Souvenirs de sound system : « Neil a posé le 45 tours sur son unique platine, ça a changé ma vie je crois bien »

Plus de sound system en France depuis plus d’un mois et sans doute encore pour très longtemps… L’occasion d’échanger et nous remémorer les meilleures sessions (ou les pires) pour continuer à les faire vivre et exister ! Quelques artistes, public, organisateurs (…) replongent ainsi dans leur mémoire et livrent honnêtement leurs expériences les plus marquantes devant les boxes. Aba Shanti-I, Iration Steppas ou King Shiloh reviennent le plus souvent dans ces récits parfois savoureux, voire humoristiques…

Entebbe sound system, pourquoi êtes-vous aussi haut ? Photo : Thomas Planchais (Dub Camp, juillet 2017).


♦ Elsa, 23 ans, étudiante en administration des activités culturelles, Bordeaux (33).

Elsa, 23 ans.

Pour ma part je me souviendrai toujours de la Dub Echo #20 à Lyon en octobre 2018 avec Jah Tubbys World System, Moa Anbessa et Ubik sound system. La last tune « Forward to Zion » de Roots Trunks & Branches était exceptionnelle, on sentait les good vibes traverser le Transbo. Ça m’a clairement donné des frissons de voir tous ces gens danser avec autant d’entrain…

Mon deuxième grand souvenir, je dirais que c’est l’Alp’in Dub en 2017. C’est juste le plus beau festival que j’ai fait. L’ambiance, les bénévoles, tout était génial… Et le spot… il n’y a pas vraiment de mots pour décrire le spot.

♦ Manu Discomix, 36 ans, sélector, Toulon (83). Je garde comme souvenir le plus marquant une soirée organisée par l’association Musical Riot en 2004 qui avait invité King Shiloh. Neil (le selector du sound NDLR) a posé le 45 tours « Deliver Me From My Enemies » de l’artiste Yabby You (écoutez ici) sur son unique platine. Ça a changé ma vie je crois bien.

« Le propriétaire du club dans une cave où l’on jouait avait coupé l’électricité et la lumière car les basses faisaient tomber les bouteilles du bar, situé un étage au-dessus… » Stef O.B.F

♦ Rico, O.B.F sound system, Haute-Savoie (74) : une histoire de premières fois.

L’un de mes souvenirs le plus marquant était en 2003.

Rico et Stef (O.B.F sound system) dans un kaléidoscope ! Photo : DR.

C’est tout simple, on partait de Genève avec le crew, depuis notre squat, direction Chalon-sur-Saône (71), à La Péniche, ou Iration Steppas jouait sur le Red Lion sound (un sound system grenoblois, pionnier du mouvement en France NDLR) et ce soir-là, Mark Iration a joué pour la première fois l’un de mes morceaux que j’ai perdu d’ailleurs… Ce morceau s’appelait « Babylon tremble » et je le remixerai un jour. Bref, on a skanké all night long, et on était content d’entendre notre tune joué par l’un des producteurs et soundman qui nous a beaucoup influencés.

Le deuxième souvenir mélange différentes premières fois : en sound system dans les caves de squat à Genève, nos premières fois au SubDub a Leeds (les résidences d’Iration Steppas NDRL), nos premières fois avec Aba à l’Imperial Garden Camberwell road, au sud de Londres quand Stef et moi sommes partis vivre quelques mois à London quand on était plus jeune… Mais aussi, nos premières soirées organisées au Kalifornia avec Audioactivity sound, notre rencontre avec Uzina Dub, notre première fois à Lima, au Pérou où l’on est resté un week-end après 20h de vol aller et avec 20 h de vol retour…

Mais aussi, les sessions inoubliables au Mexique, la première fois à Brooklyn aux States, la première fois au Japon, en Russie, au Brésil ou en Colombie ! Bref toutes les premières fois dans ces pays se trouvant à des milliers de kilomètres de chez toi où les gens réagissent a ta musique. C’est toujours un moment inoubliable.

Mon troisième souvenir, c’est à chaque fois qu’on amène un nouveau dubplate et qu’on le teste dans notre laboratoire… Les Dubquake à Genève ou les différentes sessions dans lesquelles on joue.

♦ Stef, O.B.F sound system, Haute-Savoie (74) : Shaka en Sicile, Dubquake 100% féminine et camion Mercedes 409.

En Sicile, Manuel Dub Festival en 2017, OBF crew et Stand High crew ensemble en famille devant Jah Shaka en mode warrior skank. On était atomisé par Shaka délivrant une session pleine d’énergie et d’émotion en hommage a Manuel (en l’honneur duquel le festival est organisé) et en hommage a un proche de sa famille décédé récemment. Des frissons du début à la fin, un ambiance ésotérique. La meilleure session de Shaka pour moi.

Je retiens aussi la Dubquake special Ladies Night avec Sanga Mama Africa, Feminine Hi-Fi et Soom T (en novembre 2018). Elle reste pour moi l’une des sessions où l’énergie et les émotions délivrées ont été quelque chose de spécial. Une énergie féminine qui a su transcender le public, une atmosphère difficile à expliquer tant elle était surnaturelle. La magie des femmes réunies ensemble a vraiment réussi à ensorceler la foule.

Et puis, il y a enfin cette première fois où nous somme partis avec Rico et G sur la route avec mon propre camion Mercedes 409, avec le OBF sound system ! Nous dormions a l’arrière du camion pendant le trajet, sur des matelas de fortune disposés sur les boxes, nous avons eu quelques pépins sur la route, mais nous avions donné deux magnifiques prestations avec les amis d’Uzina Dub. Le propriétaire de club dans une cave où l’on jouait avait d’ailleurs coupé l’électricité et la lumière car les basses faisaient tomber les bouteilles du bar, situé un étage au-dessus… Décidément on ne change pas !

♦ Pierre, 42 ans, Green Arrow sound system, Gagny (93) : Jah Shaka sound system au festival Summer Jam à Cologne, Allemagne (30 juin  / 1er juillet  2000).


Jah Shaka était passé plusieurs fois à Paris dans les années 90 et nous étions beaucoup à être aller voir cette légende des sound systems. En 2000, le Summer Jam à Cologne en Allemagne était encore l’un des plus gros festival reggae en Europe avec une des plus belles affiches, la programmation était telle qu’il était difficile de choisir entre les différents shows proposés. Et, honnêtement, Jah Shaka n’était pas celui qui retenait toute notre attention. C’est donc entre deux shows que je passai une tête dans la tente gigantesque qui accueillait Jah Shaka, pour prendre l’une des plus grosses claques musicales de ma vie.

Jah Shaka au SummerJam 200. Photo : reggaenode.de.

Jah Shaka avait fait le déplacement avec son propre sound system. Les boxes étaient reparties à l’intérieur de la tente, espacées d’une dizaine de mètres, des sacs de courses remplis de disques étaient posés à même le sol au pied de la tour de contrôle, Jah Shaka était tourné vers sa platine unique installée à hauteur des yeux et au dessus de laquelle trônait un portrait d’Haile Selassie. Un boxman habillé dans un pur style rude boy des 70’s restait à côté de lui en retrait et lui confectionnait ses spliffs en gardant un œil sur la danse. Le volume sonore était si fort que la majorité des gens restait à l’extérieur de la tente, seule une foule moyenne était au milieu de la danse pour une session qui, avec la spiritualité des morceaux et l’usage surréaliste de la sirène, était en réalité comme une messe musicale.

Quelques minutes à peine dans la danse et nous avions oublié le reste du festival. Le son de la basse « saturée » était caractéristique de ce qu’on avait pu entendre sur les tapes (cassettes) de légende de Shaka, unique et ruff. Difficile de se souvenir des sélections jouées ce soir là, je me souviens particulièrement du « Tribute to Wa De » de Gregory Isaacs joué dans sa version digitale dans le pur style Shaka. On repassa régulièrement écouter Shaka lors de ce festival puisqu’il jouait dès les fins d’après midi et était le dernier à s’arrêter de jouer chaque soir, deux jours de suite, moments magiques. Bref, c’était la première fois que j’entendais Jah Shaka sur son propre sound system.


« Je demande mon chemin et me retrouve à suivre des gars louches en m’enfonçant de plus en plus profondément dans une cité. J’en mène vraiment pas large dans ce coupe-gorge quand le gars m’indique un trou dans un grillage en me disant : ‘c’est par ici' ».
Jérôme, Echotone.

 

♦ Nico, 30 ans, Prayazen sound system, Paris : Dub Station #45 avec Aba Shanti-I sound system (7 juin 2014).

Aba Shanti-I, en juin 2014, pour la Dub Station #45. Photo : Thomas Planchais.


Déjà à cette époque, je boudais un peu les Dub Station principalement à cause du prix des soirées, mais c’était, je crois, la première opportunité pour moi de voir Aba sur sa sono (qui est d’ailleurs utilisée aujourd’hui par Kiraden). J’en profite pour en placer une à Musical Riot / Cartel Concerts pour ces line up qui nous ont permis de voyager à la maison.

On arrive dans ce Trabendo chaud et humide, le volume est relativement élevé. Les sélections s’enchaînent, ska, roots : nous sommes bien au bon endroit, Aba s’installe tranquillement. Les massives sont particulièrement réceptifs aux différentes interventions de notre MC.

La soirée continue, Aba est de plus en plus présent au micro. De moi-même, alors que je n’ai pas pour habitude de le faire, je me dirige vers la control tower. Je le regarde, je l’observe, il me parle. Ses paroles me transpercent, toute la foule réagit toujours de plus en plus fort ! La paroxysme pour ma part a été quand il a joué des sélections d’Ashanti Selah, son fils : une certaine émotion était palpable du côté d’Aba. Le moment était solennel, Aba nous regarde, nous parle, échange.

J’ai aussi encore en tête ses last tunes signées TNT Roots (merci Sista Med pour les souvenirs vidéos). Ce soir-là, je suis sorti en me disant que je venais d’assister à quelque chose d’unique, de magique. Un grand moment de sound system.

Retrouvez le reportage de Musical Echoes sur cette session ici.

Jérôme, 40 ans, selector de Echotone, Lyon (69) : Iration Steppas vs Freedom Masses au SubDub de Leeds (12 février 2005).

Première session sound system au-delà de Londres, trois heures de bus bien raides pour arriver à Leeds et une belle mission pour rejoindre la danse. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque, pas de smartphone ni de GPS, donc me voilà avec deux trois cartes imprimées sur Mappy et une motivation à toute épreuve. Je demande mon chemin et me retrouve à suivre des gars louches en m’enfonçant de plus en plus profondément dans une cité. J’en mène vraiment pas large dans ce coupe-gorge quand le gars m’indique un trou dans un grillage en me disant : « c’est par ici ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Il a fallu ensuite enjamber un muret et traverser à pied le périph de Leeds, un gros échangeur ! Mais le gars avait dit vrai, le West Indian Centre était un peu plus loin.

À l’intérieur, énorme pression sonore côté Iration et un public dingue. C’était nouveau pour moi à ce moment de voir comment les gens dansaient dos à la control tower, sans le côté « concert » auquel on assiste encore pas mal aujourd’hui. C’était l’époque des mythiques concours de danse stepper et l’estrade, bien sûr laissée libre par les sounds posés à terre, était envahie de skankers tous plus furieux les uns que les autres !

Fin de soirée à 6 h puis le chemin inverse, périph, grillage, cité et retour au bus, encore plus inconfortable pour les trois heures du retour… Arrivé à Londres, quelques heures de repos avant de repartir chez Dub Vendor et assister à un concert à Brixton avec Leroy Smart, Ken Boothe, Frankie Paul, Freddie McGregor & Marcia Griffiths ! Wow !

King Shiloh @ Rail Théatre Lyon (20 mars 2004) : Première sono à Lyon, la structure complète du bâtiment tremblait et des bancs se déplaçaient tout seuls ! Les flics débarquent à 3 heures du matin et pendant quelques minutes les portes de la salle restent grandes ouvertes avec la sono à fond… On a dû entendre Shiloh à l’autre bout de Lyon !

Word Sound and Power, @ Dubbin Lyon #14 (10 janvier 2014) : Ma dernière claque magistrale a été la session Dubbin’ Lyon avec Robert Tribulation à Feyzin (près de Lyon) en janvier 2014. Une danse organisée par Rootikal Warriah. Robert est arrivé sans MC et Rootikal lui a laissé les commandes de minuit à 5 heures. Une salle avec un vrai cachet, un ancien château bien déglingué et un gérant au top, le genre qui vient te demander de monter le son !

Pas de MC braillard, juste des guidance tunes from start to finish. Je me souviens bien m’être dit avant 1 h du matin que la soirée était très très bien partie et ça n’a pas loupé. Une vibe incroyable, au point qu’il est revenu deux fois de plus dans ce même château depuis. Retrouvez l’audio de cette session ici.

 

« C’était tellement fort que pour la première fois de ma vie en session, je ne voulais pas que l’opérateur lâche la sub ! » Jean, Stepper Allianz.

 

Jean, 33 ans, MC du Stepper Allianz sound system, Paris : Dub Station #36 avec King Earthquake sound system (10 novembre 2012).

Jean, Stepper Allianz. Crédit photo : studio scrupules.

King Earthquake avait ramené toute sa sono (12 scoops) au Trabendo. On avait déjà vu Earthquake en session, mais sans sa sono et on avait déjà été choqué mais là… C’est simple quand la basse partait, c’était parfait, grosse basse, bon équilibre… Mais dès qu’il lâchait la sub… Oh la la ! On entendait plus rien à part le plafond qui vibrait, les escaliers qui vibraient, ton ventre qui vibrait, les barrières qui vibraient. Bref du grand n’importe quoi !

C’était tellement fort que pour la première fois de ma vie en session, je ne voulais pas que l’opérateur lâche la sub ! C’était tellement fort qu’on distinguait plus rien, on a fini par se barrer a 4 heures car ça n’avait aucun sens ! (Les Dub Station à Paris finissent généralement à 6 heures NDLR). Voir un extrait vidéo de cette session ici.

 

Sista Skanka, 36 ans, selectress, Montpellier (34) : Dub Camp festival #2 et la session de Mighty Massa (12 juillet 2015).

Les 10, 11 et 12 juillet 2015 sont des dates qui resteront gravées dans ma mémoire…

Une amie m’invite à me partager sa passion pour la musique reggae roots dub. Elle me propose, alors, de partir avec elle et d’autres ami.e.s direction Nantes pour le Dub Camp ! Elle m’en parle avec tant d’effervescence que j’accepte…

Cette découverte a été pour moi une véritable révélation : une expérience tellement intense musicalement et humainement. Les seules pauses que je me suis accordées ont été pour dormir et mange… Je n’ai ressenti aucune fatigue, mais au contraire une énergie débordante, comme une sorte de thérapie !

Mighty Massa a marqué les esprits lors du Dub Camp #2, pour l’une de ses rares dates en Europe. Photo : Thomas Planchais.


Ce sentiment a atteint son apogée le dernier jour dans le Dub Club Arena. Le producteur japonais Mighty Massa joue en fin d’après-midi sur la sono de Jah Marshall accompagné de Ras Iyiapo. Que de sensations ! Quelle transe musicale ! La musique qu’il partage est pêchue, électronique parfois bien ruff, je sens tout de même l’inspiration africaine, je perçois les mélodies, la spiritualité intensifiée aussi par le MC.

Le tune qui m’a le plus marqué, c »était « Jah Jah ah come »… En faisant des recherches, j’ai cru que c’était l’original de Everton Dacres. Mais en 2019 quand le label berlinois Lion’s Den sort deux tunes de Mighty Massa : « Jah Jah Come » et « Prophecy » avec Sista Zari, je réalise mon erreur due à une oreille qui n’était pas encore sensibilisée et à mon manque de culture reggae.

C’est ainsi que ma passion pour cette musique et pour le sound system n’a cessé de croître… Et je suis désormais selecta !

Retrouvez le reportage de cette session et l’audio complet ici.

♦ Julien (I-Lion sound system & I-Lion Records), Toulouse (31) : King Shiloh à Amsterdam (11 avril 2005)

Mon meilleur souvenir sound system, c’est King Shiloh à Amsterdam, dans un entrepôt en pleine zone industrielle perdue, en 2005.

C’était en avril, la décision a été prise une heure avant le départ avec deux frères et celle qui est aujourd’hui ma femme. On a pris la caisse sur un coup de tête, comme on habitait à Lille, c’était faisable !

On est passé par la case coffee shop et puis on est arrivé vers 23h après plusieurs tours dans une zone industrielle perdue en périphérie d’Amsterdam… On a suivi des dreads en vélo pour trouver la salle…

Ambiance underground, avec des bidons avec du feu dedans qui servaient à la fois comme éclairage extérieur et comme chauffage ! Grosse salle avec une sono de 8 scoops… King Shiloh all night long avec ses chanteurs de l’époque… C’était aussi mythique que mystique !

♦ Delphine, 32 ans, Invalved sound system / association Get Up !, Nantes (44) : un dimanche dans la Sound Meeting Arena avec Blackboard Jungle, Kiraden et Kibir La Amlak (Dub Camp festival, dimanche 10 juillet 2016).

Photo : J-B Dub Livity.

On est à la fin du Dub Camp 2016, dimanche, Sound Meeting Arena. L’après-midi a commencé par une très belle session spéciale sistas avec cinq chanteuses (Mo Kalamity, Nish Wadada, Inès Pardo, Sis I-Leen, Sista Lexxy) sur la sono de Blackboard Jungle.

Blackboard Jungle et Kibir La Amlak commencent le meeting de façon classique. Quand arrive le tour de Kiraden, le set commence par morceau lent et totalement méditatif, à base de percussions nyabinghi, qui tranche radicalement avec les deux autres sounds et qui annonce la couleur ! Sa sono hyper puissante et ronde ce soir-là me transporte totalement ailleurs.

Habituellement, les sounds respectent un line up tout au long de la soirée, avec des créneaux d’une heure chacun environ. Ce soir-là, les 3 sounds ont décidé de jouer une heure chacun, puis une demi-heure, puis un quart d’heure. Arrivés au dub fi dub, on voyait bien qu’aucun sound n’avait envie d’arrêter ce beau moment, et grâce à Olivier, le directeur du Dub Camp, on a pu dépasser légèrement l’horaire et faire durer le plaisir ! Assurément mon gros coup de cœur de cette édition !

♦ Kazuma Nakamura (Dub Kazman), 30 ans, dubmaker, Osaka, Japon : Aba Shanti-I sound system au Village Underground à Londres (22 décembre 2013).

Dub Kazman au Dub Camp 2019. Photo : Dub Camp.

La meilleure session de ma vie, pour l’instant, c’est celle d’Aba Shanti-I à Londres. Ce sound est si puissant comme vous le savez. Il a joué 5 ou 6 heures avec la légendaire Sista Aisha au micro. Il a joué de vieilles dubplates d’Ariwa (le label de Mad Professor NDLR), mais aussi beaucoup de dupblates de TNT Roots.

Je me souviens que le son m’a frappé directement au cœur et cette date était ma meilleure. Les vibrations étaient parfaites. J’étais là du début à la fin et j’ai transpiré par tous les pores de la peau.

Voir un extrait vidéo de cette session ici.

♦ Florent, 39 ans, Nyabin sound system, Paris : Iration Steppas et Aba Shanti-I au festival Viva-Cité (juin 2001) :

Florent, Nyabin sound system. Photo : DR.

Fin juin 2001, dans le cadre du festival d’arts de rue Viva-Cité à Sotelleville-lès-Rouen (76), nous sommes prévenus par le grand frère d’un pote de la venue de mystérieux artistes anglais à L’Atelier 231.

Nico Daktary du shop local Baggaryddim y organise une soirée avec Iration Steppas et Aba Shanti dont nous n’avons encore jamais entendu parler. Après un long warm up de Dakatry, Iration Steppas arrive sur scène à minuit alors que la salle s’est vidée. Ils présentent leur album Original DAT en formation live, et c’est une révélation immédiate grâce au charisme de Mark et aux lignes de basses enflammées de Dennis Rootical.

On a jamais entendu du reggae dub aussi hardcore et ça fait vriller les 50 personnes présente dans une salle immense donc tout le monde skank dans tous les sens. Puis Aba Shanti arrive. Il enchaîne des morceaux new roots JA et dub UK avec une platine, coupant le vocal pour retourner le disque et enchaîner sur la face B après de bref speech !

Première fois qu’on voit ça. Retournage de cerveau jusqu’à 7 heures du matin et le début d’une longue histoire qui se poursuivra à Londres quelques mois après, en septembre, pour notre premier University of Dub au Brixton Recreation Centre avec Aba Shanti, Iration Steppas et Jah Tubby’s. Un voyage sans retour !

« J’ai encore le souvenir de la sensation des basses lorsque tu ouvrais la porte de la cave. » Mathias, Lille.

♦ Simon, 32 ans, bibliothécaire, Villers-Bretonneux (80) : Dub Addict à Dub Ô Totem (27 mars 2015).

Pour ma part, je ne suis pas adepte des sound systems, bien qu’étant grand fan de dub ; le travail de studio est ce qui fascine avant tout. Cependant, je garde un excellent souvenir des Dub Addict, vus et entendus dans le cadre du Dub Ô Totem, à Rillieux-la-Pape (dans la grande banlieue de Lyon NDLR), lors d’une rencontre avec Dawa Hi-Fi, venu de Bourges.

Leurs productions, aussi massives que la sono sur laquelle elles étaient diffusées, réunissaient à elles seules plus de 40 ans d’histoire du dub. Tous les éléments de son évolution y étaient convoqués, joués avec une éthique et un technique des plus fidèles aux origines.

Définitivement, LA référence française en termes de sound system à mes yeux… et à mes oreilles !

♦ Mathias, 37 ans, coordinateur communication au service Culture de la ville de Tourcoing, Lille (59) : Le Maquis Chalice dans les années 2000.

Les flyers des sessions au Maquis Chalice qui se sont déroulées de 2001 à 2013. La dernière s’est tenue en juin 2013 avant la fermeture définitive des lieux.


Je n’ai pas forcément une date mais plutôt une époque.

Celle du début des années 2000 où j’habitais dans le quartier de Wazemmes à Lille et une fois par mois, Chalice sound system jouait dans son local, le fameux Maquis Chalice.

Il s’agissait d’un ancien entrepôt ou garage. Au rez-de-chaussée, un énorme espace où l’on pouvait se poser dans des canapés, manger de la nourriture ital, puis pour accéder au sound system, il fallait descendre un petit escalier qui descendait dans une cave. J’ai encore le souvenir de la sensation des basses lorsque tu ouvrais la porte de la cave.
D’autant plus que ce n’était pas une mince affaire pour accéder au Maquis Chalice, il fallait souvent attendre longtemps devant la porte d’entrée passé une certaine heure. Effectivement, pour des raisons de sécurité le nombre de places était limité.

Le quartier de Wazemmes est très festif, il y avait beaucoup de concerts et de soirées dans les bars du quartier et tout le monde savait que l’endroit où il fallait finir la soirée c’était au Chalice !

Pour les amateurs de reggae dans la région lilloise, ces soirées étaient une institution. À l’époque j’avais une vingtaine d’années, et c’est là que j’ai compris ce qu’était un sound system, et c’est ce qui m’a donné envie de découvrir toujours plus de la culture reggae.


♦ Emmanuel, 37 ans, fondateur du site Musical Echoes, Paris : Iration Steppas, Channel One et Jah Tubbys au Ja’ sound festival à Bagnols-sur-Cèze (30) (2 août 2006).

L’un de mes souvenirs les plus marquants, c’est la première fois où j’ai assisté à un sound meeting 100% anglais. À l’époque, j’habitais à Montpellier où il y avait beaucoup de concerts de reggae, mais pas encore de grosses sessions sound system. Ou alors je n’en avais pas connaissance.

Le Ja’Sound à Bagnols dans le Gard en était déjà à sa troisième édition et durait quatre jours. La « Dub Academy » se tenait dès le premier soir, un mercredi. Conçu pour être un warm up à l’énorme programmation prévue ensuite, il fut bien plus pour moi et m’a quasiment fait oublier le reste des concerts qui se tenaient ensuite…

Première surprise, la découverte du cadre : un parc magnifique et légèrement vallonné en bordure de rivière (la Cèze pour les intimes) avec des arbres immenses. Pas de chapiteau pour ce meeting, les sonos s’installent dehors au pied des platanes centenaires qui, s’ils ont des oreilles, s’apprêtent à passer une nuit bien délicate.

Lion Roots, sound sytem cannois très actif dans tout le sud de la France à l’époque, tire les premières salves, vite rejoint au micro par le légendaire Martin Campbell, que je ne connais pas très bien alors. Un belle entrée matière pour le déferlement de basses qui va suivre : Jah Tubbys sound system avec 16 scoops, Iration Steppas et Channel One sur la sono de Lion Roots s’installent ensuite ! La guerre est déclarée les tympans prennent cher bien avant la tombée de la nuit ! Pas de contrôleur de décibels à l’époque, mais heureusement à l’extérieur, les dB ont toute la liberté d’aller là où bon leur semble.

Une armée de chanteurs au micro pour Jah Tubbys ! Photo : www.jahtubbys.co.uk


Iration envoie des riddims apocalyptiques, parfois très dark mélangeant le roots au stepper métallique, comme un remix de « War » de Bob Marley, c’est indéniablement le sound qui joue les dubs les plus furieux. Jah Tubbys n’est pas en reste et m’impressionne surtout par l’animation hors-norme de ces chanteurs : Errol Bellot, Dixie Peach, Gregory Fabulous et Professor Natty forment une petite armée de vocalistes ! Ces derniers sortent tour à tour d’un petit auvent comme des diables de leurs boîtes et mettent le feu à la danse, grimpent et sautent partout, s’arrachent les micros, haranguent la foule avec leurs lunettes de soleil et leurs chicos plaqués or. À côté, Channel One, (l’un de mes sounds favoris aujourd’hui) fait presque pâle figure avec un seul vocaliste et un sound qui joue volontairement moins fort, malgré des sélections toujours au top.

Les trois crews se renvoient la balle des heures durant, sélectant chacun un seul titre et ses innombrables versions, pour des passages d’environ 15 minutes par formation. Un ping-pong musical à mi-chemin entre le clash et le meeting dont on sort les tympans qui sifflent et le corps engourdi d’avoir trop skanké. Il peut bien se passer n’importe quoi lors de la suite du festival, ce dernier est déjà une réussite pour moi. Ou plutôt une révélation. Je suis certes KO debout, mais j’ai trouvé bien plus qu’une musique en venant ici, mais une façon de la ressentir et de la vivre pleinement, bien plus encore qu’en concert. C’est une expérience totale, aussi cérébrale que physique, et un exutoire parfait dans une vie déjà stressante.

Regardez ici le montage de la sono de Jah Tubby’s au Ja’sound festival 2006 :

♦ Clément Mendez, 29 ans, BAT Records, Clermont-Ferrand (63) : Kebra Ethiopia au Dub Camp festival (10 juillet 2016).

Le premier souvenir sans hésiter, c’est le Dub Camp 2016 à Carquefou (44) : la sélection de Kebra Ethiopia sous le chapiteau Outernational, une danse mystique avec ce fameux couloir qui s’était créé au milieu de la danse, tous les gens sur les deux premières lignes qui dansaient en binôme. Tout le monde était en communion et suivait avec plus ou moins de réussite les pas de danse du danseur sud-africain. J’en garde un souvenir très marquant, tant sur la sélection que sur l’énergie autour de la danse. Je me rappelle avoir eu des frissons une bonne bande de fois, le pied.

J’ai aussi le souvenir que c’était Dub Dynasty qui prenait la suite derrière, cette danse avait tellement marqué les gens, que le couloir est resté en place pendant le premier quart heure du nouveau set, les gens ne voulaient tellement pas brisé ce moment magique qui venait de se passer. Des gens courraient dans ce couloir et se retrouvaient en un claquement de doigts au milieu du chapiteau, d’autres essayaient de continuer cette danse à deux, mais la mayonnaise n’a pas pris, la magie était partie, et tout le monde était redescendu sur terre.

Voir un long extrait vidéo ici

Le deuxième souvenir est beaucoup plus personnel. Lors de la soirée Holy Smoke en avril 2019, soirée de lancement de notre label, Bat Records. On a travaillé de manière acharnée pour monter un événement un peu au-dessus de nos capacités, on en a chié, mais la fête était très belle. Cet événement n’était pas 100% sound system puisque nous avions installé le sound system dans une salle circulaire qui comprenait une grande scène, mais finalement c’est à l’image de notre label, hybride.

Ce que je retiens lors de cette soirée, ce sont tous les clash des artistes de Dub Master Clash et de Bat Records réunis qui se sont déroulés pendant 8 heures de musique. Avec comme point d’orgue de la soirée, le show de High Tone sur la grande scène, pour la sortie de l’album Time As Come. Le choix de High Tone n’était pas anodin, puisque comme un symbole, c’est le groupe dub que nous avons tous écouté, nous les jeunes trentenaires, et qui nous a fait découvrir le dub. Fabasstone, également dubmaker dans Dub Master Clash, a également pu prendre part à la fête mais sous un autre projet. Un très beau moment.

Ben aka Bokson, Jah Garden, Angers Dub Club (Angers, 49) : Aba Shanti-I au Ja’Sound festival #1 (31 juillet 2004).

L’une des sessions qui m’a le plus marqué, parmi tant d’autres, et sûrement mon plus vieux souvenir de sound, c’est le Tribute to Studio One de Aba Shanti-I au Ja’Sound festival, première édition à Lézan (Gard), en 2004.

Trois sonos pour sonoriser la session d’Aba Shanti pour la première édition du festival : celle de la scène live, celle de Lion Roots (en noir) et celle de Zion Gate Hi-Fi (en rouge). Photo : Bokson.

Aba Shanti-I, le 31 juillet 2004 à Lézan (30). Photo : Bokson.

Pour accueillir Aba, il y avais 3 sounds couplés ensemble, celui de la scène, celui de Lion Roots (Cannes), et enfin celui de Zion Gate (Nantes). En tout seize basses disposées en demi-arène. Huit à gauche, Aba au centre avec la sono de la petite scène du festival derrière lui il me semble, et huit basses à droite. Je crois qu’il y avait aussi Reality sound system (Montpellier), mais ma mémoire me fait défaut et je ne trouve rien pour le prouver… (Demande à Nico BBJ, il va se faire un plaisir de te corriger… NDLR).

J’étais encore au camping quand la session a commencé et je n’étais pas encore un accro des sound systems. Mais un pote est venu me chercher très rapidement, un chalice et go dans la danse… Et ce soir-là, j’ai signé !

Aba Shanti a fait un warm up strictly Studio One, c’était le thème du festival car Coxsone (le légendaire boss de Studio One NDLR) était décédé en mai de cette année, mais c’était aussi le 50e anniversaire du label !

C’était une vibe incomparable à tout ce que j’ai pu entendre, avant comme après d’ailleurs. Le public était survolté, on se serait cru à yard ! Enchaînement de grosses brûlures Studio One chantées par Horace Andy, The Jay Tees, Jennifer Lara ou encore Burning Spears… Entre chaque tune, nous entendions les gens taper dans les caissons, faire sonner des sifflets, des cornes de brume… C’était complètement fou !

Derrière les barrières de la control tower, il y avait du beau monde aussi, car l’édition du festival était blindée d’artiste ayant signé chez Studio One au cours de leur carrière.

La session était découpée en deux parties… Ce warm up Studio One, puis aba s’est arrêté pour laisser place au dernier concert de la soirée et ensuite, il a repris dans un esprit purement Shanti Ites vibes… Depuis mon préféré, c’est Aba !

Un deuxième souvenir très marquant, c’est celui d’une session au Rail Théatre avec Cultural Warrior feat. Murray Man et Revelation Hi-Fi feat. Idren Natural au Rail Théâtre de Lyon : La Dub Ground Session 2, en 2008.

On est dans la danse avec Weeda de Jah Militant (qui faisait partie de l’organisation), la soirée se passe et Cultural Warrior et Murray Man sont en train de « brûler » la dance (regardez une vidéo ici). Quand le tour de Revelation et Idren Natural arrive, Greg du Revelation pose une dubplate sur la platine, le son commence à tourner et là, on entend Idren Natural qui hallucine un peu et demande de wheel up le tune. Pendant le blanc sonore, il explique que ce tune été enregistré il y a bien longtemps et demande des infos à Greg direct au micro. Il annonce alors Lidj Incorporation sur une prod’ de DreadBeat Record au InI Oneness Studio, et finit par demander : « mais où as-tu trouvé cela Greg ? » (regardez ce moment précis ici).
Avec Weeda, nous nous sommes regardés et nous avions compris que nous étions en train d’entendre un morceau que nous n’entendrions pas deux fois dans notre vie…

Le lendemain, Idren Natural nous a expliqué que ce tune avait été enregsitré il y a une dizaine d’années et que lui-même ne l’avait plus, ni personne de son crew d’ailleurs… Ce genre d’instant magique !

Ronan aka Nineteen, Dub Addict sound system, Lyon (69) : Jah Shaka au Rail théâtre en 1999 !

Mon premier souvenir de sound system c’était au Rail théâtre à Lyon en 1999. A l’époque la plupart des concerts reggae se jouaient dans cette salle, plutôt cool ,de 500 places… Bref, un  jour, je tombe sur une affiche : « Jah Shaka sound system  au Rail », je n’y connaissais rien aux sound systems à l’époque, j’avais juste vu quelques disques de Shaka chez les disquaires généralistes de Lyon, mais curieux, je sens qu’il va se passer quelque chose d’important, d’autant que Pilah (cofondateur de Dub Addict) est allé voir Aba Shanti-I, sur sa sono, un mois plus tôt dans la même salle et qu’il a pris une énorme claque.

Je me dis, « il y a un truc… ».  À l’ouverture de la salle, Shaka était encore en train de monter sa sono, trois paires de scoops disposées en triangle et un peu avant minuit, la session commence enfin : « the mighty Zulu Warrior » joue de dos, toute la salle tremble, je danse en transe comme un possédé jusqu’a 3 heures du mat’… Une session historique de Shaka à Lyon et pour moi un révélation : la puissance du son au service du mysticisme du reggae, magique. C’est à partir de cet hiver-là que l’on a décidé avec Pilah de créer Dub Addict et de fabriquer notre propre sound system !

Nineteen (en bas de l’image, de profil) et le Dub Addict sound system. Photo : Lucos photography.


Un autre super souvenir remonte à 2005, l’année où l’on sort notre premier vinyle au printemps : « Fools Policy » de Pilah, Roots Massacre et Learoy Green (écoutez ici). L’été arrive et avec, Anti Bypass et Roots Massacre, on part au Ja’Sound (seconde édition qui déménage déjà à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard NDLR) où la première soirée du festival se déroule avec trois sounds dans une arène : King Earthquake, King Shiloh et Aba Shanti-I. Ils enchaînent à tour de rôle avec des petits sets d’un quart d’heure chacun (regardez un montage vidéo de cette session ici).

On trouve qu’Aba est bien au-dessus du lot, donc on est à chaque fois impatients qu’il reprenne son tour et soudain, en début de soirée, il joue « Foools Policy ». On entend les premières notes de notre disque ! On est bluffés, Roots Massacre est sonné, quelle consécration pour nous ! Surtout qu’à l’époque, c’était notre tout premier disque et cela faisait à peine trois ans qu’on avait commencé l’aventure Dub Addict ! On a su plus tard que le grand Shaka jouait aussi régulièrement ce même disque… Six ans après les avoir vu a Lyon, ces deux légendes du sound system jouaient notre prod ! Quelle belle année c’était pour nous.

♦ Bonus « presse people » : Comment j’ai mangé le poulet d’Aba ou deux versions d’une même histoire loufoque et pas très ital. (vendredi 12 juillet 2019, Dub Camp festival).

◊ Première version par Delphine (Invalved sound system) :

Ce soir-là, sous l’Outernational Arena, c’est Aba Shanti-I ! Je suis en régie et la prod m’informe qu’Aba a demandé à avoir du poulet pour le dîner, et qu’il y tient absolument. Or, on a complètement oublié de s’assurer que ça a été bien prévu… La production trouve un moyen de faire cuire un poulet à l’autre bout du site, à la restauration du camping. Un bénévole doit l’apporter au chapiteau dans 20 minutes. Entre-temps, Aba a commencé à jouer et son manager n’est pas très commode…

Le temps passe, pas de bénévole ni de poulet. On commence à envoyer du monde chercher dans tout le site. L’heure tourne, toujours pas de nouvelles du poulet, le manager commence à s’impatienter et nous aussi !
Coup de talkie de la prod : « Le poulet a été donné à quelqu’un… Et cette personne l’a mangé ! »
Problème : la cuisine est maintenant fermée ! Heureusement, à la fin de son set, Aba repart avec son panini sans broncher. Mais on ne sait toujours pas qui l’a mangé !

Illustration trouvée sur facebook.

Le lendemain, la Adubtion family arrive au chapiteau à 8h pour monter la sono d’Indy Boca, et me dit : « Jean a quelque chose à t’avouer ! »

Retrouvez le reportage de Musical Echoes sur cette session ici.

◊ Seconde version par Jean (Stepper Allianz) :

Ce soir-là, Aba est annoncé avec un set spécial 90’s ! Nous sommes un peu sceptiques suite à la dernière session d’Aba special revival a Paris où il avait joué que des giga classics, mais bon on est des groupies alors on y va quand même ! Après une demi-heure de giga classics à base de « Positive vibrations » (…), on commence à se dire qu’il va nous refaire une session pourrie (on se trompait lourdement) et on décide d’aller se poser au spot chill de l’espace backstage .

Dix minutes après, deux copains du collectif Adubtion débarquent avec une assiette de poulet a la main, ils nous racontent qu’ils viennent de croiser un bénévole complètement bourré et que ce bénévole leur avait donné l’assiette car il ne savait plus a qui il devait l’amener. Nos potes sont végétariens, mais voyant que le dit bénévole galère à tenir debout et qu’il a l’intention de jeter l’assiette a la poubelle, ils acceptent le plat.

Les potos nous racontent ça et nous montre l’assiette en question : deux jolis blancs de poulet grillé accompagnés de riz blanc. Il est plus de 23 heures et je commence à avoir un petit creux et me jette sur le poulet ! Tout en mangeant je croise le regard d’un gars de l’organisation qui passe devant nous et je me dis : ouah le gars me regarde trop mal ! Après je me dis : nan tranquille la parano, tout va bien ! Le gars de l’orga repasse dans l’autre sens et toujours en me regardant fixement puis il file droit vers nous et sans un bonsoir, lance un : « c’est du poulet que tu manges ? » Moi un peu étonné : « euh bah ouais… » Lui très sérieux : « T’es au courant que c’est le poulet d’Aba que tu manges ? » Moi en train de m’étouffer avec le poulet : « euh bah nan ! » Le mec de l’orga éclate de rire et me dis : « nan t’inquiète, ça fait deux heures qu’on le cherche ce poulet ! Ça parle que de ça dans le talkie ! » Gros sentiment de honte qui monte en moi et merde, j’ai fait la boulette.

Obligé d’aller voir direct le big boss pour que, tant qu’à faire, il l’apprenne de ma voix. Dès le lendemain, je me suis fait clasher par des gens que je ne connaissais même pas et qui me demandaient tous si j’aimais le poulet. À l heure où j’écris ces lignes, ce chambrage dure encore… Vivement la prochaine édition qu’on passe a une nouvelle boulette (une pensée émue pour la barbichette de Shaka !). ♦

Propos recueillis et remis en forme par E.B. (merci sincère à toute celles et ceux qui ont témoigné).

*N’hésitez pas à livrer à votre tour vos retours et vos souvenirs de sessions dans les commentaires à cette publication. Ce média est participatif et tout le monde est bienvenu !

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