Forward Bass Festival #1 : le samedi, la bass culture célébrée dans toute sa diversité !

Après 16 éditions de Télérama Dub Festival aux couleurs du reggae et du dub, son successeur, le Forward Bass Festival, entendait ouvrir sa programmation au plus large spectre qu’offre la culture sound system et la bass music. Voici nos impressions sur la soirée parisienne du samedi 23 novembre.

Impeccable sonorisation de l’un des deux halls du festival par les scoops verts de Sinai sound system venus de Sheffield, en Angleterre. Photo : Thomas Planchais.

Alors qu’en Angleterre les cultures musicales se mélangent volontiers, que les artistes dub croisent régulièrement des artistes fers de lance du dubstep comme de la jungle dans les sessions (SubDub, Teachings In Dub…), sur la scène française, ces ponts sont moins évidents et en tout cas, moins fréquents. Un fossé que le Forward aimerait contribuer à réduire avec deux belles soirées : le vendredi avec un line up plus orienté reggae et dub, et un samedi soir tourné en majorité vers le dub et la bass music.

Pour démarrer cette seconde nuit, on était curieux de voir le set de Kode9. Artiste aux multiples facettes et boss du label Hyperdub, il est précurseur de ce qu’est devenu le dubstep et de nombreux autres courants issus de la bass music. Il est considéré comme l’un des plus versatiles de sa génération. Cet artiste puise ses influences autant dans le dub, le hip-hop, la jungle que le UK garage. Et, c’est bien ce qu’il nous a dévoilé samedi sur la scène principale. Avec un set solide, il a montré toute la diversité de la culture sound system/bass music en alternant entre des rythmiques dancehall, trap, dubstep, footwork… Les tracks s’enchaînent avec une habile cohérence tout en emmenant le public dans différents courants. On aurait tout de même aimé faire l’expérience de son set sur le Sinai ou RDH Hi-Fi car l’acoustique de la salle ne permettait pas une expérience auditive et physique optimale.

« On a aimé voir Mark Iration sauter dans les bras de Commodo durant son set, attestant d’une forte complicité entre ces acteurs de scènes qui sont à la fois différentes mais bel et bien liées. »

L’un des moments les plus attendus du Forward était le set de Stand High Patrol sur le redoutable Sinai sound system venu de Sheffield, en Angleterre. En entrant dans une salle comble, on s’aperçoit rapidement que le quator est le plus attendu du week-end. Comme à leur habitude, les Bretons ont proposé un set solide, alternant entre dubs, classiques revisités et morceaux exclusifs de leur prochain album. On a particulièrement aimé le travail de VJing avec effets vidéos scéniques léchés montrant l’univers de leur nouvel album.

Pour se faire plaisir, on est aussi allé jeter un œil sur le RDH Hi-Fi où était invité le Bristolien Ossia. Artiste avant-gardiste de la UK bass music, il fait partie notamment de la lourde écurie Peng Sound (aux côtés de Dubkasm, Gorgon Sound, Ishan Sound…). Dans un style futuriste, l’homme tartinait les scoops à coup de dancehall “de l’espace”. Rien à dire, Ossia avait bien sa place au “Forward” bass festival.

Ossia aux platines, producteur venu de Bristol.

Dans le Sinai Hall, après Stand High, un artiste anglais attisait notre curiosité : Commodo. L’homme est l’un des producteurs les plus influents de la scène 140/dubstep/grime et tête emblématique de l’écurie Deep Medi, connu pour ses grooves toujours ultra efficaces. Sans grande surprise, une partie du public a quitté le Sinai Hall après le dernier tune de Stand High Patrol, l’Anglais ayant une notoriété bien moindre dans l’hexagone. Entre des roulements de wobbles hypnotiques, des riffs et lyrics grime léchés, l’artiste nous a passé ses productions classiques comme AMK (avec Kahn [Gorgon Sound] et Gantz) ou 1001 avec le rappeur Rocks Foe, entre des dubplates dont lui seul a le secret. Petite anecdote, on a aimé voir Mark Iration sauter dans les bras de Commodo durant son set, attestant d’une forte complicité entre ces acteurs de scènes différentes mais bel et bien liées.

Pupajim, chanteur, arrangeur et compositeur du SHP crew.


L’un des autres moments les plus attendus était le passage d’Iration Steppas avec Dego Ranks. Mark Iration a offert au public son fameux dub avant-gardiste « inna 3000 years style », du stepper warrior pour finir une soirée avec toute l’énergie dont les massives avaient besoin. La sono est réglée au poil, pression sonore et clarté à la clé, les tunes s’enchaînent et le public est électrisé. Iration Steppas a fait le plaisir aux danseurs de terminer la danse avec une méchante dubplate signée OBF, « Warrriaaaah ». Les lumières s’allument, la foule saute, la sirène retentit, les scoops vrombissent une dernière fois et les dernières gouttes de sueur tombent sur le plancher et marquent la fin du festival.

Avec du recul, cette première édition du Forward Bass festival fut peut-être déconcertante pour une partie du public français, mais c’était un vrai parti pris artistique d’ouverture vers des courants musicaux moins connus ici. Certaines scènes étaient parfois un peu vides, et le Main hall n’était pas toujours adapté (une salle trop grande, des conflits auditifs qui rendaient parfois le son peu clair). Des hauts et des bas prévisibles après la refonte d’une formule qui fonctionnait bien, mais demandait à être renouvelée après 16 éditions et un line up parfois redondant. Mais quand on aime la diversité musicale et la découverte de nouvelles facettes de la culture sound system, on ne peut qu’applaudir cette initiative et attendre la deuxième édition avec curiosité. ♦

Textes : Luc Marchal (avec Nadia Ouazene) / photos : Thomas Planchais.

Retour en photos sur la soirée du samedi 23 novembre ici :

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