Chronique LP : « Living Reggae » de Spring Wata

Fort déjà de 5 sorties vinyles sous différents formats cette année, Blackboard Jungle côté label, sort cette fois un album de dix titres avec le chanteur jamaïcain Spring Wata soutenu par les musiciens The Rockers Disciples. 

L’album Living Reggae est sorti le 10 octobre 2019.

En dépit des clichés inhérents au reggae (dreadlocks, pétards, nature foisonnante…), la pochette très fouillée de ce Living Reggae, indique le contenu musical de nouveau disque sorti la semaine dernière sur le label de Blackboard Jungle : un joueur de mélodica, d’autres musiciens à la basse, la guitare, la batterie ou au clavier, le tout sous le patronage d’un sound system. Point de numérique ici, c’est la musique live et analogique qui prévaut ! Celle des Rockers Disciples, cinq instrumentistes talentueux, partenaires de longue date de Blackboard Jungle sur de nombreux projets.

Leur patte est identifiable d’entrée : batterie à quatre temps style rockers, skank ciselé, clavier virevoltant et rétro et basse ronde à souhait… Du reggae live, c’est aussi du reggae vivant comme le chante Spring Wata, sur le troisième morceau éponyme du disque, « Living Reggae » : « What is life without reggae, it carry me on ?  Ah who say reggae dead ? », s’interroge-t-il avant d’énumérer quelques uns des plus grands artistes du genre, contemporains ou passés…

Mais l’ode au vivant peut être aussi lue comme une métaphore de la vie du chanteur de 38 ans peu ou pas connu du public français jusqu’alors. Atteint d’une grave maladie auto-immune chronique en 2008 (le lupus), Spring Wata est un survivant et nul doute que cette épreuve a contribué à lui donner la force de percer dans la musique. D’abord grâce à son talent d’écriture comme sur le tube de Fantan Mojah, « Rasta Got Soul » en 2012, mais aussi grâce à quelques concerts majeurs en Jamaïque où sa voix commence petit à petit à faire des émules.

«  Voix d’une rare justesse » 

Clair et puissant, son timbre n’est pas sans rappeler celui de l’illustre Peter Tosh, notamment lorsqu’il le pousse sur des textes vindicatifs, parfois plus parlés que chantés ; c’est flagrant sur les refrains des excellents « Dangerous » ou « Justice ». Plus posée, sa voix d’une rare justesse, se rapproche alors plus de celle d’un Prince Jamo et procure une vive émotion qui nous touche en plein cœur comme sur « Life To Sweet ». La palette du chanteur ne s’arrête pas là, puisque ce dernier est aussi capable d’intros vocales tonitruantes et de passages plus rapides à mi-chemin entre le chant et le toast du deejay, comme ses prédécesseurs jamaïcain des périodes new rootsone drop et plus récemment, reggae revival. 

Souvent soutenus par des choeurs du plus bel effet, le propos de Spring Wata, toujours conscient et rarement banal, puise davantage dans ses observations avisées de la société actuelle que dans le prêche éculé des principes rastafari, à l’exception du méditatif « Irie », au refrain entêtant et rehaussé par quelques splendides solos de cuivres…

Musique vivante et bien arrangée, chanteur à l’aise tant dans l’écriture qu’au micro, messages puissants… Voilà un disque sans fioriture qui donne à entendre le meilleur du reggae live contemporain. Dans ses meilleurs passages, il rappelle même parfois, sans nostalgie et sans complexe, les plus belles heures du roots, près de cinquante ans après l’apogée du genre. Une prouesse d’autant plus remarquable que cette musique d’aujourd’hui n’est pas un simple copier-coller de celle d’hier ; elle a son propre caractère, son identité et sonne toujours authentique. ♦

E.B. 

* Living Reggae de Spring Wata est sorti en LP en téléchargement le 10 octobre sur Blackboard Jungle.

Tracklisting : 

1- Dangerous
2- You And I Know
3- Living Reggae
4- Justice
5- Ragga Ragga
6- Woman Struggle
7- Green Light
8- Life To Sweet
9- Irie
10- Shakles.

Le top 3 tunes du chroniqueur : 

1- Justice,
2- Dangerous,
3- Living Reggae.

Écoutez le morceau « Living Reggae » ici :