Downtone #6 : Stand High Patrol et The Rootsman régalent La Carène à Brest !

Samedi 25 janvier, la dernière édition de la Downtone se tenait à Brest avec les « résidents » du SHP, Roots Atao, The Rootsman, mais aussi le collectif belge LuvGang. Retour cette session en toute franchise avec les impressions de notre reporter François.

Deebo General pour accompagner au micro le producteur anglais, The Rootsman. Photo : Benjamin Motreff.

« Brest Bay ». Si cela ne vous évoque pas des sessions sound system hors de contrôle, des trajets à 5 dans la Clio avec la sono qui crache et les pneus qui crissent, ou juste des heures à rêver dans une chambre sous les combles, à minima ces deux mots vous disent tout de même quelque chose. Et pour cause, cette tune mythique des brestois de Stand High Patrol a fait le tour de la planète.
 Mais ce soir, la baie de Brest, c’est aussi l’endroit où se déroule la résidence annuelle du crew. Downtone. Toute la ville descend sur le port pour débarquer à La Carène, dont la façade est déjà estampillée d’une grande projection du logo des dubadub musketeerz. Pas de doute, ce 25 janvier 2020 sera une dubadub night.

La Carène est composée de deux salles. La plus petite, avec le collectif bruxellois LuvGang qui va rester là jusqu’au bout pour balancer hip-hop, trap & cie. La grande, avec le sound sytem de Stand High, où est programmé le reste du line-up.
On arrive pour le warm up de Roots Atao. Cet électron libre gravite autour de l’équipe de SHP depuis les débuts. En plus d’assurer de nombreuses premières parties du crew avec des sélections très roots, il gère le sound system qu’il a monté avec Stand High. On arrive donc dans la grande salle, où Roots Atao nous fait tout de suite rentrer dans la danse avec le « Rock Dis Ya Reggae Beat » du grand Gregory Isaacs. S’ensuit deux-trois productions du même chanteur à la voix d’or ; il va enchainer les pépites roots jusqu’au bout de son set.

Un petit problème technique laisse le public sans son pendant une bonne minute ou deux, un détail insignifiant et assez fréquent en session, relevé ici uniquement pour souligner le bon esprit d’un public habitué aux sound systems : pas d’agaçants « Allez lààà », personne ne bouge pour aller voir dans l’autre salle. Le public brestois sait évidemment où il est.

« Une terre musicale unique qui n’a pas de nom, mais bien un peuple. »

23h. L’équipe que tout le monde attend prend le contrôle, et l’ambiance monte d’un cran.
Comme à chaque fois que j’ai pu voir SHP, Pupajim s’amuse à poser des lyrics d’une chanson sur un riddim différent, mélangeant même parfois deux textes. Loin d’être un simple redit de ce qu’il se passe en studio, chaque tune est redécouverte et prend une nouvelle saveur, qu’on a plutôt intérêt à déguster, car unique et inédite. Pupajim, qui navigue entre flow acéré et vocalises, le tout avec plusieurs tons de voix, nous prouve à chaque fois qu’il est un véritable riddim rider.
Entre des lourdes rythmiques boom-bap ou g-funk, dub, jazz, techno, Stand High Patrol rappelle pourquoi on les aime tant : ils abattent les frontières des genres musicaux, établissent des ponts soutenus par les piliers historiques de Kingston ou New York, tendent la main aux autres artistes pour créer une terre musicale unique. Une terre qui n’a pas de nom, mais qui a bien un peuple.

Quelques nouveautés, dans la lignée d' »Along the River » (déjà devenue un hymne au vu de la réaction du public), qui annonce un album magnifique, avec peut-être un retour de la vibe de Midnight Walker, qui a marqué tant de gens. Mais je ne m’avance pas, bien malin celui qui peut prévoir ce que Stand High nous réserve…

Pupajin devant un stack du SHP sound system !

Merry, le 4ème muskateerz, apporte une vraie chaleur au son du gang avec sa trompette, la voix de cuivre qui enrobe les riddims d’une effluve jazz toujours bien venue, même sur les riddims les plus énervés. Entre impro totale et reprise des lignes de mélodies qui ont fait la réputation du groupe, Merry amène un vrai souffle à la session et un clin d’œil à deux des racines de notre culture : le ska et le jazz.

Quant à la sono, un peu perplexe après un mauvais souvenir lors d’une édition du Télérama Dub Festival, j’étais curieux de réécouter plusieurs années après ce sound system à l’esthétique particulière. Mitigé au départ pour les tunes roots du début de soirée avec des aiguës qui oblige à caler les bouchons, ça devient vraiment parfait avec les productions de SHP. À croire que ce system est le (gros) bébé du groupe, qui veut bien sonner parfaitement quand les papas sont au contrôle. Les basses bien tenues viennent se loger directement dans le ventre, les mid/top offrent des kicks de type massages cardiaques, les aiguës sont aussi clair que des gouttes de pluies brestoises. Un régal.

À l’image du projet Stand High, ce sound system ne ressemble à aucun d’autre. Quatre robots bleus à képis qui dirige la danse, voici la Sound Patrol, la seule qui devrait pouvoir nous dire comment nous comporter.

Puisqu’on parle esthétique, c’est le moment d’ouvrir les yeux et regarder les murs. Car ce qu’il s’y passe depuis que les 4 muskateerz jouent relève presque d’un film d’animation. Qui d’autre que Kazy Usclef et Diazzo peuvent nous offrir ces projections géantes ? Pour ceux qui ne sont pas totalement au fait du projet SHP, Kazy est un artiste (actuellement exposé à Nantes avec le collection 100 Pression) qui réalise toutes les pochettes d’album du groupe depuis les débuts. Passionnant de mettre en comparaison les sonorités des albums de SHP et leurs pochettes respectives : on voit des artistes qui, avec une patte bien marquée dès le début, continuent d’évoluer et d’affiner leur style à chaque projet, chacun dans leur domaine. Ce soir, grâce aux traits de Kazy couplés à la technique de Diazzo, nous sommes accompagnés par des squelettes dansants, des masques mis en abyme, des loups qui ont avalé une ville, des muskateerz qui avancent en rythme, des grandes typographies zébrant l’écran…  Dans les couleurs de l’album The Shift, un style ruff & tuff, un peu inquiétant, mais qui arrache toujours un sourire de plaisir devant tant d’onirisme et de qualité visuelle. Un habillage de salle certes moins complet que ce qu’on avait pu voir à l’époque du Télérama Dub Festival, mais qui nous plonge tout de même dans le cœur de la Downtone.

« The Rootsman joue des dubs profonds à vous décoller du sol collant de bière »

Après nous avoir rassasié de duplates, d’anciens et de nouveaux titres, le crew laisse la place à The Rootsman et Deebo General. On profite du changement pour aller jeter une oreille au club écouter LuvGang. Mais ça a été très rapide : trop compliqué de sortir de l’univers installé par SHP et se plonger tout de suite dans de la grosse trap. Donc pardon à l’équipe bruxelloise, c’était sûrement très bien, au vu de la dernière mixtape publiée par Stand High Records quelques jours avant la soirée, mais on est reparti dans la zone sound system fissa.

Goldie Locks aka Roots Atao envoie du roots soyeux en début de session.

Le producteur anglais ne perds pas du tout l’ambiance électrique instaurée par ces hôtes et le public. Rien d’étonnant : The Rootsman ne sort pas de nul part. Peu connu en France (aussi car il est resté discret ces dix dernières années, hormis quelques releases chez Partial Records), il fait pourtant partie des figures importante du dub UK. La Downtone #4 avait déjà accueilli un autre fleuron de cette scène, avec un CV encore plus impressionnant : Adrian Sherwood. Mais au vu du dubwise croquant que nous as servi l’anglais, accompagné de Deebo General pour épicer le tout, le menu était copieux. Si vous n’avez jamais eu l’occasion, penchez-vous sur l’œuvre de ce producteur : c’est vertigineux. Contrairement à ce que son nom indique, il joue des dubs profonds à vous décoller du sol collant de bière. On a eu la chance d’entendre une dubplate de Eek-A-Mouse, de The Disciples, et on reconnaît par ici les vocals de « Plastic Smile » de Black Uhuru ou « Brexit », une des releases récente du producteur.

Seul bémol à cette sélection rondement menée, l’excès de pull up qui devient lassant et fait perdre tout le plaisir qu’un pull up bien placé peut apporter.

Un peu avant 2h, Rootystep & Mac Gyver reprennent leur place derrière les machines, Pupajim & Merry derrière leur micro, pour continuer encore (normalement) pendant une heure.
Là, mon honnêteté intellectuelle m’oblige à vous avouer que l’ambiance instaurée par les Brestois(e)s, la nuit qui avançait, et la Sant-Erwann en pression, m’ont peu à peu fait oublier de prendre des notes, et qu’il est maintenant compliqué de vous détailler précisément ce qu’il s’est passé sur ces derniers instants. Mais ça s’est bien sûr fini en traditionnel dub fi dub entre SHP et The Rootsman, bien plus tard que prévu : à 4h30, nous étions sortis de la Carène.

Après plusieurs années sans avoir vu le full crew en live, Stand High Patrol reste la valeur sûre, la référence, le phare dans la nuit brestoise. ♦

Textes : François Laboué / Photos : Benjamin Motreff (retrouvez son travail ici).

Regardez plus de photos de cette session ici :

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