Nantes Dub Club #37 : Melodub sound system, Freedom Masses et Charlie P embrasent une salle sold out !

Vendredi dernier, la salle festive Nantes Erdre affichait complet pour une rencontre originale entre les locaux de Melodub sound system, le chanteur anglais Charlie P et sa team Boxman Records et les Mancuniens de Freedom Masses. Retour sur l’événement avec l’article de François et les superbes photos d’Antoine.

Charlie P et Junior T à la sélection pour Boxman Records. Photo : Antoine Violleau.

Il est 22h, Charlie P prend le contrôle de la soirée avec son acolyte, Junior T.  Pas de temps à perdre, l’équipe de Boxman Records installe immédiatement une ambiance survoltée. Le MC navigue entre les textes qui ont fait sa réputation il y a quelques années, (« Nice it Up », « Dub Contrôler ») et ceux plus récents, qui le maintiennent parmi le gratin (« Time », « New Generation ». La plupart sont accompagnés des riddims originaux d’O.B.F, mais le selecta donne aussi des coups de frais aux lyrics en faisant poser Charlie sur des productions digitales et stepper, voir dancehall.

Cela serait trop facile d’avoir seulement un timbre de voix unique. La grande force de Charlie P, on en prend encore mieux conscience en live, c’est la vélocité de son flow. La masse de travail derrière cette capacité explose aux oreilles lorsqu’on entend une rapide inspiration au micro, puis une déferlante de paroles ininterrompues surfer sur le riddim. Le public, lui, est trempé.
On a la chance d’entendre quelques exclus, une prochaine release annoncée chez Boxman Records dans quelques jours. Également le terrible « Jah Jah Ah Mi Driver », sur le prochain album d’O.B.F, déjà entendu lors du set de Rico au Stéréolux quelques mois plus tôt. Killer.

J’aurais bien aimé entendre un son, ou un texte, du dernier album de Charlie P, projet assez unique qui rassemble des productions du MC avant sa mue. Cela aurait été intéressant d’entendre le Charlie de 8 ans et celui de 28 chanter ensemble. À moins que ça ce soit passé lors des 10 minutes passées dehors, obligatoire pour ne pas s’effondrer de chaud. C’est ça, l’effet Charlie P et d’une salle sold out !

Le set touche à sa fin avec « 16 Tons of Pressure » et tout le public reprend la mythique mélodie originale de Tennesse Ernie Ford (Taadaadaada dadadaaaa, vous l’avez bien dans la tête maintenant ? Si non, écoutez-là ici).

Mais cette heure et demie aurait manquée d’une vraie conclusion, d’une bonne surprise, si elle s’était finie sur ce tube souvent entendu. Puisque l’esprit d’O.B.F a flotté au dessus de la salle tout du long, le crew de Boxman finit par une méchante track, exclusive, de leurs amis français. Révélée quelques jours auparavant sur un live facebook de Rico, voilà encore une bombe qui compose l’album, sûrement autant attendu que la chute du système (qui arrivera possiblement par causalité, qui sait ?). Trois cuts avec l’original, puis habillé du flow de Charlie P et un dernier dub raw, animal, O.B.F style.

C’est l’équipe de Manchester qui prend la suite. Freedom Masses, au nombre de trois ce soir, arborent un vrai look de révolutionnaire : bandana et casquette vissés sur la tête des vétérans qui skankent ensemble. Leur organisation est flexible, chose assez rare, ils s’échangent la place de selecta et de deejay. Toujours bon de se rappeler qu’aucune règle n’existe en sound system, si ce n’est celle du respect.

« nos visages heureux, déformés par les basses qu’on a mangées »

Le binôme nous offre une sélection stepper roots pleine d’énergie, variant entre des dubs profonds qui prennent aux tripes, et des sons plus dansant et « feel good ». Un vrai plaisir d’entendre la diversité des ambiances proposées, tout en restant dans une même direction sonore.
Au lendemain du earthstrong de Bob Marley, ils nous font découvrir un remix d' »Exodus ». Mais cette commémoration du 6 février éclipse trop souvent l’autre anniversaire (funeste, pour le coup), celui de King Tubby, et ça aurait été très apprécié d’entendre un clin d’oeil, sous une forme quelconque, au dub master.
Une solide sélection donc, sur laquelle on croise Keety Roots,  » Rebel Soul » (bon souvenir de Keety qui avait tout retourné au dernier Dub Club), The Disciples, Linval Thompson, ou les vocals de General, signé Ranking Dread.

Cette session se termine avec une heure de Melodub derrière les consoles. Le crew nantais qui sonorise la soirée (Du bonheur en bois, cette sono. Profonde et équilibrée, juste nickel) nous achève avec une sélection de stepper surpuissante. Little R au micro accompagne certains riddims. Le chanteur a déjà posé auprès de Weeding Dub ou Kandee, et on l’attend sur le prochain album d’Ikadub. Son flow est bien tenu, ce qui ne doit pas être évident sur des rythmiques stepper. On note quand même un manque de variétés dans sa manière de poser, mais c’est uniquement par contraste avec la palette de Charlie P déployée plus tôt. Au delà de la comparaison, ça reste propre. Vilain d’ailleurs, le Charlie P qui ne va même pas repasser de la session pour le plaisir !

Salut beauté ! (Melodub sound system). Photo : Antoine Violleau.

Je ne pourrais vous citer aucune des tunes qui passent lors de cette dernière heure, que des pépites inconnues pour moi, mais je vous assure que la Salle Festive Nantes Erdre a dû perdre 10 cm de dénivelé à cause des montées de genoux.
Comme d’habitude, les lumières se rallument à l’heure de la last tune, on comprend quelle aventure on vient de vivre en regardant nos visages heureux, déformés par les basses qu’on a mangées. Mais l’appétit du Nantais est sans fin, et on repart de plus belle pour cette last one, signée du Japonais Roots Masashi, un appel aux warriors. Gigantesque. (Regardez ici).

C’est après ce genre de session que je repense à cette phrase débile qu’on me sort souvent :  « Ah, tu écoutes du reggae, c’est bien, c’est tranquille, ça sent le soleil et le sable fin comme musique ! ». Non, en fait c’est juste un peu plus que ça.
Un Dub Club rempli d’énergie, avec un Charlie P au top de sa forme. Une belle découverte, à titre personnel, de Freedom Masses. Melodub qui assure partout, et un public bouillant du début à la fin. Nantes Dub Club, à la prochaine. ♦

Textes : François Laboué / Photos : Antoine Violleau (retrouvez son site internet ici et sa page facebook ici)

Regardez plus de photos de cette session ici :

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Regardez une galerie de portraits des artistes à l’affiche cette session ici :

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