Chronique : « Raise the Ark » de Alpha Steppa + sondage top 3 tunes

Sorti le 29 mai, le nouvel album d’Alpha Steppa marque aussi les dix ans du label Steppas Records. Très riche (22 morceaux pour 84 minutes), ce nouveau disque s’inscrit-il dans la lignée des albums précédents ou marque-t-il une rupture artistique du producteur anglais ? La réponse en deux avis de deux chroniqueurs.



L’avis de Jules B. :

Comme à son habitude, Alpha Steppa fait appel pour Raise the Ark à une grande variété de MCs de tous les continents, ayant en commun d’avoir choisi des textes engagés et conscients sur cet album. Certains résonnent tout particulièrement avec l’actualité récente, notamment « My People », sur lequel il invite Block Mameli à parler de l’histoire et de la condition des personnes d’origine africaine. Si cette importance accordée au texte est visible depuis les débuts d’Alpha Steppa, on peut néanmoins noter que ceux de cet album s’ancre plus fortement dans l’actualité que ceux des précédents, pour un message global d’ouverture vers l’autre et la nature.

Musicalement, Raise The Ark s’avère tout aussi intéressant. C’est sans doute un des albums les plus éclectiques d’Alpha Steppa, où il aura par ailleurs rarement aussi « mal » porté son nom, l’album ne comportant au final qu’assez peu de sons dans un style pur steppa. Ce n’est cependant pas pour nous déplaire, cette variété apportant une touche de fraicheur bienvenue, comparé à un 3rd Kingdom qui, bien qu’il reste un excellent album, pouvait parfois sembler un peu plus convenu et sans grande prise de risque.

Les prises de risques, Alpha Steppa n’en est ici pas avare, et empruntant des éléments au hip-hop sur Supreme Dream et My People, et propose une outro que ne renierait pas un James Blake. L’ensemble reste toutefois cohérent et bien exécuté, Alpha Steppa n’en oubliant pas pour autant ses classiques, comme le montre l’excellent morceau steppa/dub The Living World, seul track purement instrumental de l’album (hors dubs).

Pour ce nouvel album, Alpha Steppa reprend la formule de The Great Elephant et propose en quelque sorte deux albums en un, la deuxième partie de l’album étant composé des versions dub de la première. A l’écoute, cette idée est toujours aussi intéressante, et permet d’avoir comme deux écoutes successives sous un angle différent du même, format qui paraît en conclusion plus pertinent que de mettre chaque version à la suite de son original ! La face dub (mise à part l’intro / outro et « We were free » et « Supreme Dream ») est ici rendu encore plus intéressante par la variété des styles, qui se retrouve dans ces versions, qui les fait converger vers une lecture plus dub de l’ensemble.

Raise The Ark s’avère pour résumer être un très bon album, où Alpha Steppa parvient à se renouveler tout en restant cohérent, avec un message positif ancré dans l’actualité. S’il comporte peut-être un certain nombre de morceaux moins taillés pour le sound-system que ses prédécesseurs, il n’en reste pas moins l’un de ses albums les plus aboutis, qui mérite une écoute attentive !

L’avis d’Emmanuel « Blender » :

Il y a deux lectures possibles de ce Raise the Ark pour ceux qui suivent les productions d’Alpha Steppa depuis ses débuts, il y a dix ans déjà. Une première qui soulignerait le talent voire le génie d’un producteur précoce, digne héritier d’Alpha & Omega, mais qui a trouvé son propre style. Un dub toujours mystique et organique, mais plus moderne dans les arrangements et moins centré sur l’écrasant couple basse/batterie qui est la marque de fabrique d’A&O, toujours présente, même sur le dernier album Shadrach, Meshach & Abednego. Ce style est toujours parfaitement identifiable ici à l’écoute des rythmes de l’excellent « Dear Friend », porté par la voix de Pupajim ou encore le martelant « The Living World », hymne strictement instrumental dédié au monde vivant, plaidoyer brillant pour la nature.

« Sista Awa nous étreint le cœur en évoquant le claquement du fouet, référence à la période sombre de l’esclavage. »

Mais justement ces rythmiques dans beaucoup de morceaux (« Break All The Walls And Build Bridges », « Omo Kibish », le très bon « Black Rain » porté par le débit toujours ainsi incisif de Ras Tinny…) se ressemblent entre elles tout autant qu’elles ressemblent à d’autres déjà présentes sur les précédents albums, The Great Elephant et 3rd Kingdom. Au point que dans quelques mois, certains morceaux de Raise the Ark, risquent bien d’être confondus avec d’autres issus des premiers albums, déjà assez proches, musicalement parlant. Ce sont tous de très bons dubs certes, mais des dubs entendus, en tout cas, dans la veine des précédents.

Heureusement, certaines pistes s’écartent de ces recettes désormais bien connues. C’est le cas d’un surprenant « My People » feat. l’Italien Block Mameli et plus encore, du superbe « Supreme Dream », clairement hip hop où Ras Tinny démontre ses talents dans un nouveau registre rappé alors que l’Italo-sénégalaise Sista Awa assure les refrains avec une voix de diva soul. Laquelle confirme son aisance vocale sur le morceau suivant, le poignant « Whip Lap Crash », qui nous étreint le cœur en évoquant le « claquement du fouet », référence explicite à la période sombre de l’esclavage.

De fait, ces trois morceaux successifs rejoignent la liste des bons tracks de cet album qui sont nombreux et à laquelle il faut rajouter quasiment toutes les versions dub, bien retravaillées qui revisitent les riddims parfois de façon très audacieuse comme sur « Break All The Walls And Build Dubs », l’imparable « The Living Dub » ou encore « Even Clouds Stop To Dub » où les magnifiques cuivres sont bien soulignés.
Au final, voilà encore un très bon album d’Alpha Steppa qui approcherait de l’excellence avec un peu plus de variété rythmique et stylistique. Rien de plus normal que le producteur, encore jeune, ait encore une petite marge de progression, même s’il n’est déjà plus très loin de produire ce qui se fait de mieux en dub actuel. Du haut de ses 32 ans. ♦

*Raise the Ark est sorti en double vinyle, CD et numérique sur Steppas Records ici.

Tracklisting :

1- Show Me The Way feat. Ciann Finn (intro)
2- Dear Friend feat. Pupajim
3- Break All The Walls And Build Bridges feat. Tenor Youthman
4- The Living Word
5- Even Clouds Stop To Look feat. Sista Awa
6- Fever feat. Eva Keyes
7- Omo Kibish feat. Nai-Jah
8- When We Were Free feat. Sista Awa
9- My People feat. Block Mameli
10- Supreme Dream feat. Ras Tinny & Sista Awa
11- Whip Lash Crack feat. Sista Awa
12- Black Rain feat. Ras Tinny & Nai-Jah
13- Dear Dub
14- Break All The Walls And Build Dubs
15- The Living Dub
16- Even Clouds Stop To Dub
17- Dub Fever
18- Omo Dub
19- My Dub
20- Whip Lash Dub
21- Black Rain Dub
22- Mist In May feat. Nai-Jah (outro).

Le top 3 tunes de Jules B. :

1- Break all the walls and build bridges feat. Tenor Youthman
2- My People feat. Block Mameli
3- The Living world.

Le top 3 tunes de Emmanuel « Blender » :

1- The Living world
2- Supreme Dream feat. Ras Tinny & Sista Awa
3- Dear Friend feat. Pupajim.

Et vous, quel est votre top 3 tunes du nouvel album d'Alpha Steppa ? Votez ici.

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Retrouvez l’album Raise the Ark entièrement sur YouTube ici :