Chronique : « Our Own Way » de Stand High Patrol + sondage top 3 tunes

Près de 20 ans après ses premières expérimentations sonores et onze années après sa première release, le crew Stand High propose déjà son cinquième album. Après le dub stepper, le jazz, le hip hop 90’s ou encore la soul futuriste de Summer On Mars (…), quelles sont les couleurs musicales de ce Our Own Way généreux (17 morceaux pour 68 minutes de musique) ? La réponse en deux avis ci-dessous.

Artwork signé par l’inévitable Kazy Usclef.

L’avis de Emmanuel « Blender » :

« Notre propre chemin » ou plutôt « à notre manière », c’est la traduction française du nom de ce dernier album, sorti vendredi 24 juillet. Et la patrouille n’a bien sûr pas entendu ce cinquième opus pour tracer une route singulière qui ne ressemble à aucune autre. Comme le rappelle la belle carte dessinée par Kazy Usclef contenue dans le double LP, ce parcours débute à Brest (à Vauban et autour de l’emblématique Pont de Recouvrance), puis chemine le long de la RN 12 (qui relie Brest aux portes de Paris) jusqu’aux bars rennais où le trio s’est fait la main au début de sa carrière et passe par la capitale, la Grande-Bretagne, Genève et les potes d’O.B.F (…) ou encore Nantes et sa grue Titan où deux des trois mousquetaires sont désormais établis.

Voilà pour la géographie qui penche toujours à l’ouest chez Stand High, mais ce propre chemin, cette propre façon de faire est bien sûr et avant tout musical et ce dernier effort ne déroge pas à la règle.

Solidement arrimé à sa base reggae, le bateau Stand High Patrol a beau naviguer au milieu de « rough seas », il reste aussi libre et versatile que les piaffes qui célèbrent le matin sur le superbe a cappela introductif de ce disque (« Morning ») et garde toujours le cap sur des terres musicales inexplorées.

Certes le dub reste la référence sur l’excellent morceau digital « Dub O’Clock », condensé du savoir-faire du groupe au groove incomparable. Ou encore sur « Every Plane », d’inspiration clairement berlinoise avec un dub electro minimaliste qui ressemble à s’y méprendre à une production Rythm & Sound, de même qu’au dernier morceau produit de Zenzile (« Après ça »), avec basse surpuissante et cyclique et échos systématiques sur le skank... Un délice pour les oreilles.

Du dub toujours sur « Our Own Way », morceau éponyme à la rythmique linéaire est finalement le seul qui sonne déjà entendu de cet opus tant il semble tiré de Midnight Walkers, huit ans en arrière par son rythme et ses arrangements…
Depuis, SHP a pris tant de directions musicales différentes et surprenantes que la surprise est devenue la norme et que c’est finalement son absence qui déconcerte nos oreilles sur ce morceau.

« Après presque 20 ans d’expérimentations sonores, les dubadub musketeerz entrent à leur tour dans le club assez fermé des ‘papas du dub français’. »

Exit donc le stepper parfois trop prévisible, place aux hybridations dans tous les sens : reggae, hip hop, jazz, trip hop, ragga, new wave et même un rap français osé, « Belleville Rap », une ode bien sentie de Pupajim à ce quartier de l’est parisien encore un peu populaire où les personnages centraux sont des « prolos ». Le thème ouvrier revient d’ailleurs sur les poignants « The Factory » et « Jay’s Life », deux morceaux aux mêmes paroles, mais chantés et arrangés différemment qui sonnent comme des hommages façon Ken Loach aux vies rough des ouvriers et rappellent, par leur sujet, le single « Unemployed », sorti en 2013.

Autre thème, celui de la nature et des éléments, qui prend de plus en plus de place dans les prods de SHP : le subtil « The Sound of Nature », son sample génial de contrebasse, ses percussions roots et sa batterie jazzy, subtilement arrangés, en sont la parfaite illustration.

Le joyaux onirique « Along the river » et le rocksteady déroutant « In the park », tous les deux déjà sortis sur les internets avant cet album, ou encore le poétique instrumental « Rain on the window » rappellent l’attachement du crew au temps, à la nature et au besoin de se ressourcer au cœur de ses éléments. Dans la même veine, mais plus personnel et poignant « Last day of winter », narre la naissance d’un enfant et les premières joies qui l’accompagnent et clôt ce qui est peut-être l’album le plus abouti de Stand High sur une note d’espoir et une volonté de transmission. Car après presque 20 ans d’expérimentations sonores, les « dubadub musketeerz » entrent à leur tour dans le club assez fermé des « papas du dub français ». Et leurs épées sont toujours aussi tranchantes et affûtées que leurs rythmiques et lyrics.

L’avis de Samuel Bagla :

Vingt ans de travaux musicaux, déjà, et voilà le cinquième album qui arrive pour ce groupe français, qui, décidément, ne fait rien comme tout le monde.

À la première écoute, il est difficile d’y voir une ligne directrice clairement définie. Du roots, du jazz, du break, du rap, du cheap, du rocksteady, tellement de styles différents abordés qu’il est impossible de qualifier ce double LP dans un genre particulier. De quoi en perturber plus d’un !

Mais que les fans de la première heure soient rassurés, ils auront largement de quoi être satisfaits. Passée cette première déstabilisation, l’album se montre débordant d’expérimentations, d’une simplicité déroutante mais extrêmement limpide. À son écoute, on y ressent le plaisir d’expérimenter, de tester, de proposer des styles différents. Voilà la ligne directrice de « Our own way », un titre d’album qui fait totalement sens car tous ces styles sont abordés à leur façon, sans se renier, a l’intuition, à l’impulsion. Le(s) style(s) évolue(nt), la mentalité reste.

Les trois mousquetaires n’ont pas fait dans le compromis, avec des compositions allant dans le « classique » Stand High Patrol : peu d’effets, éléments simplistes voire minimalistes jusqu’aux styles « on fait ce qu’on veut et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas ». Un risque pris, un luxe savouré.

Le tout est servi par un Pupajim toujours aussi percutant au micro dans son approche du flow et des harmonies qui nous offre généreusement un a cappella magnifique pour entamer le disque mais aussi d’autres surprises, comme par exemple sur « Belleville rap » qui en surprendra beaucoup, avec un rap en français ! Ou encore sur « Jay’s Life », pour s’adapter à un breakbeat bien particulier, comme la face sombre du morceau « The Factory », qui partage d’ailleurs le même texte.

De retour au cœur de l’été, sans suivre autre chose que leur instinct et leur trajectoire en dehors des sentiers battus, les Bretons ont eu à cœur d’exprimer leur liberté de faire les choses à leur manière, sans se soucier d’autre chose que de se faire plaisir, que ça plaise ou non. Et ça nous plaît ! ♦

L’album Our Own Way est sorti le 24 juillet en double LP, CD et digital sur Stand High Records. 

Tracklisting :

1- Morning
2- Sailing in rough seas
3- Blues
4- Dub o’clock
5- Along the river
6- The factory
7- In the park
8- Rain on the window
9- Jay’s life
10- Every plane
11- Belleville rap
12- The Train
13- Our own way
14- The sound of nature
15- Rainy ragga
16- D funk
17- Last day of winter.

Le top 3 tunes de Emmanuel « Blender » :

1- Dub o’clock
2- Every plane
3- Jay’s life.

Le top 3 tunes de Samuel Bagla :

1- Sailing in rough seas
2- Rain on the window
3- Belleville rap.

Et vous, quel est votre top 3 tunes du nouvel album de Stand High Patrol ? Votez ici.

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🎵 Écoutez entièrement l’album Our Own Way sur youtube ici :