui, je m’occupe de la plupart du boulot quotidien du label avec mon frère. Il supervise toujours les trucs les plus important et son cerveau est toujours actif avec des idées. Il est une super inspiration pour moi.

M.E. : Ashanti Selah (le fils d’Aba Shanti I) joue sur cet album. De quel instrument joue-t-il et comment l’avez-vous rencontré ?

A.P. : Ben Ashanti est une vraie source d’inspiration. Il est vraiment talentueux et peut jouer à peu près de n’importe quel instrument. Je suis un grand fan de ses récentes productions et voir le développement actuel de sa carrière est tout simplement incroyable.
Quand nous avons commencé à bosser sur les riddims, Ashanti était sur place pour jouer le genre de vibes que nous voulions sur chaque piste. Donc nous avons travaillé comme des producteurs dans le sens classique du terme, c’est-à-dire, demander aux musiciens de jouer comme nous le voulions.

J.A. : Je connais Selah depuis une quinzaine d’années et nous avons sorti un album ensemble (« A Double Dose of Dub ») il y a environ 5 ans. C’est un geek de l’électronique et un super joueur de clavier donc on a construit les squelettes des riddims avec lui.


«  À la fin des années 70 et le début des années 80, le reggae était joué live et mixé avec une table analogique »

M.E. : Cet album est un mix d’instrumentaux analogiques, mais aussi des dernières technologies numériques, cela sonne à la fois roots et moderne… C’était votre volonté de combiner ces deux façons de jouer du reggae ?

A.P. : Je ne pense pas que nous ayons pris la décision consciente faire cela, mais ma période préférée de musique reggae (à part le rocksteady bien sûr) est la fin des années 70 et le rub-a-dub du début des années 80. C’était une période où il y avait des batteries jouées par un vrai batteur, soutenues par des claviers digitaux et une guitare électrique et une basse. Pourtant, ils jouaient encore en live et mixés le tout avec une table analogique. Le meilleur des deux mondes à mon avis.

M.E. : Comment avez-vous choisi les deux chanteurs de cet album, Donovan Kingjay et Ranking Joe ?

A.P. : Donovan est un bon ami à moi et nous travaillons ensemble depuis des années avec Reggae Roast et en solo… J’aime travailler avec Don parce qu’il chante toujours avec passion et il y a toujours un message dans sa musique. De plus, il y a toujours beaucoup de rires dans le studio ! Ranking Joe m’a contact alors qu’il était à Londres et voulait participer à quelques projets. Je l’ai amené à Ariwa et il était brillant, un vrai professionnel. Quelques semaines plus tard, il est venu chanter sur le Reggae Roast sound system à Camden (Londres, NDLR) et c’était l’une de mes dates préférées dernièrement.

J.A. : Ranking Joe a toujours l’un de mes MCs favoris (« Cock Man », « Mr Walker » sont des big tunes !). Mad Prof a sorti l’album F/Fwd to Africa avec Ranking Joe dans les années 90 (en 1996 NDLR) et je l’ai joué non stop… C’était donc une excellente occasion pour moi de l’enregistrer.

M.E. : Avez-vous des projets ensemble en live après cette sortie ?

J.A. : Nous avons live dub en showcase où Adam joue du mélodica et moi, je dub le tout !

A.P. : Oui, c’est l’idée ! Notre show live est prêt avec Joe qui mixe, moi qui sélecte et au mélodica et les deux chanteurs au micro.

M.E. : Pour finir, pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets personnels à venir ?

A.P. : J’ai un autre nouvel album avec Deemas J, un chanteur qui a beaucoup travaillé avec Manu Digital. C’est du reggae qui embrasse tout le spectre donc il y a beaucoup de styles différents. J’ai aussi une nouvelle sortie avec J:Kenzo « Lion Charge » à venir et une piste sur un prochain LP de Moonshine. Il y a quelques autres releases à venir, mais c’est tout ce que je peux dire pour le moment.

J.A. : Je viens de terminer un album avec The Royal Sounds (un jeune groupe de reggae londonien) qui sortira à l’automne.
J’ai aussi quelques singles avec Chukki Starr, Redhed Qi, Lady Marga, Sherii Ven Dyer à venir… Je fais aussi une tournée avec General Levy… L’Afrique est la prochaine destination… C’est le 40e anniversaire d’Ariwa en 2020, donc nous allons certainement organiser aussi une tournée pour tous ces projets. Plus d’infos sur www.ariwa.com. ♦

Propos recueillis et traduits pas Emmanuel « Blender ». 

* L’album Adam Prescott meets Joe Ariwa sort en LP vinyle et en digital vendredi 6 septembre sur le label Ariwa. 

Écoutez un extrait complet en exclusivité ici « From Creation » :